SCENE 1
George se tient devant la caméra, il porte une robe et une perruque.
George appuie sur la touche « Enregistrer ».
George. Les gens tombent amoureux d’un coup, dans les cinq premières secondes. Un, deux, trois, quatre, cinq. Boom ! (il regarde sa montre) Cinq secondes ! Tu as déjà eu ce « Boom » ? Je m’appelle George. Quand j’étais petit, je rêvais d’apprendre le langage des dauphins mais là je suis chauffeur de taxi. Je porte une robe que j’appelle « un doux mensonge » mais je vous jure de ne pas mentir. Je promets de dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité. Et que je sois aidé par …
Le portable sonne, George appuie sur « Pause ».
George. (au téléphone). Je suis occupé, mon cœur. On en parle plus tard, d’accord ? Bisous.
George éteint le portable.
George. Je voudrais bien fumer mais j’ai arrêté…
Il soupire lourdement, appuie sur la touche « Enregistrer ».
George. Je suis fatigué de mener une double vie, de m’embrouiller, de m’embourber, et puis d’avoir peur que ce mensonge soit révélé. Eh oui, je suis un trouillard. Eh oui, la vérité me fait horreur. Peut-être parce qu’on me gavait souvent de cette vérité dans mon enfance. Surtout mon grand-père.
Quand j’avais quatre ans, il m’a dit :
- George, le Père Noël n’existe pas. Quel que soit ton vœu à minuit, demain matin ce sera quand-même un pull sous le sapin.
La triste vérité !
Le 24 décembre, quand la pendule a affiché minuit tapant, j’ai fait le vœu d’avoir un pull.
Quand j’avais huit ans, mon grand-père a déclaré :
- Il ne s’est pas enfui, ton petit chien Médor, il est mort d’insuffisance rénale, je l’ai enterré derrière la clôture.
Et puis mon grand-père m’a montré le monticule de terre.
La triste vérité !
Je l’ai décoré de fleurs.
J’avais onze ans quand mon grand-père m’a craché sa colère :
- Ton père n’est pas allé chercher du travail à l’étranger comme le dit ta grand-mère. Il a tué quelqu’un, et maintenant il va aller en taule.
Le soir même mon grand-père m’a amené au centre de détention, un mois plus tard au tribunal, puis deux mois après à la prison.
La triste vérité !
Elle a le goût salé des larmes. Ou bien du sang. Car quand tu l’entends, tu serres fort les dents en mordant ta joue qui met ensuite du temps à cicatriser et te sert de rappel pendant un moment.
J’abreuvais cette triste vérité de mes larmes abondantes, et elle grandissait en moi comme une plante en faisant pousser ses tiges à travers mes tripes. Ma grand-mère me consolait en caressant mes cheveux. Elle...