En septembre, sortez de vos chambres !
1
Aglaé. – Je m’appelle Aglaé et un jour j’avais six ans, je me disais : « Allons-y ! », je me posais des tonnes de questions : pourquoi la nuit est noire ? Qui c’est qui a pleuré dans la mer pour qu’elle soit si salée ? Pourquoi les chenilles vertes grandissent en papillons bleus ? Est-ce que moi aussi j’allais changer plus tard ? Pourquoi des fois la lune se réveille avec un croissant des fois oui des fois non ? Pourquoi moi je m’appelais Aglaé ? Et pourquoi j’allais à l’école alors qu’on apprend tout seul que le sol c’est dur et que le chewing-gum y a rien de meilleur au monde ? Toutes les questions sans réponse ça me rendait énervée, électrifiée. Alors quand est arrivé le jour de la rentrée…
2
Aglaé. – Je me suis dit : le CP, ça va être une épopée, je le sens. Avec sur mon dos le cartable le plus moche. Tant pis, maman dit : « pas les sous à la maison » ! Dans la cour de récré, y en a deux ils se ressemblent comme deux gouttes d’eau. T’es qui, toi, le nouveau ?
Valentin. – Valentin, et des amoureuses j’en ai plein. J’ai des chaussures à crampons.
Charlotte. – Salut !
Valentin. – Elle c’est rien que ma sœur : Lolotte.
Charlotte. – Charlotte ! Je m’appelle Charlotte !
Aglaé. – On dirait les mêmes.
Valentin. – Ouais mais on est des faux jumeaux. Elle quille, moi glaçon, j’assure.
Charlotte. – Moi c’est Charlotte ! Pas quille ! Et toi ?
Aglaé. – Moi c’est Aglaé et je pense beaucoup dans ma tête : je cogite ! Eh, j’ai une cicatrice ! Qui veut la voir ?
Valentin. – Waouh !
Charlotte. – On dirait une arête de poisson. Moi j’ai un peu peur de la rentrée des classes.
Aglaé. – Moi pas.
Valentin. – Moi l’ancienne maîtresse elle me supportait pas, elle disait qu’elle voulait plus me voir en peinture.
Aglaé. – Moi j’ai peur de rien.
Charlotte. – Avec Valentin, pendant les grandes vacances, on a fait des tours de pâtés de sable sur la plage à La Grande-Motte.
Valentin. – Et toi, Aglaé ? Toi, pendant l’été, t’as fait le tour de quels mondes ?
Aglaé. – Moi je suis restée chez moi. Mais je préfère pas le dire.
Charlotte. – Alors réponds ! T’as croqué ta langue ?
Valentin. – T’as rempli ta trousse avec de la frousse ?
Aglaé. – Moi ? Moi j’ai mangé un esquimau et j’ai… dérivé sur la banquise !
Charlotte et Valentin. – Wouah ! Extra !
Aglaé. – C’était inouï euh… inuit ? Et l’autre partie des vacances ça a été plus sportif. J’ai traversé la plante du salon pour atterrir dans la forêt amazonienne, j’en ai profité pour réveiller quelques dodos, assommer des bûcherons. Après hop ! direct, dans la mer à boire, elle est vraiment salée comme des chips.
Valentin. – Boulettes !
Aglaé. – Ensuite j’ai mangé des nouilles et ça m’a fait dériver à Nouille York évidemment…
Charlotte. – Inventeuse !
Aglaé. – Quand je mens, ça se voit comme un nez en bois au milieu de la figure. Et alors ? J’ai le droit de rêver. Le rêve c’est gratuit et dans ma tête c’est extraordinaire. Et puis je préfère l’aventure à l’ennui.
Charlotte. – Crâneuse !
Aglaé. – Cerveaux de moineaux !
Tous. – Attention ! La directe-stricte !
3
La directe-stricte apparaît dans l’encadrement de la porte. Son ombre ressemble à celle d’un oRgre.
Directe-stricte. – Garde à vous ! Ouvrez les paupières, serrez les fesses, asseyez-vous. Bonjour !
Tous. – Bonjour !
Directe-stricte. – Je suis votre nouvelle directe-stricte ! Aujourd’hui c’est fini les vacances ! Vous êtes ici pour apprendre, c’est une grande chance ! Ici c’est obligatoire c’est qui qui qui l’a dit ?
Aglaé. – Kiki ?
Valentin. – Non, il porte un nom de voiture : c’est Ferrari !
Directe-stricte. – Mais non !!! Mais presque ! C’est Ferry. Jules Ferry ! Ici c’est obligatoire d’être abreuvé de savoirs, ici la connaissance. Ici l’égalité des chances. Ici...