Bureau des réclamations, j’écoute
Entre les clients qui ne sont pas contents, les directeurs qui se renvoient la patate chaude, la secrétaire qui fait n’importe quoi, la toute nouvelle femme de ménage qui se mêle de tout… Ah il s’en passe de drôles dans ce bureau…
Il faut bien avouer que c’est ahurissant car les derniers modèles de télé que la société vient de mettre en vente dans les magasins voient leurs chaînes qui se changent toutes seules. C’’est donc le pied de guerre dans la société et le bureau des réclamations a bien du mal à suivre à suivre.
Irène, la femme de ménage (pardon, la technicienne de surface pour ne pas la fâcher), a bien l’intention de faire le ménage ici… Normal, c’est son boulot, mais elle fait aussi du ménage-commérage.
Gery, lui, est l’amoureux transi de Betty, la secrétaire.
Fabien l’homme faible qui vient pour rouspéter parce que sa femme, pas commode du tout, du tout, lui en a donné l’ordre.
Diane Devallois vient elle aussi râler (ça elle sait très bien faire), mais s’exprime dans un français tout juste compréhensible… Un français plutôt facebookien, quoi.
Lire le texte intégral
ACTE I
Nous sommes un mardi matin dans les bureaux commerciaux de la société Taylle & Vision. A l’ouverture du rideau, le décor semble vide. Mais à l’écoute, on se rend compte qu’une voix râleuse se fait entendre. C’est Betty qui est derrière son comptoir et qu’on ne voit pas. Elle râle parce qu’elle vient de découvrir un attaché-case près de sa chaise. Après l’avoir ouvert, elle balance littéralement par-dessus le comptoir toutes les fringues qu’elle vient de trouver dans cet attaché-case. En réalité, ce sont des fringues de femme qui passent par-dessus le comptoir.
Betty (Dont on aperçoit juste de temps en temps un bras qui jette) – Ben tiens ! Ce n’est pas marqué dépotoir mon bureau… Allez hop ! Et ça, c’est pareil… Et hop ! Ca aussi ! Non mais !
Arrivée d’Irène, la femme de ménage. Elle est habillée de manière telle qu’il ne puisse y avoir aucune ambiguïté sur sa fonction, équipée de son seau et de son balai ou aspirateur…
Irène (Qui, une fois entrée, marque la pose et contemple le spectacle des vêtements féminins qui « sautent » par-dessus le comptoir, en accompagnant de la tête et du regard ces sauts) – Sale temps aujourd’hui !
Tandis qu’Irène, après avoir vu passer un ou deux vêtements se baisse pour voir ce dont il s’agit une fois arrivés au sol. Elle se trouve donc en position de ne plus être vue par Betty qui, elle, à son tour, ayant entendu parler, se lève de derrière son comptoir et apparaît donc au public.
Betty (Se levant et arrêtant de jeter mais ne voyant pas Irène) – Voilà que j’entends de voix !
A cet instant, situation inverse. C’est Irène qui se relève pour tenter de voir qui parle alors que Betty vient de se rebaisser. Donc les 2 personnes, pour l’instant, ne se sont pas encore vues.
Irène (Constatant que de nouvelles fringues se mettent à voler en les accompagnant toujours du regard) – Et hop ! Encore un ! Et hop, encore un autre… C’est contagieux !
Betty (Se levant à nouveau et voyant enfin Irène) – C’est vous qui parlez comme ça toute seule ?
Irène (Peu aimable. Elle prend une nuisette qu’elle montre bien en évidence au public) – Ben oui, j’arrive à parler toute seule. Je suis une grande fille maintenant, j’ai plus besoin qu’on m’aide !
Betty (Sur le même ton peu amène) – Ben qu’est-ce que vous faites là ?
Irène (Renchérissant) – Qu’est-ce que ça peut vous faire. Je vous en pose des questions ? Je travaille moi madame !
Betty – Ne vous gênez pas. Dites que je ne fais rien !
Irène – Rien de bien, ça c’est sûr. Qui c’est qui va se taper le nettoyage. Vous croyez que j’ai que ça à faire moi ? Je ne suis pas ramasseuse fringues de nanas.
Betty – Vous êtes femme de ménage ? Alors chacun son job.
Irène (Râleuse) – Ce n’est pas marqué porte-manteaux sur mon front.
Betty – Vous croyez que ça m’amuse de retrouver une valise accrochée à ma chaise en arrivant au bureau ?
Irène (Dépitée) – Chacun son problème. Moi je ne vous demande pas de passer la serpillière.
Betty – Mais vous êtes qui vous d’abord ? Je ne vous connais pas !
Irène (Sèche) – Normal. J’embauche ce matin. Je remplace l’ancienne femme de ménage… Moi c’est Irène !
Betty (Souriant subitement) – Ah ! Ca y est, Karine a pris son congés maternité ?
Irène (Très sèche) – Je remplace une poule qui est partie pour pondre….
Betty – Comme c’est élégant ! Karine a beaucoup attendu après cette grossesse !
Irène – C’est une jeune alors ? Et puis attendre longtemps, je veux bien ! Mais certainement pas plus de neuf mois !!!
Betty – Oui, une toute petit jeunette. Je crois qu’elle doit avoir dans les 29-30 pas plus…
Irène (Qui a commencé à ramasser les fringues tombées par terre) – Vous appelez ça jeune vous ? Moi à 22, j’avais déjà mis bas trois fois ! Donnez-moi votre valise que je remette tout ça dedans. Ca fait pas propre de laisser ça par terre… Et vous c’est comment votre nom ?
Betty (Qui donne l’attaché-case à Irène par-dessus le comptoir) – Oh et puis tiens, arrangez-vous avec ça… Ah oui ! Au fait, moi c’est Betty. Secrétaire. (Elles se serrent la main ;)
Irène (Qui ouvre la mallette) – Ben c’est pas une valise ça. Ca s’appelle une mallette ! Ca a un nom, mais je m’en souviens plus. C’est une valise à faignants. Ils se trimballent avec ça partout dans les bureaux maintenant. Ah zut, c’est un, un, un attaché-case (prononcer bien à la française et surtout pas à l’anglaise) Voilà, c’est ça, je cherchais. Un attaché-case…
Betty (A l’anglaise) – Un attaché-case vous voulez dire !
Irène – Oui, enfin caisse ou pas caisse, moi, je vais tout remettre dedans et ranger ça dans un coin.
Au moment où Irène finit de ranger puis referme la mallette, entrée d’Adrian.
Adrian (Qui ne prête vraiment aucune attention au personnel) – Bonjour Betty, bonjour madame. Betty ce matin nous faisons le point du jour dans cinq minutes…
Adrian qui n’a fait que traverser le bureau repart immédiatement vers son propre bureau sans avoir eu d’égard particulier pour les 2 femmes.
Betty – A deux minutes près, il marchait dessus les dessous…
Irène – Dessus ou dessous, faudrait savoir. Et puis à la vitesse où il est passé, ça m’étonnerait qu’il s’en soit aperçu.
Betty (Qui a de toute évidence une idée dans la tête) – De toute façon ça ne m’aurait pas plus dérangée que ça. Après tout, il n’a qu’à assumer… Je suis certaine que ce sont les fringues de sa poule…
Irène (S’approchant tout près de la porte du bureau de Adrian et causant fort à travers comme si elle souhaitait vraiment qu’on l’entende alors que cette porte vient d’être refermée) – Moi si ça vous dérange pas, c’est Irène, la nouvelle femme de ménage… Et vous ?
Betty – Si vous saviez comme il s’en moque !
Irène (S’éloignant de la porte et revenant pour reprendre son balai) – Tout de même, c’est pas une raison. Je suis pas son chien à ce mec…
Betty – Ce mec comme vous dites, c’est mon patron. C’est Adrian, le directeur commercial de la société et aussi chef du service des réclamations…
A ce moment, ressortant du bureau et très électrique Adrian réapparaît.
Adrian – Vous me disiez quelque chose Betty ?
Betty (Toute intimidée soudainement) – Ah non, pas du tout Adrian. C’est pas moi qui vous parlais…
Irène (Coupant net Betty) – Va falloir vous pousser parce que moi je vais passer le balai puis la serpillière dans deux minutes monsieur le directeur…
Adrian (Stupéfait par cet ordre) – Ben vous êtes qui vous ?
Irène – Moi c’est Irène. La nouvelle femme de ménage. Va falloir vous habituer.
Adrian (A Betty) – Karine n’est pas là aujourd’hui ?
Irène (Ne laissant pas le temps à Betty de répondre) – Non. Elle reviendra pas. Elle est partie pondre !
Adrian (N’appréciant pas du tout l’intervention) – Dites donc vous… (Puis se ravisant et devenant soudain mielleux) Vous tombez bien car il faudrait faire mon bureau en profondeur.
Irène (Sèche) – Y’a pas le feu !
Betty – Oui mais si vous ne faites pas le bureau de monsieur Adrian en premier, ensuite vous ne pourrez plus faire marche arrière pour y aller…
Irène (Acquiesçant) – Ah ! Alors dans ce cas. En voiture Simonne !
Adrian (Laissant la place à Irène pour qu’elle passe) – Je vous en prie. Betty on en profite pour faire le point…
Irène se déplace, vraiment mollement, pour passer dans le bureau d’Adrian.
Irène (Se parlant à elle-même) – Allez ma pauvre Irène, quand faut y aller, faut y aller.
Betty (Se saisissant de l’attaché-case avec une visible précipitation) – J’espère que ça va être plus calme qu’hier après-midi ?
Adrian (Scrutant visiblement l’attaché-case que Betty a précipitamment enlevé de dessus le comptoir) – C’est quoi ce truc ?
Betty – Rien. Apparemment on doit avoir un souci sur le modèle YNHVK212 car j’ai eu plusieurs appels de clients qui ont acheté ce modèle samedi dans nos magasins spécialisés et auraient des choses bizarres qui se produisent dans les programmes. Il y a même un client qui n’habite pas loin d’ici qui doit passer dans la journée…
Adrian (Intrigué) – Le YNHVK212, c’est celui qu’on vient juste de sortir des chaînes il y a huit jours ? Mais on n’a pas eu le temps de finir tous les tests… !
Betty – Oui, c’est celui-là.
Adrian (Visiblement étonné) – Et il est déjà dans les commerces ?
Betty – Vous savez bien que la grande direction a donné l’ordre d’accélérer le mouvement. Vous vous rappelez pas de la dernière réunion où nous nous sommes tous faits traiter de Tête sans cerveau…
Adrian (Plaidant) – Oui, vous savez bien que le PDG de temps à autre pète un peu les plombs…
Betty – C’est surtout qu’il venait d’apprendre que sa femme le trompait avec son concurrent direct…
A cet instant on entend un grand cri venant du bureau d’Adrian.
Adrian (Apeuré) – C’est quoi ça ?
Betty (Hésitante) – Ben ça vient de votre bureau. Vous n’allez pas voir ?
Adrian (Qui n’a visiblement pas envie d’aller voir ce qui se passe et se déplace à tous petits pas vers son bureau) – Ben si. J’ai pas le choix…
Betty (Qui a fait le tour de son comptoir et s’approche très timidement de la porte du bureau d’Adrian et d’une voix tremblante) – Y’a pas de mort ?
A cet instant, on entend un nouveau cri, mais d’homme cette fois-ci et immédiatement après, Adrian ressort de son bureau, effrayant Betty qui repart en courant derrière son comptoir.
Adrian (Ressortant affolé) – C’est affreux !
Betty (Tremblante) – Elle est morte ?
Adrian (Complètement apeuré comme un gamin) – Non. Y’a une grosse araignée sur le mur juste derrière mon fauteuil !
A ce moment, sortant du bureau d’un pas très décidé et ne laissant personne se placer devant elle, Irène traverse la scène et sort de l’autre côté de la scène.
Irène (Menaçante) – Que personne ne bouge, je vais lui faire sa fête…
Adrian (Etonné) – Elle fait quoi ?
Betty (Sidérée) – Comment voulez-vous que je le sache ?
A cet instant, revenant à nouveau d’un pas très décidé vers le bureau d’Adrian, Irène repasse avec un aspirateur en mains, pointant le tuyau de l’aspirateur comme on tenait une lance de combat au moyen âge.
Irène (A l’attaque) – A nous deux !
Adrian (Stupéfait) – Vous croyez qu’elle va gagner…
Betty – Si l’araignée n’a pas changé de place, elle a ses chances…
Adrian – L’araignée ?
Betty – Non, Irène !
Adrian (Dépité) – Ah !
A ce moment, on entend très clairement le bruit de l’aspirateur en fonction.
Adrian (Visiblement peu rassuré) – Vous croyez que je peux y aller là ?
Betty (Très détachée) – C’est vous le patron ! C’est vous qui savez !
Adrian (Qui s’avance timidement et avec précaution et lentement vers son bureau et se retournant un instant) – Qu’on ne me dérange pas.
Betty (Croisant bien haut les doigts) – Bien. (Puis convaincue) Courage !
Alors que Betty surveille l’entrée du bureau d’Adrian pour voir s’il se passe quelque chose, entrée soudaine et bruyante de Cédric. De telle sorte que Betty sursaute de peur.
Cédric (Qui entre rapidement et sans prévenir et de façon malpolie et autoritaire) – Il est où le courrier du jour ?
Betty (Qui a sursauté) – Bonjour monsieur Cédric d’abord.
Cédric – Oui. J’ai pas le temps. Il est où le courrier ?
Betty – Pas de panique. Y’a pas le feu au lac !
Cédric – Vite, je ne suis pas là pour faire des heures de présence moi…
Betty (Qui s’énerve et attrape un énorme tas de courrier et pose l’énorme pile sur le comptoir) – Le voilà votre courrier…
Cédric – Je ne vous ai pas demandé le courrier du mois dernier, mais celui de ce matin…
Betty – Et alors, vous savez bien qu’à cette heure-là, le facteur n’est pas encore passé…
Cédric – Et bien alors pourquoi vous me mettez ça sous le nez…
Betty – Ca comme vous dites, ce sont des mails qui sont arrivés depuis samedi soir…
Cédric – Et Adrian, il est où ?
Betty (Moqueuse) – Là, il est sur la toile…
Cédric (S’énervant) – Il en passe du temps sur internet lui…
Betty – Euh non…
Cédric (Coupant Betty qui ne peut finir sa phrase) – Pourquoi il y a autant de mails. On est en panne informatique ? On a chopé un virus ? Ce sont des spams ?
Betty – Non, ce sont des mails de réclamations. Au cas où vous ne le sauriez pas, on est ici au bureau des réclamations et c’est vous qui êtes chargé de faire la synthèse des réclamations au grand patron…
Cédric (Visiblement énervé) – Vous m’avez regardé. J’ai pas une tête à aller voir le grand patron et lui dire qu’on a un problème… surtout qu’il faut que je lui demande une augmentation…
Betty – C’est pourtant votre attribution !
Cédric – Oui, et bien vous verrez ça directement avec Adrian votre chef. Après tout c’est lui le directeur de la communication et le chef du service des réclamations. Il n’a qu’a moins surfer sur la toile…
Betty – Mais il n’est pas sur internet…
Cédric (Qui n’a pas envie de traîner) – Débrouillez-vous. J’ai autre chose à faire…
Cédric sort et en même temps, il croise Gery que visiblement il a déjà croisé.
Gery (Plutôt timide. Il tient un sac dans lequel on devine qu’il y a quelque chose) – Bonjour monsieur !
Cédric (Partant) – Bonjour ! Nous nous sommes déjà croisés non ? (Se ravisant à Betty avant de partir) Ah Betty, au fait, un certain monsieur je ne sais plus comment il s’appelle mais c’est un grand ami du grand patron. Bref, il va revenir récupérer un attaché-case qu’il a prétendument oublié dans votre bureau…
Betty (Ne sachant plus comment réagir) – Ah… d’accord, je comprends…
Cédric – Il...