Marie Madeleine des baumes
ARGUMENT
Dans le palais d’Hérode où danse inlassablement parmi les voiles précieux la princesse Salomé. Marie Madeleine est venue lui rendre hommage et lui faire don d’un riche présent. Une urne précieuse qu’on dit source d’une éternelle beauté, au nom de son messie Crucifié et de Jean le Baptiste que la favorite d’Hérode a fait supplicier.
MARIE MADELEINE DES BAUMES, apôtre des Apôtres
SCÈNE ET ÉPOQUE
Le palais de Tibériade sous le règne d’Hérode tétrarque de Galilée
SITUATION DRAMATIQUE
Conversion des Sept démons
DUREE
1 heure / 6 800 mots
PREFACE
À qui Marie Madeleine dans le silence des Évangiles a-t-elle prostitué son corps ? À Sept démons tentateurs. Non pour leur offrir son âme, mais pour éteindre de son corps le fléau de leurs haines. (…) Voici la scène de son acte de foi. L’heure de son retour à Tibériade sur les terres du martyr de Jean Baptiste pour retrouver en Salomé et en son corps d’étoile, son passé oublié de courtisane. Et faire de cette grâce destructrice et insensible dont la conversion tiendrait du miracle, le temps d’une visitation mariale, le premier acte de son évangile. (JD)
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« Ne me refusez point votre salut que je vous demande avec larmes. » Elvire
Dom Juan (IV-4), MOLIÈRE
L’URNE, Scène 1
Dans le Palais d’été d’Hérode sur les bords du lac de Tibériade. Comme chaque matin, la princesse Salomé est venue éveiller son corps aux mouvements quotidiens de quelques pas de danse. Elle n’a pas remarqué une galiléenne prostrée là. La femme s’approche d’elle en tenant dans ses mains quelque chose de rayonnant. Elle prend la parole pleine de grâce et de gravité.
MARIE MADELEINE DES BS « Tu danses Salomé dans les rires et la joie. Je pleure abandonnée sous le bois de la Croix. Tu élèves vers le ciel la grâce de tes bras quand j’enlace dans la mort mon Christ tout contre moi. Légère, tu papillonnes, tu butines et t’envoles de la pointe des pieds dans le palais d’Hérode. Gisante, je m’abandonne écrasée sur le sol dans la chute de son corps que sa mère dans ses bras couvre de ses vains pleurs. »
MARIE MADELEINE DES BS « Ô toi qui seras reine, moi fille galiléenne, perces-tu du haut du ciel la course des Gémeaux de nos étoiles contraires ? Et qu’à l’aube de ce jour un même destin constelle. Parmi les cœurs en fête, te souviens-tu d’une voix qui crie dans le désert ? Qu’il vient en majesté celui dont nul n’est digne de délier une lanière*. Qu’apôtre de son baptême, ses paroles se fassent miennes ! Par cette visitation, que ma main soit la sienne ! Princesse Salomé de grâce et de jeunesse, accueille au nom des miens celle qui se prosterne. Ta servante du ciel se nomme Marie Madeleine. »
Salomé poursuit insouciante sa matinée de danse. Le long de leur entrevue, elle s’arrête parfois, interrogeant du regard son étrange visiteuse, avant de reprendre indifférente la fugue de ses danses.
MARIE MADELEINE DES BS « Tu danses Salomé dans l’étreinte de tes voiles brodés aux vagues d’argent des eaux de Tibériade. Je marche les bras nus dans la bure de lainage des pâtres de Galilée sans laisser de trace. Tu effleures les soieries dans les coffrets d’ivoire de la grâce de tes doigts. Je n’ai soif que de boire le lait vierge de brebis sur la table de partage. À toi la tresse d’or qui couronne de blondeur les danseuses étoiles. À moi, fille des pécheurs qui s’avance dans l’ombre la nudité parée de son unique foi. »
Elle découvre une urne précieuse que dissimulaient ses mains, et qu’elle vient déposer sur le bord d’un piédestal.
MARIE MADELEINE DES BS « À nos pieds tels deux sœurs, s’entrouvrent deux trésors. Celui qui s’offre à toi fait aux arts de ton peuple dont tu es le chef d’œuvre. Celui qu’au fond de moi dans une profonde grotte, j’enferme près de mon cœur. Mais perces-tu quand tu danses la voix du Baptiseur ? Le chant de la richesse qui abonde à ses lèvres, qui comble le désert et abreuve l’assoiffé. Il crie au publicain le pouvoir de rendre, au riche l’amour de donner. Belle fille d’Israël, vois l’éclat de cette urne aux arts de Galilée. Pour toi je m’en délaisse, plus riche maintenant que si je l’eusse gardée. »
MARIE MADELEINE DES BS « Tu danses Salomé dans la cour des rois. Je chute condamnée dans les fers et l’entrave des péchés faits femmes. Tu gouvernes les hommes de la ronde de tes charmes. Je n’ai en mon pouvoir, réfugiée en mon sein, qu’une vacillante flamme. Tu t’élèves dans les airs en touchant de tes ailes la liberté d’Icare, quand je tombe face contre terre sous le poids du remords dans la pénombre d’une croix pour embrasser le sol. »
MARIE MADELEINE DES BS « Mais au faîte des faveurs dont tu es souveraine, possèdes-tu le pouvoir qu’annoncent nos prophètes ? De remettre le mal et d’abolir les peines. Revois-tu au Jourdain ses mains de précurseur qui noyaient les péchés dans des baptêmes d’eau vive ? Il proclamait qu’il vient un pouvoir si grand que les pierres du désert par miracle prendront vie. Qu’il vienne en moi renaitre, que son verbe s’accomplisse ! Ce pouvoir d’Israël, prends-le de cette main. Enfermé dans ce baume, il couvrira ton corps des forces des prophéties. »
MARIE MADELEINE DES BS « Tu danses Salomé le manège sans fin où brillent les Pléiades. Je suis la répudiée des monarques qui exilent et des peuples qui nous chassent. Tu t’élances d’un bond, et ton saut en suspens n’a ni terme ni amarres. Quand Hérode nous proscrit, nous les premiers chrétiens, aux dérives des courants dans une barque sans voile. Tu accours sur la scène qui couronne de lumières l’éclat de tes printemps. Je pars au crépuscule, proscrite de Tibériade, livrée aux sombres vagues des vents mauvais du large vers l’occident païen de la Gaule barbare. »
MARIE MADELEINE DES BS « Mais seras-tu capable de fuir loin de ce cercle où tes pas de danse éternellement t’enferment ? Ne vois-tu pas au loin la voie que Jean professe, et sur la terre déserte les traces qu’il a semées ? Qu’il faille pour ce qui vient préparer le chemin. Gravir les plus hautes cimes, “rendre droit leurs sentiers”. Que ma marche poursuive celle que sa mort a laissée ! Je viens jusques à toi pour te l’annoncer. J’accours sur ce chemin, princesse, pour te chercher. »
MARIE MADELEINE DES BS « Tu danses Salomé du titre de favorite dont te pare Tibériade quand je suis rejetée comme fille du péché, impure et intouchable. Tu reçois des bouquets d’une main qui me frappe. Toi l’étoile de Judée. Moi l’amante idolâtre des nuits de Galilée. Nous, jumelles destinées qu’un ciel ce jour éclaire et demain disloquera. »
MARIE MADELEINE DES BS « Mais si résonne en toi l’écho d’un rédempteur à la laideur hautaine qui méprise la faim, est riche de n’avoir rien qu’une robe en peau de bête : c’est Jean le Baptiseur qui porte ton diadème. Que jaillisse de ma voix à sa source première, l’évangile d’où puisera la beauté de chaque être ! Je te le lègue cet albâtre d’où coule l’huile des prophètes. On dit qu’il y enferme un nard fait de secrets. Un baume merveilleux pour qui s’en revêt. Qu’il donnera...