Andropause

Andropause est une comédie dramatique qui aborde frontalement, avec humour grinçant et lucidité, la question du vieillissement masculin et de ses répercussions intimes, conjugales et sociales.

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ACTE I – LE DENI

Scène 1 – Nadine / Pierre

  • Pierre est assis. A son côté, une table roulante. Plateau du bas, un bol et autres restes d’un petit-déjeuner terminé. Plateau du haut, une série de boites de médicaments. Pierre prépare ses semainiers avec une précision presque maniaque. La radio diffuse une chanson de Régine : « Si t’attends qu’les diamants t’sautent au cou », (Fin de la chanson) Par-dessus la musique sourdine, Pierre énumère des noms à connotation médicale. Il baisse le son pour se concentrer:

Pierre : Cardéchic et veinopax c’est bon, vessinew ouais, vitam70 ok, Calcifémur, et le p’tit dernier neurospeed (Il sourit presque) Celui-là, je l’oublie toujours. (Pause. Vérification visuelle. Il referme les deux semainiers. Satisfait) Voilà !

  • Pierre hausse légèrement le son de la radio (Genre rires et chansons). L’animateur annonce une blague courte racontée par un personnage public des années 80’ : Un jeune homme interroge un vieux monsieur sur ce qui lui reste de sa vie sexuelle. Celui-ci lui répond fièrement qu’avec sa femme, ils font l’amour une fois par mois. Le jeune homme lui demande : « Mais, vous avez l’air heureux avec un seul rapport sexuel par mois ! Comment faites-vous ? ». Le vieux monsieur lui répond, une étincelle dans les yeux : « Parce que c’est aujourd’hui ». Pierre, qui avait prêté une oreille distraite à la radio, se dresse dans son fauteuil puis éteint rageusement la radio. Il demeure pensif et grave.

Pierre : Ils se moquent !

Nadine : (Entre, range distraitement) Qu’est-ce que tu marmonnes encore ? (Tout en continuant). Ça y est, c’est fini ton petit rituel ?

Pierre : Ils viennent de diffuser une blague. (Il cherche ses mots) Je n’ai pas ri. Je me suis reconnu.

Nadine : (Silence) Raconte.

Pierre : L’histoire pitoyable d’un vieux type, heureux parce qu’il fait l’amour une fois par mois. (Un temps) Et aujourd’hui, c’est le jour béni. (Il la regarde) A l’entendre, je me rends compte que j’ai mis un pied dedans.

Nadine : Le jour béni de quoi ?

Pierre : (Presque inaudible) De faire l’amour. Tu trouverais ça normal, toi … (Plus fort) un seul rapport sexuel par mois ?

Nadine : Et ça te fait peur ?

Pierre : Non (Puis) Si. Pas toi ?

Nadine : Franchement ? Ça ne me traumatiserait pas. Ça se passe bien entre nous, ce n’est pas la question mais si tu n’initiais rien, ça me sortirait de la tête.

Pierre : Donc … (Il sourit mal) Je suis encore utile.

Nadine : Pierre … Je n’y pense pas comme toi.

Pierre : En somme tu remplis ton devoir conjugal ! (Il détourne le regard). Je ne veux pas devenir comme ce type, là, qui attend son tour !

  • Silence. Nadine s’approche, pose la main sur une épaule de Pierre.

Nadine : Tu n’attends pas, tu as juste changé de rythme.

Pierre : (Amer) Et si le rythme … s’arrêtait ?

Nadine : (N’a pas de réponse immédiate) Je vais te confier quelque chose ; passé un certain âge, pour beaucoup de femmes, moins de testostérone chez vous, c’est plus de sérénité pour nous.

Pierre : Pardon ?

Nadine : Si tu te poses la question aujourd’hui, c’est que ton désir a changé de place. (Elle pointe le torse de Pierre) Il est là, plus là. Nous sommes enfin arrivés à égalité.

Pierre : Et ça t’arrange. (Se ferme) Désolé de t’avoir importunée avec la vigueur de ma jeunesse !

Nadine : Oh ! J’ai touché un nerf sensible ? Ta masculinité peut-être ? Tu remarqueras que je ne dis pas le mot. Tu sais, celui qui fait peur aux mâles dominateurs … mais tu devrais quand même y réfléchir.

Pierre : Je ne vois pas de quoi tu parles.

Nadine : (S’approche tendrement) Mon biquet …

Pierre : (La repousse gentiment) On avait dit qu’on arrêtait avec ce sobriquet ridicule.

Nadine : D’accord, « Maman » retire ce vilain mot.

Pierre : Tu vas réussir à me gâcher la journée.

Nadine : Restons constructifs. (Le désigne du doigt) Nous avons atteint un âge … pas encore certain mais bien réel. Quelques changements désagréables s’observent avec une non moins certaine appréhension. Je me trompe ?

Pierre : Nous ?

Nadine : Tu vois très bien de qui je parle

Pierre : (Déni) De quel âge parles-tu ?

Nadine : De l’âge où le chemin de la pharmacie devient aussi familier que celui de la boulangerie. L’âge où le moindre écart physique te laisse vide de toute énergie.

Pierre : (Explose) Oui bon ! J’ai pris du ventre ! Je perds mes cheveux. Je perds mes poils aussi ! Surtout aux jambes. Tiens, regarde, maintenant moi aussi j’ai des chaussettes sans poils !

Nadine : Ah … un nouveau symptôme.

Pierre : Moque-toi ! Mais regarde, je n’ai plus un seul poil jusqu’à mi-mollet ! C’est moche !

Nadine : C’est pour cette raison les bermudas à la poubelle ?

Pierre : Fais-y attention et tu comprendras. On ne voit ça que chez les vieux.

Nadine : Et qu’est-ce que ça fait ?

Pierre : Tu ne comprends pas ? Je n’ai pas envie d’afficher que j’ai atteint l’âge où ma testostérone me lâche figure-toi ! (Plus bas) Avec tout ce que ça représente…

 

 

Scène 2 – Nadine / Pierre / Isabeau

  • On sonne. Nadine quitte la pièce. Pierre est soulagé que cette conversation prenne fin.

Nadine : (Hors scène) Isabeau ! (Pierre tourne le dos à l’entrée, montre une certaine exaspération) Quelle bonne idée de passer juste quand Pierre … à moins qu’il ne t’ait donné rendez-vous pour une nouvelle douleur ?

Isabeau : Non, non, pure visite de courtoisie, comme on dit. On est amis depuis assez longtemps pour pouvoir passer à l’improviste, n’est-ce pas ? (Ils entrent. Isabeau s’avance pour embrasser Pierre) Salut mon gr…

Pierre : (Recule) Ça aussi on arrête, ce n’est pas très masculin.

Isabeau : (Déstabilisé) On se sert la main ? (Formel) Bonjour … cher Monsieur.

Nadine : (A Isabeau) Ce n’est pas contre toi. Nous étions en plein débat sur le fait d’avancer en âge. L’homme aussi est attaqué et on commence à peine à en parler.

Isabeau : Vaste sujet. Encore tabou.

Pierre : Non (Fait diversion) On est un peu gênés parce qu’en fait, on parlait justement de toi … (Surprise, Nadine attend...

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Posté le 17 juillet 2026 par Franck PITEL

Franck PITEL
Franck PITEL

Je n'ai pas rencontré les partenaires, amateurs, pour une vraie aventure théâtrale. Alors pour ne pas m'ennuyer dans une vie sans théâtre, j'ai écrit mes textes, comme thérapie.

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