Fais pas ta cocotte
Ce soir, c’est la représentation de la dernière chance pour le théâtre de la ville : Madame la Maire vient d’annoncer que, dès demain, le théâtre sera remplacé par un parking. Le directeur compte sur Angelo, un metteur en scène mégalo pour le sauver en recréant Un fil à la patte de Feydeau, dans les costumes et les décors de l’époque. Excellente idée ! Sauf que l’affaire semble bien mal engagée.
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Fais pas ta cocotte
Une comédie vaudevillesque
de Jacky Goupil & SteF RusseiL
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RÉSUMÉ
Ce soir, c’est la représentation de la dernière chance pour le théâtre de la ville. Madame la Maire, vient d’annoncer que, dès demain, le théâtre sera remplacé par un parking. Le directeur compte sur Angelo, un metteur en scène mégalo pour le sauver en recréant Un fil à la patte de Feydeau, dans les costumes et les décors de l’époque. Excellente idée ! Sauf que l’affaire semble bien mal engagée. Les décors et accessoires n’arrivent pas, les costumes ont cent ans de décalage avec la pièce, le metteur en scène promet de se marier avec une comédienne, et fait la même promesse à une autre femme. La première est éprise d’un réalisateur, la seconde est convoitée par le directeur. Une comédienne malade est remplacée par une femme de ménage… Attention, danger !
DISTRIBUTION
Il s’agit d’une version 9/10 personnages, le rôle de l’intrus est un rôle facultatif.
LES PERSONNAGES
ALFRED (H) : Comédien de la troupe. Alfred est pleurnichard, dépressif et manque terriblement de confiance en lui.
ANGELO (H) : Metteur en scène de la troupe. Original, fantasque, beau parleur et séducteur. C’est un grand sentimental au cœur d’artichaut qui sait difficilement dire « non » aux femmes. Angelo à l’accent italien. Le rôle d’Angelo est écrit avec quelques nuances pour donner l’impulsion au comédien. Néanmoins celui-ci peut exagérer l’accent.
JOSÉPHINE (F) ou JOSEPH (H) : Souffleur(euse) avec un petit défaut de prononciation qui ne facilite pas sa mission et laisse les membres de la troupe perplexes.
Mme DUCASSE (F) ou M. DUCASSE (H) : Homme ou femme de ménage de caractère avec un franc-parler. Il ou Elle aime se mêler de ce qui ne le/la regarde pas. Son rêve : devenir comédienne.
ESTELLE (F) : Comédienne de la troupe. Estelle est sympathique, joviale et appréciée de tous.
LA MAIRE (F) ou LE MAIRE (H) : Autoritaire et capitaliste il/elle n’a qu’une obsession : faire prospérer sa commune économiquement au détriment du lien social.
NELSON (H) ou SHARON (F) : Régisseur, homme / femme à tout faire du théâtre. Bonne poire, toujours prêt à rendre service, est aussi le souffre-douleur du directeur.
ÔDELINE (F) : C’est la DIVA de la troupe. Prétentieuse et méprisante elle n’a qu’une idée en tête : devenir une artiste avec un grand A. Pour parvenir à ses fins, en amour tout est bon à prendre, autant les metteurs en scène que les réalisateurs.
WAGNER (H) : Directeur du théâtre autoritaire, avare et subversif, il aura la lourde tâche de tenter de sauver son théâtre.
+ L’INTRUS (H ou F) : Personnage optionnel qui apparaît à plusieurs reprises dans la pièce. Tout le monde se demande ce qu’il peut bien faire ici…
Certaines répliques devront être adaptées au genre du personnage
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1. Qu’est-ce qu’ils foutent ? LA MAIRE / NELSON / WAGNER
Wagner tourne comme un lion en cage en avant-scène. Il consulte sa montre toutes les dix secondes.
WAGNER. Mais qu’est-ce qu’ils foutent ?!! Ils devraient être arrivés depuis au moins deux heures ! (Il compose un numéro sur son téléphone. Énervé) C’est Wagner ! Ça fait douze messages que je laisse ! Rappelez-moi ! Vite ! (Il raccroche). Mais qu’est-ce qu’ils foutent ?!!!
NELSON entre précipitamment. Qui ça, Monsieur le Directeur ?
WAGNER. La troupe ! Sont pas encore arrivés. Toujours pareil avec ces acteurs !
NELSON. Peut-être qu’ils se sont arrêtés pour boire un coup ?
WAGNER. Il ne faut jamais boire avant de jouer ! Ils vont bafouiller le texte, mâchouiller les mots, merdouiller la pièce. On ne doit pas merdouiller la pièce, tu entends Nelson ? Pas merdouiller ! On ne merdouille pas La puce à l’oreille, une pièce du grand Feydeau !
NELSON. C’est pas La puce à l’oreille ! Ce soir, c’est Un fil à la patte !
WAGNER sortant un programme de sa poche et lisant. Hein ??? Oui… Evidemment ! Je te faisais marcher ! Je le savais que c’était Un fil à l’oreille… La puce à la patte, bref, Moi, le directeur du théâtre, je ne saurais pas quelle pièce va se jouer ce soir ? Ce serait le comble ! Je te rappelle : je joue ma vie… et la tienne
NELSON. Ma tienne ? Ta mienne ? Ma… Hein ? Qu’est-ce que j’ai fait ?
WAGNER. Nos destins sont liés, mon petit Nelson. Ce soir, la pièce est retransmise à la télé, la représentation doit être ex-cep-tion-nelle. La France va me regarder ! M’admirer ! (il se met au garde-à-vous) La France va m’acclamer ! ♫ Allons z’enfants de…
NELSON le coupant. Hé bé, vous manquez pas d’air, vous !
WAGNER. Si, justement. Ouvre les fenêtres !
NELSON fait le tour de la scène, fouille derrière des bouts de décor ou accessoires posés là. Y’a pas de fenêtre, patron !
WAGNER. Encore une invention d’architecte ! Je te foutrais tout ça au goulag ! Allez, zou, le boulet au pied et ça va casser du caillou par moins cinquante ! Y feront moins les malins ! Faut pas me chercher, moi !
NELSON. À propos de chercher, y’a madame la maire qui veut vous parler !
WAGNER. Comme si je n’avais pas autre chose à faire.
NELSON. Z’avez qu’à en profiter pour lui demander d’augmenter les subventions.
WAGNER. Oui, mais si c’est pour me casser les pieds, je vais l’envoyer sur les roses la cocotte !
MAIRE entre. C’est qui la cocotte ?
WAGNER surpris et péteux. Ha… haaaa… madame la cocotte… euh, je veux dire madame le maire… est coquette ! Oh la la, quel plaisir… Quel ravissement… Justement, je voulais…
NELSON. Vous envoyer sur les roses !
WAGNER. Voilà ! Hein ? Non ! Pas du tout ! (Il donne un coup de coude à Nelson) Je voulais vous envoyer DES roses ! (Nelson le regarde, surpris) Pour vous remercier.
MAIRE. De quoi ?
WAGNER. De… (flatteur) De ce que vous faites pour la culture de notre belle ville.
MAIRE. À propos de notre belle ville, j’ai une grande nouvelle à vous annoncer.
WAGNER. Je suis sûr qu’elle sera bonne !
MAIRE. Ça dépend pour qui…
NELSON fort. Ça sent l’entourloupe !
WAGNER en reproche. Doucement !
NELSON répète aussi fort mais en parlant lentement. Ça sent l’en-tour-lou…
Wagner lui met la main sur la bouche pour l’empêcher de parler et regarde la maire d’un air très embarrassé.
MAIRE. J’ai décidé de raser la maternité…
NELSON. Raser les sages-femmes de la maternité ? Vous avez raison, y’en a trop qui ont des moustaches…
MAIRE. Il ne comprend rien.
WAGNER moyennement convaincu. Vous croyez ?
MAIRE. C’est le bâtiment, que je veux raser ! Finie la maternité, ça ne sert à rien !
WAGNER. Où est-ce que les femmes accoucheront ?
MAIRE. Dans leurs voitures, chez leurs mémés, ou chez elles, c’est tendance. Tiens ! Elles n’auront qu’à accoucher dans le centre commercial. Avec ou sans maternité, il faudra que leurs mômes sortent !
NELSON. La maternité va accoucher d’un centre commercial ?
MAIRE. Voilà ! On va bâtir à la place un magnifique complexe de trois étages qui va rapporter plein d’argent. Et pour accueillir les milliers de visiteurs qui vont se presser dans ce nouveau temple de la consommation inutile, nous construirons un super parking.
WAGNER mielleux. Excellente idée, madame la maire. J’espère qu’il ne sera pas trop loin du théâtre, que nos spectateurs puissent en profiter.
MAIRE. Ça, pour ne pas être loin, il ne sera pas loin.
NELSON. Rue Jean Jaurès ?
MAIRE. Vous êtes froid.
WAGNER. Rue Lamartine ?
MAIRE. Encore froid.
NELSON. Rue Paul Bert ?
MAIRE. Aaaah ! Ça chauffe, ça chauffe…
WAGNER. Mais… Plus chaud que la rue Paul Bert, c’est… (La maire fait oui de la tête) Oh non ?
MAIRE même jeu. Oh si !
NELSON. Oh quoi ?
WAGNER. Oh merde ! (à Nelson) Le parking, ils vont le faire ici !
NELSON. Génial, ça ne peut pas être plus près du théâtre !
MAIRE à Wagner. Vous voyez bien qu’il ne comprend rien !
WAGNER en colère. Pas à côté, idiot, dessus !
NELSON. Sur le toit ?
WAGNER. Mais non !
NELSON. Dans les loges ?
WAGNER. Tu ne comprends pas sombre crétin ? (moue négative), ils vont construire le parking ICI. Dans cette salle !
NELSON rigole. C’est impossible, Monsieur le Directeur, avec les fauteuils, on ne peut pas garer suffisamment de voitures. (Au fur et à mesure qu’il compte, le doute s’installe jusqu’à comprendre) Deux sur la scène, trois devant, une en coulisses, deux… Oh non !
MAIRE. Oh si !
NELSON. Oh merde !
WAGNER. C’est ce que je disais !
NELSON à la maire. Vous n’avez pas le droit !
MAIRE. J’ai tous les droits.
WAGNER. Vous appauvrissez notre ville !
MAIRE. Au contraire, je l’enrichis. Je remplace des postes qui coûtent par des postes qui rapportent !
WAGNER. S’il n’y a plus de théâtre, il n’y a plus de culture dans la ville !
MAIRE. On plantera des navets, ça ne changera pas beaucoup de vos pièces ! (Elle rigole, contente d’elle).
NELSON. Ils vont planter des navets sur le parking ?
MAIRE. Avec plein d’engrais, ça sera même de la culture intensive.
WAGNER. Mais… S’il n’y a plus de théâtre…
MAIRE. Y’a plus de directeur !
NELSON. Eh oui ! (après un temps) Mais… s’il n’y a plus de directeur…
WAGNER. Y’a plus de régisseur, Nelson !
NELSON comme une évidence.
Eh bé oui, forcément ! (réalisant) Mais… Le régisseur Nelson, c’est moi !
MAIRE. Ce soir on profite d’une belle représentation. Demain, les bulldozers rasent tout. Bonne soirée. (Elle sort)
WAGNER s’affale dans un fauteuil. Mon théâtre rasé… Ce n’est pas possible ! Qu’est-ce que je vais devenir ?
NELSON. Et moi ? Et les comédiens ?
WAGNER. Les comédiens ! Je les avais oubliés ! Ô rage, ô désespoir, Ô cocotte ennemie, que n’ai-je donc vécu que pour cette troupe de faux-amis ? (il rumine un instant) Oh, et puis au diable les comédiens puisque demain le théâtre sera rayé de la carte.
NELSON. À moins que…
WAGNER. À moins que quoi ?
NELSON. À moins que ce soir on profite de la télé pour dire à la France entière que la maire nous prend pour des navets.
WAGNER se lève d’un bon, prend Nelson dans ses bras puis le regarde droit dans les yeux. N'importe quoi, Nelson, ça ne marchera jamais. Ce qu'il faut faire, c'est que ce soir on profite de la télé pour dire à la France entière que la Maire nous prend pour des navets.
NELSON soufflé. Eh bé, c’est ce que je disais !
WAGNER. Je savais que mon idée te plairait ! Je suis GE-NIAL ! On lève le rideau dans combien de temps ?
NELSON Qui n’a pas de montre, prend le bras de Wagner pour lire l’heure. Une heure et demie.
WAGNER. Une heure et demie ? Parfait. Je cours écrire mon discours. Je vais la mettre à genoux la cocotte ! (Nelson le regarde, sceptique) En tout bien tout honneur, bien sûr, hem, hem… Tu ne bouges pas de la porte. (Nelson se fige face à la porte des loges, de façon grotesque). Dès que la troupe arrive tu leur dis de se mettre au boulot. La représentation doit être exceptionnelle. J’ai rendez-vous avec la France. Compris ? (Il sort en fredonnant la Marseillaise) ♫ Allons z’enfants de…
NELSON. Eh bé, d’accord !
2. Où sont les comédiantes ? ANGELO / NELSON
ANGELO entre avec panache. Place à lé grand Angelo !
NELSON. Angelo ! Enfin ! (après un regard rapide derrière Angelo) Tu n’es pas venu avec les comédiens?
ANGELO. Qué no ! Angelo est oune grand metteur en scène qui parcourt lé monde dans sa propre automobile ! Dé Los Angeles à Soucy-en-Brie, dé Vénisse à Plougastel.
NELSON rapidement, désordonné, tournant en rond comme un hamster en cage.
Inquiétude ! Retard !!! Bulldozer ! Kaput !
ANGELO. Kaput ?
NELSON. Angelo, demain ils vont garer leurs voitures dans le théâtre pour faire leurs courses à la maternité avec des navets…
ANGELO. Oh… Ti, tou as l’air d’avoir abousé dé la grappa, mon ami !
NELSON. Tu comprends rien, toi ! Ils vont faire un parking à la place du théâtre. Wagner va profiter de la représentation de ce soir pour alerter l’opinion ! Ils sont où les comédiens ?
ANGELO. Dans l’autocar.
NELSON. Il est où l’autocar ?
ANGELO. Pas arrivé ? (Nelson fait non de la tête) Pas normal ! On joue dans combien dé temps ?
NELSON prend le bras de Angelo pour lire l’heure.
Dans une heure vingt-cinq. Si pas les comédiens, plus de spectacle, plus de télé, plus de discours...
ANGELO. Cé la cacatastrophe.
NELSON. …Plus de théâtre, plus de directeur, plus de régisseur, et ?...
ANGELO. Et… Et yé sais pas ! Plou de fauteuils ?
NELSON. Non… Plus de ?
ANGELO. Plou de spectatores ?
NELSON. Mais non, Plus de metteur en scène !
ANGELO. Ah bon, y’aime mieux ça… (réalisant) Qué ? Ma, cé la cacatastrophe atotomique, la bomba latino !!! Mamma Mia ! Plou d’Angelo ? Ma cé oune cataclysme pour la coultoure mondiale !
Angelo s’affale dans un fauteuil, s’éponge le front avec son écharpe. Nelson s’assoit près d’Angelo, dos à l’entrée. Il fait boire Angelo.
3. Aïe aïe aïe ! ANGELO / ESTELLE / NELSON
ANGELO. Qui veut faire oune parkine ?
NELSON. La maire.
ANGELO. Pourquoi ta mamma fait ça ?
NELSON. Quoi ma mamma ? Ah, mais non, mais non ! Pas ma mère, la maire !
ANGELO pour lui-même, complètement perdu. La mamma mais pas la mamma ? (il lui met la main sur le front) Ouh là là, toi calore, calore !
Pendant ce temps, Estelle entre. Dépenaillée, vêtements déchirés, cheveux hérissés. Elle porte un sac à main. Nelson est placé de telle façon qu’il cache la vue d’Angelo. Ni l’un ni l’autre ne voit Estelle entrer.
NELSON. Qu’est-ce qu’on va devenir, Angelo ? (Il s’éponge le front avec l’écharpe d’Angelo. Ce dernier lui retire sèchement avec un regard méprisant)
Angelo....