Gloss
Un diner familial qui se mue en épopée burlesque et décalée. un théâtre monde où les mots se réinventent et se bousculent!
🔥 Ajouter aux favorisUn diner familial qui se mue en épopée burlesque et décalée. un théâtre monde où les mots se réinventent et se bousculent!
🔥 Ajouter aux favorisSur scène, une table, un repas et 4 convives :
Monsieur, Madame
Léa et Léo ou Léo et Léa
Un temps.
Ils mangent.
Madame à Léo
Vous êtes plutôt pour ou contre ?
Léo
Je suis plutôt pour et parfois contre.
Madame
Moi, c’est le contraire.
Un temps
Madame
Vous avez un vélo ?
Léo
Non.
Un temps
Madame
Moi, avant j’étais plus jeune. Enfin, c’est ce qu’on dit.
Léo
Si on le dit, c’est que ce doit être vrai.
Madame
Ou faux…Comment savoir ?
Un temps
Madame
Vous avez un cancer ?
Léo
Non, je ne crois pas.
Un temps
Madame
Je suis assez douée pour les imitations en tout genre. Si vous voulez, je peux imiter un tournevis ?
Léo
Pourquoi pas.
Elle imite un tournevis.
Madame
Ca demande beaucoup d’entraînement.
Léo
J’imagine.
Un temps
Madame
Vous avez un ouvre-boite ?
Léo
Oui
Un temps
Madame
Vous me voyez ?
Léo
Oui
Madame
Vous avez une bonne vue.
Léo
Merci
Un temps
Madame
Vous avez un boomerang ?
Léo
Non
Madame
Pas de vélo, pas de boomerang. C’est étrange.
Léo
L’important, ce sont les pieds.
Madame
C’est bien vrai.
Un temps
Madame
Vous avez une fiancée ?
Léo
Oui. Votre fille.
Madame
C’est donc vous !
Léa
C’est donc lui.
Madame et Monsieur
Ah !
Un temps
Monsieur
Très bonne cette macédoine.
Madame
Oui, c’est une bonne macédoine, n’est ce pas chéri ?
Monsieur
Ah oui, très bonne.
Léa
C’est vrai qu’elle est bonne, cette macédoine.
Léo
Oui vraiment, une bonne macédoine.
Monsieur
Je dirai même très bonne en anglais dans le texte.
Léa
Je crois que je n’ai jamais mangé une si bonne macédoine.
Léo
Pareillement. Mais qu’est ce que c’est au juste ?
Madame
Une macédoine.
Léo
Ah ? C’est délicieux.
Léa
J’allais le dire.
Monsieur
Moi aussi. D’ailleurs, je le dis : elle est vraiment délicieuse cette macédoine.
Madame
J’ai hésité. Tout le monde n’apprécie pas la macédoine. En général, les carottes râpées passent mieux surtout que que me. Moi, je n’ai jamais aimé me faire sodomiser, n’est ce pas chéri ?
Monsieur
Je confirme, c’est presque phobique chez toi. Alors que moi, j’en raffole. D’ailleurs, jeune homme entre la macédoine et l’osso bucco, que diriez-vous de m’emmancher un bon coup ? En toute amitié, bien entendu.
Madame
Quelle bonne idée ! Nous pourrions en profiter avec Léa pour papoter entre filles comme autrefois avant moins le quart.
Léa
Allez mon amour, ne te fais pas prier.
Léo
Je finis mon assiette et je suis en vous monsieur.
Monsieur
Parfait, je vous attends à la bibliothèque.
Il sort.
Léo
Très bonne cette macédoine.
Léa
C’est vrai qu’elle est bonne.
Léo
Moi, je la trouve vraiment bonne. Et toi ma chérie ?
Léa
Exquise. Et toi ? Tu ne dis rien.
Léo
Un vrai délice.
Madame
Vous allez me faire rougir, ce n’est qu’une macédoine après tout. Il ne faut pas beurrer l’oignon quand il est mou surtout comment. Excusez-moi Léo, j’ai oublié votre prénom ?
Léo
Léo mais tout le monde m’appelle Léo.
Madame
Ecoutez, Léo, ne faites pas attendre mon mari, il va s’impatienter et lorsqu’il s’impatiente, il devient cheuteupe, vraiment cheuteupe.
Léa
Elle a raison, il n’y a pas plus cheuteupe que lui lorsqu’il s’impatiente. C’est au bout du couloir.
Léo se levant
Oh j’ai eu si peur, je pensais avoir oublié mes jambes. Si chemin faisant, je croise quelques iris, je t’en rapporterai un bouquet.
Léa
Oh non pas de bouquet ! Rien que des iris, darling.
Madame
Et pour moi quelques sardines.
Léo
J’avons pas quoi ou pourquoi quoi qu’est dit ?
Madame rire de convention
Oh ! Oh ! Oh
Léo sort.
Madame
Le voilà enfin parti. Léa, peux-tu me dire qui est ce jeune homme si discourtois ?
Léa
Léo, mon fiancé.
Madame
Tu aurais pu me le présenter, vilaine cachotière !
Léa
Mais je le connais à peine et tu ne m’en as pas laissé le temps.J’a pas la main verte, je te rappelle.
Madame
Imagine ma confusion, un jeune inconnu à notre table. J’ai cru me sentir mal.
Léa
Désolé, maman, je pensais que…
Madame
Non, n’en dis pas pas plus, tout cela est suffisamment cococoque. Tu ne termines pas ton assiette?
Léa
Non, la macédoine, ce n’est pas mon truc.
Madame
Je voulais faire des friands à la saucisse mais impossible de trouver des saucisses encore moins des friands et puis je n’ai pas que ça à foutre, bordel de merde ! En parlant de ça, ton Léo a l’air charmant. Ton père semble l’apprécier. Que font ses parents ?
Léa
Ils sont morts. Un accident de voiture.
Madame
Oh c’est terrible ! Je ne pleure pas mais c’est tout comme. On devrait interdire les accidents ! J’espère au moins qu’ils lui ont laissé quelques biens ?
Léa
Une collection de bottes en caoutchouc, c’est tout. Son père était haltérophile.
Madame
Un brave homme, si délicat et si poilu. Oh le pauvre garçon ! Si jeune et déjà orphelin. Je serai une mère pour lui. Tu me passes l’assiette de ton père ?
Léa
Maman, je peux te confier quelque chose ?
Madame
Bien sûr, ma chérie. Je suis ta mère, tu peux tout me dire sauf miko mika et miki miki.
Léa
Rassure-toi, je ne comptais pas raviver cette blessure qui je le sais te tourmente nuit et jour. Je voulais juste partager avec toi un moment d’égarement, une évasion furtive. Tu vois, je me promène parfois mais juste un moment alors en disant cela. La fille de Mme Green est revenue mais je n’ai pas voulu refermer la fenêtre de la chambre sans compter que nous ne reverrons jamais le printemps dernier à moins qu’ils augmentent le prix du parking.
Madame
Mais c’est formidable, il faut absolument l’annoncer à ton père.
Léa
Non, pas maintenant. C’est trop tôt, il pourrait mal le prendre.
Madame
Tu as raison. Je vais chercher la suite.
Léa
Tu ne veux pas que je t’aide ?
Madame
Non. A ton âge, on doit se reposer. Et puis, je voudrais me retrouver seule un instant.Ta compagnie me pèse. Tu m’emmerdes. J’ai besoin de faire un break ou du moins un steak…un steakyky…Oh je mouille !
Léa
Je comprends.
Madame
Non, tu ne comprends pas! Tu n’as jamais rien compris d’ailleurs ! Jamais rien !!! Si tu étais morte toi aussi, j'aurais pu vivre !
Elle sort en larmes.
Léa prend son téléphone.
Léa
Allo ! C’est moi. Je ne pouvais pas, impossible d’être seule dans cette maison…Moi aussi, tu me manques…Je ne pense qu’à toi, je ne vois que toi, je ne suis qu’en toi...Non, c’est pas possible…Parle-moi encore, j’ai besoin de caresses…Parle-moi partout…Partout…Laisse descendre tes mots le long de mon dos…le long de mes reins….Oui parfait, juste là et dis-moi tes lèvres maintenant…Oui voilà, tes lèvres...Non pas celles- ci, toutes les autres, je veux toutes tes lèvres...
Madame revient avec un plat. Léa raccroche.
Madame
A qui parlais-tu ?
Léa
Un passant qui cherchait sa route.
Madame
Tu ne devrais pas parler aux inconnus, on finit par les connaître…Lui passe le plat Attention, c’est chaud. Ils n’en ont pas encore fini ?
Léa
Non. La première fois, c’est toujours délicat.
Madame
S’ils tardent de trop, j’irai les kerker. L’Osso Bucco se mange chaud voire brûlant. Il faut que je te raconte : je rentre dans la cuisine, je dépose les assiettes sales sur la paillasse et là, j’aperçois par la fenêtre Nancy Boodoo.
Léa
Nancy Boodoo ?
Madame
Nancy Boodoo, tu ne te souviens pas de Nancy Boodoo?
Léa
Non, ce nom ne me dit rien.
Madame
C’est saisissant. Dans le quartier, tout le monde l’appelait Nancy Boodoo. Elle tenait la boulangerie au coin de la rue qu’est bien. Avec ton frère, je vous emmenais tous les jeudis acheter quelques bonbons pour vous récompenser d'avoir vécu une semaine de plus.
Léa
Avec mon frère ?
Madame
Oui parfaitement, avec ton frère…Quel gourmand celui-là !
Léa
Mais maman, je n’ai pas de frère.
Madame
Qu'est ce que tu racontes? Bien sûr que tu as un frère. Il est chirurgien dentiste dans l’Ohio, coiffeur pour dame à ses heures perdues.
Léa
Tu ne m’en avais jamais parlé.
Madame
Mais enfin Léa, il a partagé ta vie jusqu’à l’âge de 8 ans. Vous étiez inséparables. Tu ne peux pas l’avoir déjà oublié.
Léa
Maman, je t’assure que je n’ai jamais vu ce frère. Je m’en souviendrais tout de même.
Madame
Helmut. Tu l’appelais Moumoute. Il avait un cheveu sur la langue. Nous l’avons abandonné sur une aire d’autoroute, l’année de ton appendicite.
Léa
Non vraiment, je n’ai aucun souvenir. Et tu es sûre que je suis sa sœur.
Madame
Mais enfin Léa, je n’ai jamais dit que tu étais sa sœur. Je te dis qu’Helmut est ton frère, rien d’autre. Il faut toujours que tu pinoses, que tu ondules ! C’est harassant ! A cause de toi, je palpite des lobes.
Léa
Excuse-moi maman, je ne sais pas ce qui m’a pris.
Madame
Tu es toute pardonnée…Et puis, je ne vois ce que ton frère vient...