Au sommet des autres

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Après avoir été agressée dans une église par un homme qui disparaît en emportant son nom et son intimité, une adolescente Elle – est placée dans un foyer pour jeunes filles. Elle y arrive encore blessée, encore silencieuse, encore incapable de comprendre ce qui lui est arrivé. Elle n’a pour seule trace de l’événement qu’un morceau de tissu arraché, qu’elle cache comme une preuve qu’elle ne sait pas montrer. Au foyer, elle rencontre Mania, une jeune fille de son âge, étrange, instable, tendre par moments, cruelle par nécessité. Mania vit dans un système d’emprise qu’elle ne nomme pas ; elle répète sans comprendre les phrases d’adultes qui l’ont façonnée au silence. Une relation intense se tisse entre elles : sororité, imitation, domination, mirage de protection. Toutes deux cherchent un refuge dans l’autre, mais le refuge brûle.
L’homme de l’église réapparaît dans le foyer. Il entre dans les chambres, la nuit, par habitude, par droit, par impunité. le personnel détourne le regard, la directrice se replie, les murs se taisent. Mania est sous son influence, prise au piège d’un lien familial destructeur qu’elle ne peit ni nommer ni fuir. Elle survit en se dissolvant.
Elle, elle tente de parler – à Mania, à une assistante sociale, au monde extérieur. Mais chaque mot appelle la menace. Chaque tentative de dire renvoie l’homme dans l’ombre des couloirs. Et Mania, terrorisée, l’empêche d’ouvrir la bouche : “si tu parles, je disparais”. Dans ce huis clos institutionnel, la parole devient une arme, la peur un territoire, la nuit une menace permanente.
La pièce suit la lutte de Elle pour mettre un mot sur l’horreur, malgré les injonctions au silence, malgré Mania, malgré l’homme, malgré l’institution. Jusqu’à ce moment ou parler n’est plus seulement un acte de courage, mais un acte vital.

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Tableau 1

 

Intérieur sombre et vide. Elle et Lui s’étreignent.

 

Lui

On a encore un peu de temps !

 

Elle

Un peu de temps ?

 

Lui

Oui, un peu de temps avant que…ah ! (râle de plaisir)

 

Elle

Avant que quoi ?

 

Lui

J’aime la chaleur de tes cuisses !

 

Elle

Avant que quoi, je t’ai demandé ?

 

Lui

Tes seins sont ronds, ta peau est douce, tes… aïe !!!!

 

Elle

Avant que quoi ?

 

Lui

Avant que les lumières ne s’allument !

 

Elle

Le sacristain n’a plus de bougies ! La lumière ne risque pas de s’allumer ! Qu’est-ce que tu racontes ?

 

Lui

Et la nef ?

 

Elle

Mais nous sommes dessous !

 

Lui

Dessous quoi ?

 

Elle

La nef !

 

Lui

Il suffit d’un rayon de soleil pour qu’elle nous éclaire !

 

Elle

Et alors ?

 

Lui

Et alors ? Rien… tu as raison ! Rien de bien important ! Viens sur moi !

 

Elle

C’est bon comme ça ?

 

Lui

Continue ! Je suis bien en toi !

 

Elle s’exécute sans rien dire. 

 

Lui

Tu aimes ?

 

Elle

Quoi ?

 

Lui

Quand je te pénètre ?

 

Elle

Hum !

 

Lui

C’est la première fois ?

 

Elle

Oui !

 

Lui

Tu es mariée ?

 

Elle

Non !

 

Lui

Je n’en parlerais à personne ! Allez bouge un peu plus !

 

 

Elle

Tu me fais mal !

 

Lui

Prends ça !

 

Il lui donne un coup de rein et jouit. Elle, surprise, regarde son con.

 

Lui

Qui y a-t-il ?

 

Elle

Je saigne !

 

Lui

C’est normal ! Rhabille-toi ! J’ai pas envie que l’on nous trouve ici !

 

Elle

Donne-moi un morceau de ton vêtement que je m’essuie !

 

Lui

Ne le garde pas ! On pourrait savoir d’où il vient !

 

Elle

Et alors ?

 

Lui

Et alors, je n’ai pas envie que l’on sache que tu attires les hommes jusqu’ici pour te faire prendre !

 

Elle

Mais c’est toi qui m’as traînée jusque-ici !

 

Lui

Oh ! Tu savais que nous allions finir ici ! Tu connais bien les lieux ! Alors essuie toi et tais toi ! Il faut que je parte !

 

Elle

Que tu partes où ? Je ne connais même pas ton nom ?

 

Lui

Pas besoin de le connaître ! Tu as eu ce que tu voulais ? C’est le principal !

Fous-moi la paix !

 

Lui quitte les lieux laissant Elle seule. Elle s’essuie avec le morceau de vêtement de Lui, puis se rhabille. Elle s’enfuit de l’église précipitamment.

 

 

 

 

Tableau 2

 

A Paris, dans un foyer pour jeunes filles, Elle est allongée sur son lit.

 

Mania

12 ans, j’avais 12 ans lorsque j’ai saigné pour la première fois !

Je pensais être malade ! Et puis, l’éducatrice m’a expliqué que c’était normal à mon âge ! Normal ? ça veut dire quoi ? Je pleurais tout le temps ! Je voulais mourir ! Me foutre en l’air ! M’ouvrir les veines mais je saignais !!! La vie est mal foutue ! Non ?

 

Elle

Si tu le dis !

 

Mania

12 ans, j’avais 12 ans lorsque j’ai saigné pour la première fois ! Normal ! Et c’était normal ! Tu le crois toi ? Tu crois que tout cela est normal ? À 12 ans ? Je voulais mourir… seulement mourir ! Mais ça, c’est pas normal !

 

Elle

De quoi ?

 

Mania

De vouloir mourir à 12 ans ! Mais vivre, ça c’est normal !

 

Mania observe Elle et lui caresse le visage.

 

Mania

Tu as l’air détendue ! Tu as dormi ?

 

Elle

Un peu !

 

Mania

Tu as vu l’infirmière ?

 

Elle

Oui !

 

 

Mania

Et alors ? Tes saignements ? C’était vraiment une chute ?

 

 

Elle

Je n’ai pas très bien compris ce qu’elle m’a dit ! Elle m’a juste donné une pilule !

 

Mania

Celle du lendemain ?

 

Elle

Du lendemain ?

 

Mania

Oui, celle de l’oubli ! Celle qui te refait une virginité !

 

Elle

Mais vierge, je le suis !

 

Mania

 

J’avais 12 ans lorsque j’ai saigné pour la première fois ! 12 ans, mais c’était normal ! Normal ! Comme d’être condamnée à vivre !

 

Elle

Mais toi, tu es toujours vierge ?

 

Mania

Je ne sais pas ce que cela veut dire ! Rendors-toi c’est la meilleure façon d’oublier !

 

Elle

D’oublier quoi ?

 

Mania

Que tu existes ! Comme ça ! Sans rien n’avoir demandé à personne ! C’est sans doute ce qui est le plus douloureux ! Les saignements…c’est pas grand chose ! Un détail !

 

Elle

Tu appelles ça un détail !

 

Mania

Tu pleures ? Tes larmes sècheront comme le reste ! Dors maintenant ! Oublie ce qui s’est passé ! Ton corps change. Regarde ! Il a déjà changé ! Il ressemble à tous les autres ! A tous ceux qui ont craint l’effondrement ! Mais la chute est bien réelle ! Bien réelle, je t’assure ! Presque normale comme ces saignements !

Tu n’as plus mal ?

 

 

Elle

Où ça ?

 

Mania montrant l’intérieur des cuisses d’Elle

Là !

 

Elle

Euh… non !

 

Mania

Tant mieux ! C’est la meilleure façon d’oublier !

Fais tes ablutions. Prends soin de ton hymen. Sait-on jamais ! Un miracle ! Peut-être !

 

Elle

Un miracle ? Je ne crois pas aux miracles !

 

Mania

C’est pourtant bien ce que l’on t’enseigne à l’église !

 

Elle

Tu n’es pas obligée d’y croire ! En tout cas tu peux faire semblant !

 

Mania

A l’église, pendant l’office ? En chantant les louanges de Dieu ? Pas facile de ne pas y croire ! Qu’est-ce que tu fais dans ce foyer ? Tu n’as plus de parents ?

 

Elle

Mes parents sont à l’étranger. Pour eux c’est plus sûr de me savoir ici !

 

Mania

Plus sûr ? Mais tu saignes !

 

Elle

Et alors ! Une chute ! ça arrive à tout le monde, non ?

 

Mania

Autant croire au miracle en effet ! Qu’est-ce que tu caches dans ta poche ?

 

Elle

Rien !

 

 

Mania

Rien ? Tu es sûr ?

 

 

 

 

Elle

Rien, je te dis ! C’est un morceau de ma jupe que j’ai déchiré en tombant ! Je l’ai mis dans ma poche pour ne pas le perdre ! Je repriserai ma jupe à l’atelier couture de jeudi prochain !

 

Mania

On n’y fait que de la couture sur tissus ! Rien d’autre !

 

Elle

Je me doute bien !

 

Mania

Tes lèvres tremblent !

 

Elle

Je te parle alors forcément elles bougent !

 

Mania

Non, pas celles-ci ! Celles qui ont chutées !

 

Elle

Je ne vois pas !

 

Mania

Non mais tu peux sentir ! Laisse toi aller ! Les hommes ne savent pas s’y prendre !

 

Mania et Elles s’étreignent.

Mania regarde Elle s’endormir.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tableau 3

 

Mania est seule dans sa chambre. L’homme qui était dans l’église au début de la pièce y entre sans frapper.

 

Mania

Cette manie que tu as de rentrer sans jamais frapper ! Quelqu’un aurait pu être là !

 

Lui

Personne ! Tu m’entends ? Personne ne doit te rendre visite !

 

 

 

Mania

 

Pourquoi ?

 

Lui

 

Si on te demande tu n’auras qu’à dire que tu préfères être seule !

 

Lui regarde Mania allongée sur son lit dans un pose lascive.

 

Mania

 

Pourquoi tu me regardes comme cela ?

 

Lui

 

J’aime bien t’observer ! Ce p’tit corps fragile presque fugitif ! J’ai toujours l’impression que je ne l’atteindrai jamais ! J’ai peur !

 

Mania

 

De quoi ?

 

Lui

 

De toi ! De tout ce que l’on me dit ! De tout ce que j’ai à accomplir !

 

Mania

 

Le chômage ? Toujours ce chômage qui dure ?

 

Lui

 

Chut ! Ecoute !

 

Mania fait mine d’écouter mais le silence est absolu. Lui est très préoccupé. Il s’approche de Mania.

 

Lui

 

Tu ne m’as pas appelé cette semaine ! Même pas un mot, un signe de vie ! C’est pas ça la famille ! C’est pas ça !

 

Le visage de Lui est très proche de celui de Mania.

 

Embrasse-moi ! Embrasse-moi j’te dis !

 

Mania se débat.

Lui

 

Tu sens ma bite durcir ? Elle est pour toi ! Pour ta p’tite chatte qui m’appartient !

 

Mania est prostrée, figée par la peur et totalement silencieuse.

 

Ecarte les cuisses ! Voilà, comme ça ! Fais-moi plaisir ! Allez viens !

Mais bouge bordel ! Bouge !

 

Lui gifle Mania qui reste malgré tout silencieuse. La scène de viol s’achève sur un râle grossier et inquiétant de Lui.

 

Lui

 

T’es ma p’tite pute ! C’est comme ça qu’je t’aime ! Tu sais bien ! C’est pas la peine de pleurer !

 

Lui remonte son pantalon et se dirige vers la porte.

 

Tu ne parles à personne ! Personne, tu as compris ? Et surtout pas à l’assistante sociale qui passe son temps à rôder dans les couloirs ! J’la sens pas celle-là !

 

Mania

 

Tu vas à la maison ?

 

Lui

 

Quelle maison ?

 

Mania

 

La nôtre !

 

Lui

 

C’est compliqué ! Depuis un certain temps tout est compliqué ! Tu vis au foyer, pour le reste, cela ne te regarde pas !

 

Mania

 

Mais tu vis où ?

 

Lui

 

Chez des amis ! Loin d’ici ! Le principal c’est que je vienne te voir non ?

Mania

 

Bien sûr ! Et tu reviens quand ?

 

Lui

 

Je ne sais pas !

 

Lui quitte la chambre en claquant la porte. Un morceau de tissu est tombé de sa poche. Mania s’approche de la porte pour le ramasser. Elle met le morceau de tissu sous son oreiller puis quitte sa chambre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tableau 4

 

Mania entre dans la chambre d’Elle qui est réveillée mais toujours allongée sur son lit.

 

Mania

 

Bien dormie ?

 

Elle

 

Je m’étais juste assoupie !

 

Mania s’assoit sur le lit d’Elle.

 

Mania

 

À 12 ans on est encore une enfant ? À 12 ans, j’étais encore une enfant ? Une adulte par consentement sans doute ? Un corps d’enfant dans un monde d’adultes ou un monde d’adultes dans un...

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