La classe de réinsertion

Julie est prof de maths, actuellement sans affectation. Alors, pour ne pas rester à rien faire, elle a accepté la classe de réinsertion qu’on lui a proposée. Elle sait bien que ce n’est pas le poste idéal. Et c’est tout à son honneur.
Mais de là à rencontrer de tels énergumènes, il y a un monde qu’elle ne soupçonnait pas.
Il y a Claire qui est là dans l’espoir que cette école va lui permettre de retrouver une mémoire perdue suite à un accident.
Peter, surdiplômé ne fera qu’une brève apparition et ça reste d’ailleurs très étonnant. Les autres ont eu, de toute évidence, bien du mal avec les études… C’est vrai que ça a ne vole pas bien haut tout ça !
Ceci dit, ils restent tous surpris de voir les forces de l’ordre qui rôdent autour du lycée…
Même les gâteaux de Jeanine sont ratés et là, on touche le fonds. Elle prétend pourtant être une cuisinière professionnelle.

Lire le texte intégral

ACTE I

 

Nous sommes un jeudi matin dans une petite salle d'école. L'école étant en travaux, c'est un peu le bazar dans la salle qui accueille des personnes qui font de la réinsertion. A l'ouverture du rideau, on s'aperçoit que tout est en "vrac" dans cette salle. Les tables et les chaises mises n’importe comment, etc. Côté jardin, il y a un tableau. Une sortie principale se trouve côté cour et une autre affichée « Archives » côté jardin. Il y a une toute petite fenêtre qui se trouvera dans les dos des écoliers une fois assis. Jo, le bricoleur de l'école entre. Il est venu faire le point sur cette fameuse salle.

Jo (Il entre et lève les bras au ciel quand il voit tout cet enchevêtrement de meubles mal rangés. Il va tout ranger. Malheureusement il met toutes les tables et les chaises de manière à ce que les élèves tournent le dos au public. Se grattant la tête et haussant le ton) - C'est pas gagné tout ça. Va falloir que je remette de l'ordre.... (Grognant) En plus, me prévenir le jeudi matin, le jour que ça commence… Sont gonflés quand même.

Il se passe le temps nécessaire à ce que Jo range tables et chaises le moins mal possible. Apercevant une vis qui semble s'en aller d'une chaise il décide de ne pas s'embêter avec ça et la jette dans un coin de la pièce pour ne pas avoir à la remettre.

Jo (Montrant bien la vis au public) - De toute façon j'ai pas mon tournevis. Je ne vais pas m'enquiquiner avec ça. La chaise tiendra bien quand même avec une vis au lieu de deux. (Au public) Avec un peu de chance, ce ne sera pas une grosse qui va s’asseoir ici. (Avec désinvolture il jette la vis) Allez, poubelle !

A cet instant, entre Julie, timide, qui semble découvrir le lieu et interrompt Jo.

Julie (Entrant à pas feutrés) - Excusez-moi monsieur. Je cherche la salle 100 ?

Jo (Moqueur) - Vous ne pouvez pas mieux tomber. Moi je suis AVEC...

Julie (Qui ne comprend pas l'humour ringard de Jo et reste interloquée) - Je vous demande pardon !

Jo (En riant) - Ben oui. Vous cherchez la salle "SANS" et moi je suis "AVEC"... C'est rigolo non ?

Julie (Qui n'apprécie pas du tout la blague. Sèche et cassante) – Non. Pas du tout. C'est complètement ringard...

Jo (Déçu et au public) - Oh là. Ca commence fort ce matin. Encore une petite péteuse qui se la joue... Eh bien, ça ne s'arrange pas dans ce lycée.

Julie (Qui s'offusque car elle a tendu l’oreille) - Mais je vous en prie. Restez correct s'il vous plaît. Vous savez ce qu’elle vous dit la petite « péteuse » !

Jo (Qui quitte la salle en grognant et en se retournant une dernière fois) - J'ai un travail moi madame. Pas une occupation... (Puis se retournant à nouveau vers Julie et se moquant littéralement d’elle, tout en gestes) Ah, au fait, c'est bien ici la salle 100. A côté là, y'a la 101 et de l'autre côté, y'a la 99. Si vous faites la moyenne, ça tombe pile poil...

Julie (Désespérée et tout à la fois vexée) - Ca commence très fort ce matin ! (Puis constatant que tout est mal mis, elle décide de jeter négligemment ses affaires et semble découragée) Pffff ! Mais dans quelle galère je me suis foutue moi... (S'asseyant démoralisée sur une chaise).

A ce moment, on entend, venant de l'extérieur un grand fracas, comme si un escabeau venait de tomber par terre, puis un grand cri. C'est Jo qui s'énerve mais qui n'est pas sur scène...

Jo (En voix off) - Ah Merde !

Julie (Interloquée et interrompue dans ses réflexions elle jette un coup d'œil sans quitter la salle par la porte pour tenter de voir ce qui se passe, puis revient dans la salle. Vers le public) - Je ne sais pas si c'est cette espèce d'abruti qui a un problème, mais en tous les cas, il est vulgaire...

Resurgit Jo qui rouspète...

Jo (A Julie en l’enguirlandant) - C'est vous qui avez décalé les étagères dans le couloir ?

Julie (Innocente et qui ne comprend rien à ce que lui dit Jo) - Mais de quoi vous me parlez ? Vous êtes malade vous. Faut vous faire soigner. Et puis il va falloir me parler autrement…

Jo (Parlant très fort et irrité) - C'est malin. Tous mes pots de peinture sont par terre... Je fais comment moi maintenant... ?

Puis Jo ressort en faisant de grands gestes.

Julie - J'en sais rien moi. Mais de quoi il me parle cet idiot... Tu parles... Ce n’est quand même pas parce que j'ai bougé un petit crochet sur son espèce d'escabeau qu'il va me faire une jaunisse. Non mais... (Après un petit instant) Abruti !

Entre Jean qui arrive en reniflant très fort. Il ne se soucie pas de la politesse et fonce directement sur Julie sans s’occuper de savoir si elle est consentante.

Jean (Allant directement faire la bise, pensant qu'il s'agit d'une future élève. Il porte un chapeau de type tropézien qu’il enlève gracieusement devant la donzelle) - Salut la gamine ! Toi aussi on t'a envoyé faire l'apprentissage de comment qu'on fait des comptes ? (Alors que Julie est restée littéralement scotchée et immobile d’étonnement, et après un court instant) T’as vu. Il y a plein de flics qui rôdent autour du lycée…

Julie (Toujours raide et ahurie et surtout étonnée de cette entrée tonitruante) - Pardon. Je n'ai pas tout compris là ! Vous devez confondre monsieur.

Jean (Sûr de lui et sans se poser d’autre question) - C'est la gonzesse de pôle emploi qui t'a obligée à venir ici pour apprendre à lire ? Comme moi quoi...

Julie (Se redressant pour mettre une distance immédiatement et rectifiant fermement) - Ah non ! Ce n'est pas la gonzesse qui m'envoie ici moi... c'est le ministère de l'Education nationale... Quant aux flics : non, je n’ai pas vu.

Jean (Avec une tendance très fâcheuse à s’essuyer le nez avec son revers de bras) - Ah ! C'est le sinistre de l’Education que tu connais ? Il est con lui. Je ne l'aime pas...

Julie (Etonnée et haussant les sourcils en signe de désespoir) - Vous le connaissez au moins ?

Jean – Non. Je ne le connais pas. Mais s'il est ministre, c'est que ça doit pas être un mec intelligent... On met les plus cons... Et comme disait Coluche, ils vendent  de l’intelligence et ils n’ont même pas un échantillon de ce qu'ils vendent sur eux... Ouah !!!

Julie (Haussant à nouveau et très nettement les sourcils, désabusée vers le public) - Ben ça promet... je sens que la suite va être plus difficile que ce que j’imaginais

Jean (Attrapant Julie par l’épaule de manière plutôt vulgaire, l’incitant à venir voir par la porte ce qui se passe) - Hé, t'as vu le bordel qu'ils ont mis dans le couloir là... Heureusement que je suis arrivé de l'autre côté... C'est plein de peinture partout. Il y a le boy de service qui est en train de tout éponger...

Julie (Se désengageant fermement de l’emprise de Jean sans ménagement et le recadrant) - D'abord, on dit pas "bordel", parce que ce n'est pas poli, c’est un mot vulgaire :  on dit foutoir. Ensuite, ce n'est pas un boy de service mais un employé du lycée... Par ailleurs, je vous remercie de ne pas m’attraper comme vous l’avez fait. Je ne suis pas votre…

Jean (Vexé et coupant net la fin de phrase de Julie. Il remet son chapeau sur sa tête) - OK la Mistinguett. On ne va pas se prendre le chou avec ça... Mais c'est quand même un joli bordel...

Julie (Résignée) - Si j'ai bien compris, je vais vous avoir dans ma classe... Belle entrée en matière ! ôtez-moi ce chapeau. La bienséance veut qu’on se découvre devant une dame…

Jean (Soudain tout content d’avoir cette jeune femme comme prof) - Ouais. Yesssssss. Ça va être vous ma maîtresse alors ? Oh la va.... …là là là là... (Se ressaisissant) T'as vu, j'ai même pas dit de gros mot... Et puis pour la bienséance moi je découvre tout ce qu’on veut quand tu veux !

Julie (Voulant calmer le jeu) - C'est bien, c'est un bon début. Bon je vais prendre votre nom pour le pointer sur ma liste...

Jean (Faisant de grands gestes, le bras au ciel) - Oh là ! Pas de précipitation. Je ne le donne pas mon nom, moi. Je le garde pour moi. C’est MON MIEN. Je peux vous le prêter si vous êtes gentille... Et puis c'est comme aux boules, (Si possible avec l’accent du sud) tu pointes ou tu tires ! ! ! (Rire bête et saccadé).

Julie (Qui sort un cahier et un stylo de son cartable puis consulte une liste) - Alors, vous êtes qui vous ?

Jean (Bombant le torse et s’approchant si près de Julie qu’il lui colle à la tête, et se met à la renifler bêtement) - Moi c'est Jean. VOUS avez ça sur TA liste ?

Julie (Se dégageant de Jean et semblant humiliée par cette façon de renifler, s’écartant volontairement d’un grand pas) - Heu ! Oui. Jean Gabill. C'est ça ?

Jean (Ringard et se pensant intéressant) - Moi, c'est Gabille et ma femme c'est Gabelle (Rire bête et saccadé. Puis après un petit instant, décomposant son explication) Ben oui, Gabe... IL, Gabe... ELLE... (Rire bête et saccadé de nouveau).

Julie (Décontenancée) - D'aaaaaaccoooord !

Jean (Sûr de lui et de sa blague) - Tu sais c'est quoi la femme du voyou ?

Julie (Qui semble désespérée) – Non. Mais je sens que vous allez me le dire très vite...

Jean (Certain de son effet) - Ben la femme du voyou : c'est la voyelle tiens... Qu'elle est bête elle... (rire bête et saccadé).

Julie (Changeant de sujet, dépitée) - Bien sûr ! Vous connaissez d'autres personnes qui sont inscrites à ces cours ?

Jean (Se comportant un peu en chef de clan) - Je veux ouais. Y'a mon pote qui va arriver. Alors lui c'est un drôle je te jure. Moi à côté, je lui arrive pas au mollet...

Julie (Rectifiant sèchement en montrant sur elle-même le bon endroit de la cheville) - On ne dit pas au mollet mais à la cheville...

Jean - Avec lui on dit au mollet parce qu'il est pas grand... (Pensant faire une effet blague) Et si comme que tu dis ce serait la cheville, faudrait qu'il ait la vis. (Après un petit instant et constatant que Julie n’adhère pas) Vis, cheville… Tu piges ? (Remettant une couche) Lui il a bien le vice, mais pas la vis (rire bête et saccadé)...

Julie (Dépitée et en quasi désolation au public) - Pouououououh... ! Je vais m’amuser moi… Dingue.

A ce moment, Jean fait tomber un stylo qui se trouvait là et qui en chutant se casse.

Jean (Se baissant pour ramasser l'objet) - Il n’ira pas plus loin lui...

Julie (Désolée) - Vous l'avez fait exprès ou c'est de la maladresse ?

Jean - J'suis pas doué ! J'suis né comme ça ! C'est ma mère qui me l'a dit...

Julie (Semblant soudain inquiète) - Elle a eu beaucoup d'enfants votre mère ?

Jean (Sûr de son effet) - 3 par mon père et 2 par ailleurs !...

Julie (Sidérée) - Ah !

Jean (Fier) - Mais c'est moi le plus intelligent qu'elle a dit ma mère !

Julie (Curieuse et se penchant vers Jean pour tenter de comprendre) - Parce que les autres ?

Jean (Très, très lentement et avec expressivité) - Sont mous !

Julie (Revenant à autre chose) - Vous êtes un peu en avance...

Jean (Allant poser son chapeau sur le pied de l’une des chaises, restée retournée) - Pas plus que  toi madame !

Julie (Ferme) - Moi c'est normal, je suis la prof. A ce titre je dois prendre connaissance de la classe...

Jean (Etonné, tout en reniflant et se mouchant à nouveau de son revers de bras )- Et tu vas en avoir beaucoup d'élèves dans VOTRE classe ?

Julie (Flairant le piège) - Pourquoi cette question ?

Jean (Eclatant de rire) - Parce que plus on sera de fous, plus on va se marrer (Rire bête et saccadé) !

Julie (Surprise par cette réaction et sèche) - Vous êtes là pour apprendre, pas pour faire les idiots...

Jean (Curieux) - Et il va y avoir de la gonzesse ?

Julie (Irritée mais un peu amusée tout de même) - Mais vous êtes incorrigible vous !

Jean (Bombant le torse, faisant des ronds face au public et relevant la tête de fierté) - Je sais. On me l'a déjà dit... ...Mais je me soigne !

Julie - Alors tout va bien...

A ce moment, entre Jo, il est vêtu d'une veste qu'il a enfilée mais qui est pleine de peinture. Il tient dans ses mains un chiffon plein de peinture également et il se montre juste à l'entrée de la classe pour menacer sans entre complètement, juste pour qu’on puisse le voir...

Jo (En direction de Julie et pointant du doigt au bout du bras allongé) - Je vous préviens que je vous retiens vous, avec votre air de ne pas y toucher. (Hésitant) Je vais me plaindre à la direction.... (Sous l’effet de la colère et très moqueur) J'espère que c'est vous qui l'aurez, la chaise...

Puis il disparaît comme il est entré.

Jean (Resté coi devant l’intrusion de Jo) - Il a pas l'air commode lui. Vous le connaissez ? On dirait le boy de tout à l'heure !

Julie - Mais non, je viens juste de le rencontrer il y a dix minutes. Il m'accuse d'avoir renversé son escabeau avec des seaux de peinture dessus... Quant à son histoire de chaise, je n'ai absolument rien compris. Je ne sais pas de quoi il parle. A mon avis il a bu un coup de trop.

Jean (Blagueur ringard) - Ah, je comprends, il est pas en "COLERE" mais en "COULEURS"... C'est pour ça (rire bête).

Julie (Très moqueuse et se foutant carrément de la tronche de Jean) - Mais c'est que vous seriez drôle vous ! Mine de rien !

Jean (Se grattant le dessus de la tête, déçu et cassant) - Je sens qu'on va pas se marrer avec vous ! (Au public) C’est qu’elle se la pète la gamine !

A cet instant, entre avec plein d'énergie Jacques. Il a dans les mains l'un de...

Il vous reste 90% de ce texte à découvrir.


Connectez-vous pour lire la fin de ce texte gratuitement.


Posté le 4 novembre 2026 par Jean-Luc Pecqueur

Jean-Luc Pecqueur
Jean-Luc Pecqueur

Celui qui n'ose rien dans la vie n'a jamais rien non plus.

Voir le profil

0 commentaires

Ajouter à une liste
FacebookTwitterEmail
error: Ce contenu est protégé !
Retour en haut