Et vous, à MIranda, vous y étiez ?

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Argumentaire /synopsis
Novembre 1956, trois trentenaires qui recherchent un logement en région parisienne se retrouvent dans le bureau d’un promoteur immobilier et de sa secrétaire.
L’attente est longue mais, peu à peu, ces hommes qui ont souffert du fascisme et se sont croisés pendant la guerre dans des circonstances singulières qui ont influé sur leurs destins, se reconnaissent. Ils se redécouvrent et déballent peu à peu leurs histoires et une intimité pas toujours si glorieuse.
Alors qu’ils étaient rivaux pour l’achat d’une maison, l’annonce d’une nouvelle inattendue va changer la donne et modifier leur comportement.

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1

La secrétaire

Elle est installée à son bureau, elle se polit les ongles en chantonnant un air jazzy.

Le téléphone sonne.

  • La secrétaire : Allo, agence Immobilière Saint-Claude, bonjour. Non, monsieur de Saint-Claude n’est pas au bureau pour l’instant... Oui, il doit repasser très prochainement car il a des rendez-vous qui l’attendent et son emploi du temps est absolument surchargé. Vous comprenez, tout le monde cherche à se loger actuellement, alors bien sûr, comme lui c’est son boulot de trouver des logements aux gens, il ne sait plus où mettre la tête… Mais je suis là pour ça.

Un ange passe.

  • La secrétaire : Oui, je suis là pour l’aider à se souvenir de ce qu’il n’a pas eu le temps de noter… Comptez sur moi, je lui dirai de vous rappeler. Au revoir, monsieur.

Elle raccroche.

  • La secrétaire: Oh, flûte !, j’ai oublié de lui demander son nom à celui-là. Comme si en plus de ce que j’ai à faire je devais reconnaitre tous les fidèles clients de mon patron rien qu’à leur voix. Oh, ben ! tant pis, comme dit ma mère, si c’est si important, il rappellera.

Il faut dire que Monsieur de Saint-Claude il en a des gratinés comme clients, tous après ses basques depuis qu’il a lancé son programme de constructions de pavillons, des baraques dotées de tout le confort dans la banlieue Ouest de Paris, à quelques encablures de ce qui sera un jour, enfin c’est ce qu’on dit, un des plus grands centres d’affaires de France.

Elle ouvre un tiroir de son bureau dont elle sort un disque de jazz. Elle contemple la jaquette en soupirant.

  • La secrétaire: Vivement samedi soir. Je dois sortir dans un cabaret, à Paris. Que de la musique américaine au programme : jazz, swing… J’adore. Mais en attendant, j’espère que mon patron ne va pas tarder car… j’ai fait une bourde… disons une erreur d’appréciation. J’ai convoqué trois clients intéressés par le même bien immobilier à la même heure. Alors forcément, il va y avoir embouteillage. Voire pire.

On frappe à la porte.

 

 

2

La secrétaire, le premier homme (Marti)

Rentre le premier homme, son chapeau à la main pour saluer. Il a une attitude très familière envers la secrétaire.

  • Marti : Chère mademoiselle, bonjour. Joseph Marti. J’ai rendez-vous avec monsieur de Saint-Claude.
  • La secrétaire: Bonjour Monsieur. Vous êtes un peu en avance, monsieur de Saint-Claude n’est pas encore arrivé. Mais je vous en prie, installez-vous pour patienter.
  • Marti : C’est avec un très grand plaisir, chère mademoiselle.

L’homme dessangle son imperméable, rentre son ventre pour cacher un embonpoint naissant, cherche des yeux où accrocher son vêtement et finit par choisir le dossier d’une chaise, celle placée au milieu des deux autres. Il pose son chapeau sur la table basse.

  • La secrétaire: Monsieur Marti, avant de vous assoir, si cela ne vous dérange pas j’ai quelques questions à vous poser pour compléter votre dossier.
  • Marti : Je pensais vous avoir donné tous les renseignements nécessaires par téléphone. C’est bien vous que j’ai eu l’autre jour au bout du fil, n’est-ce pas ? Je crois avoir reconnu votre charmante voix.
  • La secrétaire: Oui, c’est bien moi. Je dois vous avouer que je suis excellente pour prendre des notes en sténo très rapidement, au téléphone par exemple, c’est d’ailleurs pour cela que mon patron m’a engagée, mais après, heunhh, je n’arrive pas à me relire. Voyez-vous-même si vous permettez.
  • Marti : Permettez-vous, permettez-vous…

Elle lui tend ses notes sur une feuille.

  • Marti : Ah, oui !, effectivement. On dirait la représentation d’une assiette de pates cuites à l’eau.
  • La secrétaire(Consternée) : De pates trop cuites même. Mais vous ne lui direz pas à mon patron, n’est-ce pas ? Sinon, il me vire.
  • Marti : Vous pouvez compter sur moi, chère demoiselle, cela serait trop dommage de vous savoir attristée car sans emploi.
  • La secrétaire : Merci.
  • Marti: Je recommence donc. Notez, et dites-moi si je vais trop vite… Ou si vous n’arrivez plus à vous relire. Joseph Marti.
  • La secrétaire : Allez-y. Je note.
  • Marti : Marti comme marti… net…

La secrétaire fait un geste évoquant un fouettement.

  • Marti: Non, voyons, l’oiseau, pas l’instrument de torture.
  • La secrétaire : Bah, ça s’écrit pareil.
  • Marti : Je l’admets. Je suis né le 31 janvier 1920 à Perpignan, j’ai donc…
  • La secrétaire(elle compte rapidement sur ses doigts) : … 36 ans.
  • Marti : Je ne vous le fais pas dire. Le plus bel âge pour un homme. Sans vouloir me flatter. Mais toujours marié et j’ai deux enfants, un garçon et une fille.
  • La secrétaire: Le choix du Roi.
  • Marti : Je ne vous le fais pas dire là non plus. Je suis ingénieur agronome, diplômé de la faculté de Paris. Spécialiste des plantes tropicales, la banane en particulier.
  • La secrétaire : Banane… C’est un des mots que j’avais noté mais plus tout à fait sûre pour à la relecture. Je me demandais ce qu’une banane faisait dans l’histoire. Il faut dire que c’est original.
  • Marti : Vous n’utilisez pas votre machine à écrire ?
  • La secrétaire : Monsieur, j’ai été engagée en tant que sténo, donc je sténotte.
  • Marti : C’est tout à fait à votre honneur, je le reconnais… si vous arrivez à vous relire. Pour plus de sécurité, je reprends : spécialiste des plantes tropicales, je rentre d’ailleurs d’Afrique où j’ai vécu pendant plus d’une dizaine d’années. J’y ai accumulé un bon petit pécule. Voilà pour le pedigree, cela vous suffit-il ?
  • La secrétaire : Je pense que monsieur de Saint-Claude appréciera.
  • Marti : Et j’ajouterai que j’ai rapidement le plus grand besoin d’un logement pour ma petite famille qui est rentrée avec moi. Il faut comprendre que là-bas, aux colonies, nous avions nos aises…
  • La secrétaire : C’est parfait. Je vous en prie, asseyez-vous.

L’homme s’assoit et consulte les magazines posés sur la table basse.

 

 

3

La secrétaire, le premier homme (Marti), le deuxième homme (Buissons)

Rentre le second homme, la tête haute et l’air conquérant.

  • Buissons : Docteur Paul Buissons. Avec un « s » à la fin. Je dois voir monsieur de Saint-Claude. Je pensais être parfaitement à l’heure à mon rendez-vous, mais je vois que monsieur (il désigne Marti) m’a devancé.
  • La secrétaire: Vous êtes tout à fait à l’heure, monsieur Buissons… Docteur Buissons, excusez-moi, c’est monsieur de Saint-Claude qui lui est un peu en retard. Dans l’attente, qui je l’espère ne sera pas trop longue…
  • Buissons: Un peu d’attente ? C’est fort ennuyeux car j’ai des patients qui m’attendent ce soir dans mon cabinet.
  • La secrétaire : Je comprends, docteur Buissons, mais justement, pour gagner un peu de temps, pourriez-vous compléter le petit formulaire nécessaire à votre dossier : nom, prénom... ?
  • Buissons: C’est un peu fort. Il me semblait avoir préalablement répondu à un tel questionnaire.
  • La secrétaire: C’est à dire que…
  • Marti (qui vient de se lever et reste debout) : C’est que...

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