Les Larmes d’Albine
Dans un antique manoir aux tourelles grises, perdu parmi les brumes et les terres noyées de silence, vit recluse Albine de Monvert, jeune fille au regard éteint, meurtrie dans son cœur et dans sa chair. Orpheline d’âme avant que de l’être de sang, elle porte en elle le deuil insondable de Louis, son frère bien-aimé, dont la mort, que l’on dit volontaire, semble pourtant ourlée de mystère. À ses côtés, Clodomir, vieux domestique à la fidélité religieuse, veille tel un moine sur les ruines de la lignée, gardien des secrets que l’histoire n’a point encore osé révéler.
Mais dans cette demeure où chaque pierre semble pleurer, l’on s’apprête à unir Albine à Monsieur le Comte d’Aubry, homme d’ordre, d’épée et d’apparat, que la jeune fille n’aime point. L’honneur, le devoir, le nom : voilà les chaînes que l’on jette à son cou, sans égard pour ses larmes. Tandis que les noces se préparent, Hector de Bréval, cousin mélancolique, poète errant, éveille en elle un trouble aussi doux que défendu. Sa sœur, Éléonore, frêle et souffrante, incarne quant à elle la beauté fragile d’un monde qui s’efface.
Mais la paix est feinte, et la nuit s’épaissit. Un soir, à l’orée du bois, surgit un vieil homme oublié, Maître Béliard, notaire retiré et ancien serviteur du père défunt. De sa bouche, comme d’un tombeau qui se rouvre, s’échappe la vérité : Louis n’est point mort de sa main… mais de celle du Comte d’Aubry, qui, dans l’ombre d’un parc détrempé de pluie, l’étrangla d’une rage muette, mû par une jalousie sans nom.
Dès lors, les vivants deviennent spectres, et les morts réclament justice. La maison de Monvert chancelle sous le poids de ses secrets. Le Comte périt à son tour, victime d’un sort juste et inexorable. La douce Éléonore rend son dernier souffle dans les bras de son frère. Clodomir, voyant tous les siens partir un à un, s’éteint dans la solitude du souvenir.
Et Albine, dernière survivante d’un monde à jamais défait, s’éloigne à travers les brumes, le cœur vidé, les yeux secs, car même les larmes, désormais, se refusent à elle.
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