Brigitte

Qui choisiriez-vous, vous, si vous deviez passer les 30 années qui viennent avec les mêmes personnes, enfermé sous terre? C’est la question que se pose la famille Rochet à Marcellus, un petit village du Lot-et-Garonne. La météorite Brigitte s’écrasera sur Terre l’année prochaine et si ce n’est pas une catastrophe, parce que c’est prévu depuis longtemps, l’enfermement qui approche pose de nombreuses questions et oblige à faire des choix cruciaux dans la famille.

Lire le texte intégral

Présentation (didascalie)

(Lumière tamisée. Un narrateur se place face au public, dans le coin gauche de l'avant-scène. Il est neutre, en costume trois pièces vert foncé ton sur ton. A l'arrière-scène, le salon des Rochet où la grand-mère, Monette, regarde seule la télé. Salon d'une famille de classe moyenne, tout semble normal mais des tas de cartons sont empilés ici et là, laissant comprendre que la famille s'apprête à déménager.)

Narrateur

La famille Rochet habite une maison confortable du lotissement Les mésanges à Marcellus, nous sommes en Lot-et-Garonne. Le village compte six cents âmes et ne sait pas vraiment s'il est charmant.

Déjà petit, Marcellus est divisé en deux zones bien distinctes : le bas dans la vallée de la Garonne, et le haut autour de son église, sur le coteau. Ceux d'en-bas sont clairement moins bien lotis. Certes à plat sur des terres fertiles, ils sont pourtant régulièrement inondés par la Garonne qui déborde à la moindre contrariété météorologique.

Et puis en-haut, il y a le château, et ça, c'est quand même un signe que la situation y est plus privilégiée. C'est d'autant plus vrai qu'elle était la demeure du comte de Marcellus, rachetée par un antiquaire parisien, Richard Duvilliers qui, après avoir grandement investi en rénovations, l'habite le plus noblement qu'il peut avec son épouse et sa fille Bérénice. La petite famille bien logée fait bien d'en profiter car, bientôt, le château comme le reste de la surface de la Terre aura disparu.

(Pause du narrateur qui regarde le public, prend un air navré en se pinçant les lèvres et en écarquillant les yeux. Plus sérieux et fronçant les sourcils, il met alors de la gravité dans son propos.)

Narrateur

Oh ! Je vous vois venir, attendez, ce n'est pas du tout une catastrophe au quotidien, pas du tout, parce que tout le monde le sait et l'a intégré depuis longtemps… depuis 1992 en fait, date à laquelle un astronome belge, le professeur André Moulincq, a découvert une météorite dont la trajectoire mène droit sur nous.

Je vous assure que depuis, le monde entier sait placer Bruxelles sur une carte ! Le gros caillou s'appelle Brigitte, du nom de la défunte épouse du chercheur et, n'en déplaise à l'Élysée qui essaie inlassablement de faire changer son nom depuis l'élection du président Macron, de Pékin à Maputo, de Reykiavik à Montevideo, le monde entier s'est approprié Brigitte, Birgit, Bre-jet ou Briit selon les prononciations et n'a pas du tout l'intention de la débaptiser.

La vie de l'astronome Moulincq et de Brigitte ont même fait l'objet d'une série de romans, d'une série télé, et le prénom a même fait un bond de 89% dans les charts néonataux.

Le grand jour est prévu pour le 13 juillet 2031, pas d'bol, à un jour près la France tenait le feu d'artifice du siècle pour sa fête nationale ! Ce sera énorme, Brigitte est énorme ! Sa trajectoire sera re-évaluée bien sûr mais il semble assez clair qu'elle s'écrasera au fond du bassin méditerranéen, explosant toute la zone du Proche-Orient jusqu'à une profondeur de trois kilomètres au moins. Rien à y gagner pour autant car le conflit israélo-palestinien en a profité pour se délocaliser au Soudan, en prenant de l'avance si l'on peut dire.

Sur le reste de la Terre, toute la surface sera soufflée et elle sera inhabitable pendant vingt ans. Les dix années suivantes, l'atmosphère devrait devenir progressivement respirable, ce sera une phase de transition avec des sorties possibles pour les scientifiques et ceux qui seront en charge de la reconstruction.

Si la panique a entraîné quelques débordements, au début, des soulèvements ici et là et des suicides, le monde s'est progressivement calmé et préparé. L'être humain peut décidément s'adapter à tout. Personne n'est véritablement en panique aujourd'hui. Les enfants nés depuis ont grandi avec, leurs manuels scolaires ont été repensés avec l'arrivée de Brigitte qui a changé le monde en profondeur et dans tous les domaines.

Les états ont donc prévu la seule chose à faire, enfermer leurs populations dans des souterrains pour attendre. Enfin, tout le monde ne fonctionne pas de la même manière. La France prévoit d'essayer de sauver tout le monde et, pour cela, des souterrains regroupant 500 personnes ont été construits en-dessous des grandes villes, comme plein de petites poches juste en-dessous de la vie actuelle, pour respecter à peu près le découpage administratif et organiser la vie sur tout le territoire. Il est même possible d'émettre des vœux quant à son entourage.

Bien sûr, l’échelle des valeurs s'est un peu retournée. Les architectes, les maçons, les électriciens sont devenus les nouveaux princes, quand des pans entiers se cassent la figure, l’immobilier de surface, le tourisme, l’écologie, la blague, tout va cramer.

Mais qui choisiriez-vous, vous, si vous deviez être enfermé pendant 20 ou 30 ans avec les mêmes gens sous terre ? Nous sommes à un an de l'impact, à un mois d'investir les souterrains, et c'est la question cruciale que se pose la famille Rochet à Marcellus, les enfants Hakim et Aurore, leurs parents Greg et Émilie, la grand-mère Monette.

(il se retourne en montrant Monette au public puis disparaît)

(la lumière se rallume sur le plateau pour éclairer la pièce)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Acte 1

Scène 1 – Monette devant la télé, Émilie

(Monette, dans un vieux fauteuil, devant la télé. Émission animée par Cyril Hanouna en fond.)

Monette (ricanant)

Il va nous fatiguer longtemps avec sa Brigitte ? On débaptisera pas le caillou ! C'est pas possible de revenir à la charge comme ça ! C'est un con, un vrai con !

(Elle attrape une gorgée de prune.)

(Émilie entre, essoufflée.)

Émilie

Ça va maman ? Toujours devant tes infos ?

Monette

Ça va, ça va, c'est encore...

Il vous reste 90% de ce texte à découvrir.


Connectez-vous pour lire la fin de ce texte gratuitement.


Posté le 23 juillet 2026 par Lucie Delvert

0 commentaires

Ajouter à une liste
FacebookTwitterEmail
error: Ce contenu est protégé !
Retour en haut