Manteau Gris
Sophie, écrivaine de 35 ans en proie à une insomnie persistante, sort un matin à
l’aube avec son chien Elvis, incapable de dormir pour la onzième nuit consécutive.
Dans une ville encore endormie et battue par la pluie, elle croise une silhouette
silencieuse : un homme d’une cinquantaine d’années, vêtu d’un manteau gris, qui
traverse la rue sans parapluie, indifférent aux intempéries, comme habité par une
paix intérieure inexplicable.
Cette rencontre fugace l’obsède. Portée par les encouragements de Claire, son
éditrice et amie, et par les mots énigmatiques de Madame Rosa, tenancière d’un
café de nuit à l’intuition bienveillante, Sophie commence à sortir chaque matin, sous
prétexte de promener Elvis, en quête de cette silhouette grise qu’elle ne comprend
pas encore.
Au sixième matin, l’homme lui parle enfin. Il lui révèle que depuis onze ans, il arpente
ce même trottoir à la même heure — rituel né de l’amour pour sa femme disparue,
qui aimait cette heure suspendue entre nuit et jour. Le manteau qu’il porte était le
sien. Il ne l’a jamais fait nettoyer.
Bouleversée, Sophie renonce à chercher un secret là où il n’y a qu’une douleur
vécue avec dignité. Elle rentre chez elle et, pour la première fois depuis des
semaines, écrit. Non pour expliquer, mais pour transmettre.
Manteau Gris est une méditation douce et mélancolique sur le deuil, la création, et
ces rencontres brèves qui, sans crier gare, remettent le monde en mouvement.
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MANTEAU GRIS
Pièce de théâtre en sept actes
Auteur: Nadia K. AlDaweri
Email : lareinemargot36@gmail.com
Tel : 00962796467820
PERSONNAGES
•SOPHIE — 35 ans, écrivaine, noctambule, esprit contemplatif
•ELVIS — le chien (peut être représenté par un acteur en mouvement, ou suggéré par la laisse)
•L'HOMME AU MANTEAU GRIS — 50 ans, silencieux, mystérieux, peu de répliques
•CLAIRE — 38 ans, éditrice et amie de Sophie, franche, énergique
•MADAME ROSA — 68 ans, tient un petit café ouvert avant l'aube, ancienne infirmière
•MONSIEUR HENRI — 45 ans, boulanger du quartier, bourru en apparence, chaleureux en réalité
ACTE I — L'AUBE INVOLONTAIRE
La scène est plongée dans une lumière bleue et froide. On entend la pluie tomber. Un lit défait occupe un coin de la scène, des livres empilés au sol, une tasse froide sur la table de nuit. Sophie est assise au bord du lit, les yeux grands ouverts, fixant le vide. Une horloge sur le mur indique 5h47. Un téléphone vibre sur la table de nuit, sans qu'elle y touche.
SOPHIE (au public, voix douce et fatiguée)
Je ne suis pas matinale. C'est un fait. Une vérité profonde, presque philosophique. Certaines personnes bondissent hors du lit à l'aube avec le sourire… (elle marque une pause) Je ne suis pas ces personnes-là.
Le téléphone vibre encore. Elle le regarde sans bouger.
SOPHIE
Claire. Encore. Elle m'écrit à cinq heures du matin comme si c'était une heure raisonnable pour parler de mon roman. « Alors, ce chapitre ? » Non, Claire. Je n'avance pas. Je regarde le plafond. C'est une forme d'avancée, dans un sens très large du terme.
Elle repose le téléphone, se lève, marche jusqu'à la fenêtre.
SOPHIE
Ça fait onze nuits. Onze nuits que le sommeil me traite comme une vieille connaissance qu'il évite...