I
Une table de brasserie et deux chaises.
Myriam est assise à la table, un verre de vin blanc devant elle. Elle tourne presque le dos à LOUIS qui est planté tout près, les mains dans les poches ou les bras croisés. Un silence assez long, il l’observe, puis…
LOUIS : Dès que j’ai ouvert un œil ce matin je savais que cette journée ne ressemblerait pas aux autres.
MYRIAM se retourne, étonnée : C’est à moi que vous parlez ?
LOUIS : Je l’espère.
(Myriam l’ignore. Elle hausse les épaules dans sa tête)
LOUIS poursuit, imperturbable : Qu’elle ne serait pas insipide, cette journée. Banale. Ennuyeuse. Sans aucun intérêt. Que ce ne serait pas encore une journée inutile qui viendrait s’ajouter à la liste, tout naturellement, sans en avoir l’air. Avec obstination. Détermination. Pour me faire chier encore vingt-quatre heures de plus ! Oh ! Pardon ! Je suis vulgaire ! Je vous prie de m’excuser, Myriam.
MYRIAM se retourne, étonnée : Comment savez-vous que je m’appelle Myriam ?
LOUIS : Le garçon ! Il y a cinq minutes. Il vous a dit « Bonjour Myriam. Comme d’habitude ? » Avant de vous apporter votre ballon de blanc. D’ailleurs vous ne lui avez pas répondu. Vous étiez « absente », visiblement. Ailleurs. Ça m’a choqué. Ce garçon est plutôt sympathique. Vous auriez pu…
MYRIAM le coupant : Vous écoutez aux portes ?
LOUIS : Oui. J’adore ça. Surtout quand les portes sont ouvertes.
(Cette fois Myriam hausse vraiment les épaules et avale une gorgée de vin)
LOUIS : Vous venez souvent ici ?
MYRIAM énervée : Demandez au garçon.
LOUIS impassible : J’aime mieux m’adresser au Bon Dieu qu’à ses saints. (Un temps et il ajoute) Même s’il est muet. Le Bon Dieu ! (Myriam ne réagit pas, un temps assez long) J’adore vos silences. Ça peut évoquer tellement de choses un silence ! Ce n’est pas votre avis ? (Myriam ne réagit pas. Un temps assez long encore) Je pense qu’on vous l’a déjà dit mille fois : vous êtes extrêmement bavarde.
(Myriam hausse encore une fois les épaules. LOUIS s’installe à sa table, carrément. Elle ne réagit pas non plus)
LOUIS : Limite soûlante, même ! (Un temps encore. Un silence encore. Louis la dévisage) Et fourbe. (Elle le regarde stupéfaite, presque offusquée) Oui , fourbe. Sournoise. Et hypocrite. (Il approche son visage de celui de Myriam) Il est parfaitement impossible que vous ne soyez pas troublée.
MYRIAM stupéfaite : Mais par quoi ?
LOUIS : Par moi. Par ma présence. Puisque moi je suis troublé par la vôtre.
MYRIAM : Troublé ?
LOUIS : Bien sûr. Pourquoi ? Ça ne vous parait pas possible que je sois troublé à l’idée qu’il va fatalement se passer quelque chose entre nous ?
(Elle boit encore une gorgée de vin, posément)
MYRIAM : Vous n’êtes pas très original, vous savez. On me l’a déjà fait cent fois ce coup-là !
LOUIS : Quel « coup » ?
MYRIAM : Le « coup de foudre » ! La pamoison ! L’arrêt sur image.
LOUIS : Il ne s’agit pas d’un coup de foudre. Absolument pas Myriam.
MYRIAM presque amusée : Ah bon ? De quoi s’agit-il alors ?
LOUIS : Vous le comprendrez plus tard. (Il a un geste vague, mais qui en dit long) Peut-être.
MYRIAM toujours sur un ton plutôt amusé : Plus tard !?
LOUIS : Oui. Quand nous nous connaitrons un peu mieux.
MYRIAM : Mais je n’ai pas du tout l’intention de vous connaître « un peu mieux ».
LOUIS : On en reparlera…
MYRIAM : Sûrement pas !
LOUIS : On en reparlera, que vous le vouliez ou non. En tout cas je vous félicite, s’il est vrai qu’on vous l’a déjà fait cent fois le coup de la pamoison! Vous seriez donc quelqu’un d’irrésistible ? Une briseuse de cœurs ! (Il réfléchit) Mais cent fois, tout de même… vous exagérez un peu, non ?
MYRIAM fermée : Je n’aime pas les chiffres.
LOUIS : Ça tombe bien. Moi non plus. (Un temps puis il ajoute, catégorique) En fait on ne vous l’a jamais fait. Ce coup.
MYRIAM balbutie, désemparée : Mais…
LOUIS : Je veux dire… de la pamoison. De l’arrêt sur image. De la gorge qui se noue. Ou si on vous l’a fait c’était il y a longtemps. Et depuis…
MYRIAM intéressée : Depuis ?
LOUIS : Peu importe.
MYRIAM : Dommage, j’aurais bien aimé savoir.
LOUIS : …Depuis vous avez oublié ce que c’était. La preuve : vous confondez avec tout autre chose.
MYRIAM : Avec quoi ?
LOUIS : C’est difficile à expliquer.
MYRIAM : Alors ne m’expliquez pas.
LOUIS : C’est ce que je fais. Ou plutôt c’est ce que je ne fais pas.
(Un silence. Myriam boit encore une gorgée de vin puis repose son verre)
LOUIS la regarde : Je vous dérange, n’est-ce pas ?
MYRIAM : A votre avis ?
LOUIS : A mon avis : Non.
MYRIAM : Vous êtes présomptueux, jeune homme.
LOUIS : Bon. Admettons. En tout cas je vous intrigue.
MYRIAM détachée : Absolument pas.
LOUIS : Oh ! Si.
(Silence de Myriam)
LOUIS : Ne vous en défendez pas. Je vous sens très mal à l’aise.
MYRIAM : Je suis parfaitement sereine.
LOUIS : Vous mentez bien. Ça me plait.
MYRIAM les yeux au ciel : N’importe quoi !
LOUIS : Vous auriez pu changer de table. Partir. Vous plaindre au garçon. A la direction. Me traiter d’importun. D’emmerdeur. De casse bonbons. Me menacer de porter plainte pour harcèlement. Mais non. Rien de tout ça. Vous ne bougez pas. Pour quelle raison ?
(Myriam se détourne encore un peu plus pour ne pas le voir)
LOUIS : Vous restez là, vissée sur votre chaise. Inébranlable. Hiératique. Lointaine. Et pourtant vous conversez tranquillement avec moi.
MYRIAM : Parce que vous appelez ça « converser » ?
LOUIS : Parfaitement. Nous conversons. Du bout des lèvres… Sans rien aborder d’important, de vital, d’indispensable… Mais enfin c’est un début.
MYRIAM un peu énervée cette fois : Mais qui êtes-vous ?
LOUIS : Ah ! Tout de même, une question intéressante ! (Il lui dit sous le nez) La première.
(Myriam le regarde, étonnée)
LOUIS : Ben oui. Et surtout une question qui est de nature à élargir le débat. Les autres vont suivre j’imagine. Je les attends avec impatience. Mais je ne suis pas sûr d’y répondre. Ou même de pouvoir y répondre. A commencer par « qui êtes-vous ? » Il faudrait être inconscient pour se décrire comme ça, rapidement, en deux mots ou même en trois, à une terrasse de brasserie. Je risquerais de vous faire fuir, et ça serait dommage. On a tellement de choses à se dire ! (Silence de Myriam, qui ne réagit pas. Louis avoue…) Je ne m’aime pas beaucoup vous savez, malgré les apparences qui sont souvent trompeuses. Je ne voudrais pas gâcher l’ambiance.
MYRIAM les yeux au ciel : L’ambiance !
LOUIS très calme : Oui. En me dénigrant. En vous décevant d’emblée. En sautant des étapes. Je ne suis pas pressé. Vous non plus d’ailleurs.
MYRIAM : Comment savez-vous ça ?
LOUIS : Oh ! Juste une intuition. Que vous venez de confirmer.
MYRIAM stupéfaite : De confirmer ?
LOUIS : Parfaitement. En me demandant « comment savez-vous ça ? » le « ça » veut dire que j’ai vu juste. Autrement vous m’auriez demandé et sur un tout autre ton croyez-moi, « Comment le savez-vous ? ». Je n’ai pas raison ?
MYRIAM : Je préfère ne pas vous répondre.
LOUIS : C’est dommage. On perd un temps fou.
MYRIAM : Je croyais que vous n’étiez pas pressé !?
LOUIS : Ça n’a strictement rien à voir.
MYRIAM : Ah bon !
LOUIS : Ben oui.
MYRIAM : Je ne comprends pas.
LOUIS : Ça ne m’étonne pas. (Un silence) Ça vous étonne ?
MYRIAM : Quoi donc ?
LOUIS : Que ça ne m’étonne pas !
MYRIAM : Non.
LOUIS : Ah bon. Pourquoi ?
MYRIAM : Parce que j’ai l’impression que rien ne vous étonne.
LOUIS : Exact. Surtout venant de vous.
MYRIAM : Vous ne savez pas qui je suis.
LOUIS : Vous en êtes sûre ?
(Silence de Myriam)
LOUIS : Ah ! Encore un silence. (Il la regarde fixement, il savoure ce silence) J’apprécie. Pas de révolte, pas de couperet intempestif, pas de fin de non-recevoir, un silence ! Un de plus. C’est plutôt encourageant.
(Il la regarde un moment puis)
LOUIS : Vous savez quoi, Myriam ? J’aimerais savoir exactement ce qui se passe dans votre tête. Un ouragan, un vent de panique, une crispation bien contrôlée ? (Myriam ne réagit pas) Ou rien de tout ça, peut-être. (Silence de Myriam) Et pourtant, contrairement à moi visiblement tout vous étonne. Mais vous ne le montrez pas. Je babille, je babille… vous n’en croyez pas vos oreilles. Je vous stupéfie. (Myriam a une moue de doute) Si, si, je vous assure ! Vous tombez des nues plusieurs fois par minutes…
(Myriam lève les yeux au ciel)
LOUIS : Je vous déstabilise…
MYRIAM ton neutre : Vous me soûlez, surtout.
LOUIS poursuit sur sa lancée : …et vous ne trouvez pas la moindre branche, même imaginaire, à laquelle vous raccrocher pour reprendre vos esprits. Pour faire le point. Vous restez de marbre pour donner le change mais à l’intérieur je suis sûr que c’est un foutoir pas possible. Vous êtes débordée, vous n’arrivez pas à faire le tri, vous me détestez et en même temps vous avez peur que je me lève. Que je m’en aille. (Un silence, Il la regarde dans les yeux, presque implorant) Dites-le moi, que je vous étonne !
(Un silence de Myriam, assez long)
LOUIS : Merci.
MYRIAM : Merci ?
LOUIS : Oui. Vous venez de me l’avouer ! (Et il déclare, catégorique) C’est avéré : je vous étonne !
MYRIAM impassible : Si vous le dites !
LOUIS poursuit : Merci Myriam. Ça me fait du bien. Ça me réconforte. Ça prouve que vous vous intéressez un peu à moi. Que je ne vous laisse pas indifférente. Parce que je n’en mène pas large vous savez. Parce que vous m’impressionnez. C’est pour ça que je vous étourdis de paroles, parce que si je me tais je perds pied, je m’effondre et j’ai peur que vous ne fassiez pas un geste pour venir à mon secours. Il m’a fallu beaucoup de courage pour vous aborder. Il y a longtemps que j’étais là, debout, derrière vous, immobile, invisible, à vous regarder, sans pouvoir prononcer un mot. En me demandant de quelle façon je pouvais engager le dialogue…
MYRIAM les yeux au ciel : Le dialogue !
LOUIS : Parfaitement, sous quel angle, avec quels mots… et surtout sans trembler ou tout du moins sans le montrer !
(Un silence de Myriam)
LOUIS : Au fait, je m’appelle Louis !
(Un silence de Myriam)
LOUIS : Vous vous en foutez j’imagine ?
MYRIAM : Complètement. (Myriam se lève soudain, décidée, et jette un billet sur la table ) Excusez-moi de vous étonner pour une fois, mais il faut que je parte!
LOUIS : Déjà ? Mais pourquoi ?
MYRIAM : Parce que je ne suis pas pressée. Bonne soirée !
(Elle disparait. LOUIS reste impassible.)
LOUIS pour lui-même : De toute façon on va se revoir.
( Il termine le verre de Myriam, posément, en savourant, puis il repose le verre vide sur la table il se saisit du billet laissé par Myriam et appelle…)
LOUIS : Garçon !
II
La même table de brasserie. Les deux chaises. Le lendemain.
Myriam et Louis sont assis, muets, chacun devant un verre de vin blanc. Un long silence d’abord. Ils ne se regardent pas.
MYRIAM après ce silence, impassible : Vous ne dites rien ?
LOUIS : Ah ! Ça ne vous a pas échappé !
MYRIAM : Vous vous asseyez à ma table, vous commandez un verre de vin et vous ne dites rien. Même pas « bonjour ».
LOUIS toujours sans la regarder : Vous êtes très conventionnelle finalement.
MYRIAM : Pourquoi « finalement » ?
LOUIS : Parce que je pensais le contraire.
MYRIAM : Désolée de vous décevoir.
LOUIS : Oh ! Vous ne me décevez pas. Pas encore. Bonjour !
MYRIAM froidement : Bonjour.
LOUIS rivé sur sa chaise : Excusez-moi, vous permettez que je m’asseye à votre table ?
(Silence de Myriam)
MYRIAM : Et si je vous disais non ?
LOUIS : Vous l’auriez déjà dit.
(Silence de Myriam)
LOUIS : Merci. C’est très gentil d’accepter ma présence. (Il lève son verre) A la vôtre !
(Myriam reste impassible. Louis boit une gorgée de vin et repose son verre)
LOUIS : Vous m’attendiez, de toute façon. Vous vous êtes installée ici comme hier, à cette même table, et à la même heure. Uniquement dans cette optique.
MYRIAM sur un ton quelque peu pincé, hautaine : Monsieur je m’assois tous les jours ici, à cette table et à la même heure.
LOUIS : Je sais.
MYRIAM : Alors ne me prêtez pas des intentions que je n’ai pas.
LOUIS : Pourquoi « Monsieur » ? Je m’appelle Louis.
MYRIAM sans lui répondre, l’imitant : « Je sais », « Je sais » ! Qu’est-ce que vous savez au juste ?
LOUIS : Je passe tous les jours, ici, devant cette brasserie, et à la même heure. Vous ne l’aviez pas remarqué ?
MYRIAM : Pas du tout.
LOUIS : Je vous crois. Vous ne levez jamais les yeux. Vous êtes plongée dans vos pensées, hors d’atteinte du monde extérieur. Pourquoi ?
(Silence de Myriam. Elle boit une gorgée, lentement, posément, et repose son verre)
LOUIS : Vous n’en êtes sûrement pas consciente mais vous venez de m’en dire, des choses, là encore !
MYRIAM : Vous avez raison je parle beaucoup. Beaucoup trop.
(Un silence. Myriam est pensive. Louis savoure la situation)
MYRIAM au bout d’un moment : Je peux vous poser une question ?
LOUIS rayonnant soudain : Une autre ? Une vraie ? Une importante ? Une qui va nous ouvrir un boulevard ?
MYRIAM jette soudain presque du bout des lèvres : Pourquoi moi ?
LOUIS dépité : Ah merde ! Vous êtes une petite joueuse. C’est une ruelle, pas un boulevard. (Il se penche vers elle) Qu’est-ce que ça veut dire « pourquoi moi » ?
MYRIAM : Pourquoi m’avez-vous prise pour cible ? Pourquoi avoir jeté votre dévolu sur ma personne ? Je ne suis pas la seule à boire un verre de vin blanc à la terrasse de cette brasserie.
LOUIS souligne : Tous les jours, et à la même heure.
MYRIAM : Et alors ?
LOUIS : Comment vouliez-vous que je ne vous remarque pas, à force ?
(Silence de Myriam)
LOUIS : Au début je passais presque sans vous voir, et puis fatalement… votre présence quotidienne a fini par attirer mon attention.
MYRIAM : Et ça fait longtemps que ça dure ?
LOUIS : Non. Je suis nouveau dans le quartier. Et cette brasserie est sur le chemin de mon boulot.
MYRIAM : Ça n’explique pas tout.
LOUIS : J’en conviens. Mais j’ai eu envie de vous connaitre.
MYRIAM : Qu’est-ce que j’ai de plus que les autres ?
LOUIS : Rien du tout en apparence. Si ce n’est une sorte de mystère…
MYRIAM amusée : De mystère !?
LOUIS : Parfaitement. Qui émane de votre personne, qui s’en dégage, qui se devine et qui se hume comme un parfum musqué, très fort…
MYRIAM : Très fort ?
LOUIS : Oui. Et en même temps imperceptible…
MYRIAM : Allons bon.
LOUIS: Vous ne comprenez pas ce que je veux dire.
MYRIAM : Pas du tout. Vous êtes nébuleux.
LOUIS : Peut-être. Excusez-moi. Je tâtonne. Je tourne autour du pot.
MYRIAM : C’est moi le pot ?
LOUIS : Non, c’est ce « mystère » que je voudrais percer.
MYRIAM presque dans un soupir : Vous risquez d’être déçu.
LOUIS : Je ne crois pas.
MYRIAM sur un ton plutôt décidé soudain : Bon. Soyons plus terre à terre. J’ai quelques années de plus que vous, je ne suis pas un canon de beauté…
LOUIS : Oh ! Vous exagérez, là ! Vraiment.
MYRIAM : Alors je ne vois pas où serait ce mystère que vous ne pouvez pas expliquer.
LOUIS : C’est le propre d’un mystère.
MYRIAM : Dites m’en plus ou je m’en vais.
LOUIS : Vous avez des yeux magnifiques. (Il la regarde) Une bouche que je dirais sensuelle, une jolie peau... Vous avez tout ça, mais quand même il y a quelque chose qui cloche.
MYRIAM : Ah Bravo !
LOUIS : Pourquoi « bravo » ?
MYRIAM : Vous avez une étrange façon de draguer !
LOUIS : Je ne drague pas. Je fais un constat.
MYRIAM : Ah bon. Vous êtes assureur ?
LOUIS : Marrant. Vous avez de l’humour. C’est un bon point. Vous voyez quand vous voulez…
MYRIAM sèchement : Soyez bref. Soyez clair.
LOUIS : Vous êtes très belle Myriam, quoi que vous en pensiez. Simplement il manque cette petite lueur dans vos yeux… Vous voyez ce que je veux dire ?
MYRIAM s’efforçant de rester impassible : Non.
LOUIS : Vous mentez.
MYRIAM : J’attends.
LOUIS : Mais quoi ?
MYRIAM : D’autres explications. Plus claires. Que je serai en capacité de comprendre.
LOUIS balbutie : Ah ! Ça va être compliqué…
MYRIAM : Faites un effort.
LOUIS balbutie : Ecoutez…
MYRIAM sèche : C’est ce que je fais.
LOUIS qui s’énerve un peu : Oh ! Flute ! Vous m’avez embrouillé, je n’arrive plus à m’y retrouver… Je suis perdu là, je ne sais plus où j’en étais… !
(Myriam esquisse un léger sourire)
LOUIS : Ça vous amuse ?
MYRIAM : Oui. Excusez-moi mais cette fois-ci c’est vous que je devine embarrassé !
LOUIS sans conviction aucune : Mais non. Mais pas du tout.
MYRIAM lui dit soudain en se penchant, presque sous son nez : Fourbe. Sournois. Et hypocrite ! Ça vous va parfaitement aussi.
LOUIS qui se veut détaché mais que l’on sent troublé : Ça nous fait un truc en commun.
MYRIAM : On peut dire ça. Quoique en ce qui me concerne…
LOUIS : En tout cas vous vous décoincez. Ça me fait plaisir.
(Un silence encore)
LOUIS : On va continuer à se détendre, d’accord ? On va respirer fort avant d’aller plus loin. Et inspirer. Comme ça ! (Il inspire fort) Zen.
MYRIAM : Je ne suis pas tendue.
LOUIS : Et pressée ? Vous l’êtes aujourd’hui ?
MYRIAM : Ça ne vous regarde pas.
(Un silence. Louis porte son verre à ses lèvres, boit une gorgée, repose son verre)
LOUIS : Moi non plus je ne suis pas pressé. Je sors du boulot et j’ai tout mon temps.
(Silence de Myriam)
LOUIS : Vous vous en foutez ?
MYRIAM : Totalement.
(Louis prend encore une gorgée de vin, repose...