Callas-Machine

16 septembre 1977. Minuit. Une femme, C., affirme être Maria Callas.
Elle revit la biographie de la « divine » dont les médias viennent d’annoncer la mort :
l’enfance new-yorkaise, le retour en Grèce, l’Italie, le triomphe, le déclin, les blessures
d’amour infligées par sa mère et Aristote Onassis.
Maria Callas. Réelle – Mythique : impossible de tracer une frontière entre sa réalité et sa
fiction, entre la grande révolutionnaire du belcanto et l’icône médiatique. Est-il possible
de la raconter ? Qui était cette apatride, cette déesse qui, comme le disait elle- même,
ne faisait que ce qu’elle pouvait ? Maria Callas est pour moi une figure qui met à nu le
tissage inextricable entre l’intime, l’art et le monde ; elle nous renvoie à la vanité de la
biographie, à l’impossibilité de l’identité.
Callas-Machine est une partition pour une actrice construite comme un puzzle de toutes
les voix qui constituent le personnage de C., une bande magnétique sur laquelle elle
cherche à inscrire une ligne mélodique – qui pourrait être une biographie – sans jamais y
parvenir. En essayant de se construire en tant que personne, C. donne vie à une sorte de
carnaval intime, prolifération de discours et de performances.
Tout est documenté dans ce spectacle, mais tout n’est pas vrai. Plusieurs passages sont des
citations, mais il est difficile de savoir si l’on peut s’y fier.

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Filippo Bruschi

4 Place Armand Carrel - Paris 19e

06 79 77 55 51

filippobruschi@hotmail.com

 

 

Callas-Machine

(Partition pour actrice)

 

 

 

 

 

Pénombre. Minuit.

La silhouette de C. se tient immobile au centre de la scène, de dos.

Le Metteur en scène (M. e. s.) vient réajuster très légèrement sa position en lui touchant les épaules.

Dans un coin obscur de la scène il s’assoit à une table, devant un ordinateur. Voix off d’E. D. K. 1

 

Ceciliasophiaannamariakalogueropoulos Maryann MaryAnn Marianna Annamaria Maria Maria Maria

J’ai choisi

On part pour la Grèce

Quand ?

Dès que possible demain tout de suite on rentre disons je - rentre

Tu n’y as jamais été

Tu es une vraie fille de Manhattan

 

Projection de chiffres à la bourse de NY.

C. danse mécaniquement sur les notes de New York New York 

Voix off d’E. 

Oui mais j’en ai marre de Manhattan du Queens de Brooklyn

Marre des Cadillacs des gratte-ciel du krach de 1929 absolument marre de ton père petit pharmacien sans ambition paysan parvenu Don Juan de village espèce de cochon

 

C. se retourne soudainement

 

Du coup

Je te quitte New York

See you soon

Parfois l’impression que tout n’a été qu’un rêve

Une autre femme qui est née ici

Qui préparait des confitures à la cerise avec maman

Qui écoutait les premières du Metropolitan allongée comme une chatte sur le tapis du salon

Est-ce moi

Est-ce moi

Est-ce moi

Qui chante sous le nom de Nina Foresti

Extrait d’une émission radiophonique où Nina Foresti, peut-être un pseudonyme de Callas à douze ans, chante Un bel dì vedremo

 

C. parle à sa droite

Qu’est-ce que vous dites infirmière la Callas est morte

Quand ?

Cette nuit ?

Quel est votre nom infirmière

Come vi chiamate infermiera ?

Yvonne

Bien Yvonne

Sachez que moi je suis la Callas

Cette dame qui habite à Paris est une doublure elle n’est planquée là-bas que pour défendre ma réputation pour que les gens ne me voient pas dans cet état

Et pour

À un moment donné Mourir effacer mes traces

Pour qu’on me fiche la paix

Vous ne pouvez pas croire sincèrement que je suis la femme qui apparaît sur ces photos

Geste de C ouvrant les bras vers le ciel 

Oui

Pour qu’on me fiche la paix

Les journalistes certes mais pas que

Beaucoup d’autres

Dont je ne dirai pas le nom

Vaut mieux ne pas le dire

Des proches

Intimes

Même trop

Mais à présent je veux sortir retourner dehors en plein air respirer voir les visages des passants qui se         retournent        pour     me             regarder                       mais        cette      femme           est

laaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa

Surtout je veux me remettre à chanter

À maîtriser les notes

À créer des rôles

En rêve, j’ai vu Karajan

Bernstein

Carlos Kleyber frappe toutes les nuits à ma fenêtre

Oui

Pour que je chante en allemand

Oui

Kundry

En s’adressant extasiée au vide devant elle :

Vous le voyez là-bas Kleiber dans la nuit ?

Il m’appelle me dit viens

Kundry

Viens

Viens

Viens

 

Ensuite je serai Carmen

Vous la connaissez n’est-ce pas Carmen ?

Jusque-là je l’ai simplement chantée mais cette fois on va lui donner un corps avec costumes castagnettes couteaux tout

Carmen est un homme

N’est pas moi

Elle baise les hommes

Vous comprenez ?

C’est pour ça que je veux la chanter

Pour être une autre

Pour cesser d’être moi

Avant de planer comme un héron du Pont Mirabeau

Elle ouvre le bras, ferme les...

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