Bienvenue Chez les adultes
Et si, dans une exposition où il n’y a rien à voir, le véritable objet exposé… c’était nous ?
Dans un musée presque vide, une étrange exposition vient d’ouvrir ses portes. Au centre de la salle : un simple carré de ruban adhésif. Rien d’autre. L’artiste, Agathe, est absente.
Les visiteurs cherchent une explication. Madame Braque ironise, Lemoine, critique d’art, théorise, Lucas questionne, Geneviève tente de préserver le mystère. Quant à Jules, l’homme chargé de l’entretien, il semble être le seul à comprendre que quelque chose se joue.
Car personne n’ose marcher sur le carré.
Il n’y a pourtant ni obstacle, ni danger, ni interdiction.
Alors pourquoi le contourner ?
Peu à peu, le jeu se transforme en expérience. Derrière les rires et les certitudes apparaissent les souvenirs, les peurs, les absences et ces choses invisibles que chacun apprend, en devenant adulte, à ne plus regarder.
Le musée devient alors un miroir.
Et si l’œuvre n’était pas devant eux, mais en eux ?
Au fil des rencontres, des silences et de situations aussi absurdes que troublantes, les personnages découvrent qu’ils sont peut-être venus chercher de l’art pour éviter de se regarder eux-mêmes.
Jusqu’au jour où quelqu’un ose franchir le carré.
Il ne se passe rien.
Et pourtant, plus personne ne regarde la salle comme avant.
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ACTE I :
LE REGARD S'INSTALLE
SCÈNE 1 : LE PREMIER REGARD
Salle très blanche. Rien n'est exposé. Au centre, un simple carré de scotch au sol.
Jules nettoie une vitre déjà propre.
JULES
Il y a des jours...
où je ne sais plus si je nettoie une salle...
ou si j'empêche quelque chose d'arriver.
Entre Geneviève, un dossier sous le bras.
GENEVIÈVE
Elle est prête.
JULES
Qui ?
GENEVIÈVE
La salle.
Un silence.
JULES
Elle était déjà là hier.
GENEVIÈVE
Aujourd'hui elle est ouverte au public.
Ce n'est pas la même chose.
Elle caresse presque le mur.
Elle retient quelque chose.
Jules hausse discrètement les épaules.
SCÈNE 2 : LES PREMIERS VISITEURS
Entrent Madame Braque, Lemoine et Lucas.
Madame Braque regarde autour d'elle.
Très longtemps.
MADAME BRAQUE
Excusez-moi...
J'ai dû me tromper d'étage.
GENEVIÈVE
Non Madame.
Vous êtes bien dans l'exposition.
MADAME BRAQUE’
Ah.
Elle regarde encore.
Et le reste arrive quand ?
(Premiers rires du public)
Lucas fait le tour de la salle.
LUCAS
C'est vide.
GENEVIÈVE
Regardez mieux.
LUCAS
Je regarde mieux.
C'est toujours vide.
MADAME BRAQUE
Moi aussi.
On est deux.
(Rires du public)
SCÈNE 3 : LE CRITIQUE
Lemoine sort immédiatement un petit carnet.
Il l'ouvre avec solennité.
Il y inscrit quelques mots, s'interrompt, hoche la tête comme s'il venait de comprendre quelque chose d'essentiel, puis referme presque...