Homo sapin’s

10 personnages · 1 décor

Nous sommes le 21 décembre, jour des 19 ans d’Adrien. La pièce a pour décor le salon de Marie-Noëlle, mère de Christian Cordier, et grand-mère d’Adrien Lenoir. Elle habite dans un appartement situé au rez-de-chaussée de l’immeuble où Christian et Ghislaine ont acheté un logement pour eux et Adrien au 3ème étage, non loin du CHU Dijon Bourgogne. Tous les quatre ont quitté Paris quand Christian a décroché un poste de chef ORL au CHU. Ghislaine est infirmière en pédiatrie et Adrien a décidé de se former comme infirmier en gériatrie. Marie-Noëlle les a suivis.
Au début, Adrien n’était pas content de devoir partir, jusqu’à ce qu’il tombe amoureux de Stéphane. Au comble du bonheur, il va l’annoncer à sa grand-mère. Il ne présentera sa copine à sa famille qu’à la fin de la pièce pour entretenir le quiproquo.
Humour, amour, scandale, arrestation policière, incendie, manifestation, sont au cœur de cette comédie à rebondissements qui vous tiendra en haleine jusqu’au bout.

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ACTE 1

Le rideau se lève.

Marie-Noëlle est assise dans son fauteuil. Elle parle toute seule en terminant une paire de chaussettes rouges sans talons (tourbillon).

 

MARIE-NOËLLE : Quatre mailles endroit – un, deux, trois, quatre, quatre mailles envers – un, deux, trois, quatre ; on recommence... (s’interrompt, soupire) Mon Henri, tu me manques. Si seulement tu pouvais être là... Je suis sûre que de là-haut tu veilles sur nous. Tu te rends compte, demain ça fera un an que nous sommes grands-parents. Adrien est aussi adorable que surprenant. Je suis certaine que vous vous entendriez bien. Il accompagne souvent sa maman dans l’hôpital où elle travaille. Il est devenu la coqueluche du service de pédiatrie. Il a une de ces énergies, ce gosse ! Quand il vient me voir, c’est vraiment chicouf : contente de le voir arriver, mais contente aussi quand il repart. (recommence à tricoter) Quatre mailles endroit – un, deux, trois, quatre, quatre mailles envers – un, deux, trois, quatre... Ne pas oublier de décaler d’une maille au prochain rang. (s’interrompt) Et notre Christian, qu’on pensait ne jamais voir marié. A son âge, il était temps qu’il quitte sa mère. Figure-toi qu’il file le parfait amour avec Ghislaine, qu’il a rencontrée au travail. Je l’ai tout de suite aimée. Oh, tu me connais, je suis un peu protectrice avec notre fils, alors je ne le lui ai pas montré tout de suite. La chose que je n’ai pas compris, c’est pourquoi elle lui a caché sa grossesse durant si longtemps. Enfin, c’est leurs affaires, je ne vais pas m’en mêler. (recommence à tricoter) Une maille envers, quatre mailles endroit... (s’interrompt) Je dois t’avouer que je suis un peu triste d’avoir quitté Paris, mais je n’allais tout de même pas rester toute seule là-bas. Et puis, le bruit, la pollution... Je n’en pouvais plus. Quoi que je te dirais, Dijon ce n’est pas beaucoup mieux.

On sonne à la porte. Elle va ouvrir.

CHRISTIAN : Salut maman !

MARIE-NOËLLE : Mon chéri ! Que me vaut cette visite matinale ?

CHRISTIAN (en fouillant dans la poche de sa veste) : Je t’amène la liste des infirmières à domicile que je t’avais promise. … Mais ce n’est pas vrai ! Elle est où ? J’ai dû l’oublier en haut. Je reviens.

MARIE-NOËLLE : A tout de suite.

Elle referme la porte et se rassied.

MARIE-NOËLLE : En attendant, mon tricot ne va pas se faire tout seul. Où est-ce que j’en étais ?

ADRIEN (frappe à la porte et entre directement) : Salut Mamie !

Marie-Noëlle cache précipitamment son tricot dans le panier.

MARIE-NOËLLE : Adrien, qu’est-ce que tu fais encore là ? Tu n’es pas en cours ?

ADRIEN (sourire béat) : Faut que je te dise : je suis amoureux ! Ça fait bientôt trois mois et je ne peux plus garder le secret.

MARIE-NOËLLE : Ton sourire et ton air bêta en disent long. Et comment se prénomme l’heureuse élue ?

ADRIEN : Stéphane !

Marie-Noëlle est choquée.

MARIE-NOËLLE (d’un ton qui se veut enjoué mais qui ne l’est pas) : Vous vous êtes rencontrés où ?

ADRIEN : On est dans la même école. Oh Mamie, c’est trop d’la balle ! Je ne voulais pas déménager, mais maintenant je veux plus partir !

MARIE-NOËLLE : Le cœur a ses raisons que la raison ignore...

ADRIEN (cesse de sourire, car il ne comprend pas) : Qu’est-ce que tu veux dire par là ?

MARIE-NOËLLE : Rien, rien. Je suis heureuse pour toi.

ADRIEN : Faut que j’y aille sinon je vais être en retard. A ce soir ma mamie chérie !

Il l’embrasse sur les deux joues et sort. Marie-Noëlle reprend son tricot.

MARIE-NOËLLE : Henri, tu te rends compte ! Un homme ! Notre petit-fils est amoureux d’un homme ! On aura tout vu ! Quand je te disais qu’il était surprenant. Il dit qu’ils suivent les cours dans la même école. Ah ben oui, je ne t’ai pas raconté. Il a débuté des études infirmières et il compte se spécialiser en gériatrie. Il m’a dit que grâce à moi, il avait trouvé sa voie. En même temps, avec une mère infirmière d’un côté, et un père médecin de l’autre, il avait des prédispositions.

Elle reprend son ouvrage, l’observe.

MARIE-NOËLLE : J’aurais peut-être dû les faire roses.

On sonne à la porte. Marie-Noëlle pose son tricot sur la table et se lève pour aller ouvrir. Une femme d’une vingtaine d’années entre.

FANNY : Bonjour, madame Cordier. Comment allez-vous aujourd’hui ?

MARIE-NOËLLE : Très bien ma petite Fanny, mais je t’ai déjà dit de m’appeler Marie-Noëlle.

FANNY : Ok, Marie-Noëlle. Alors on va prendre votre tension et ensuite je préparerai vos médicaments pour les sept prochains jours.

MARIE-NOËLLE : Te voilà bien pressée d’en finir. Tu as bien le temps pour petit un café, non ?

FANNY (un sourire gourmand sur les lèvres) : Avec un de vos délicieux biscuits aux épices ?

MARIE-NOËLLE : Bien sûr ! Autant qu’il te plaira. Assieds-toi. Je reviens tout de suite.

Elle part à la cuisine, devant cour. On entend le bruit de la machine à café, celui métallique d’une boite à biscuits qu’on sort d’un placard. Pendant ce temps-là, Fanny s’assied sur la chaise et sort le matériel pour la prise de tension. Elle débarrasse la table basse pour faire de la place.

FANNY : Tiens, des chaussettes tourbillon. Attention à ne pas perdre une maille, sinon elle ne me le pardonnera pas.

Elle range le tricot dans le panier sous la table, sans poser le couvercle dessus. Puis elle déplace le cadre sur la commode.

FANNY (regarde la photo) : Bonjour, Monsieur Henri ! Je vous mets là-bas pour faire un peu de place.

On sonne à la porte.

MARIE-NOËLLE (crie depuis la cuisine) : Tu peux ouvrir s’il te plait.

FANNY : J’y vais !

Elle ouvre la porte, Christian entre. Marie-Noëlle entend que son fils arrive et prépare une troisième tasse.

CHRISTIAN (lui tend la main) : Bonjour, vous devez être la nouvelle infirmière à domicile.

FANNY (lui serre la main avec un sourire) : En fin de formation, oui. Je m’occupe des personnes qui ont besoin d’une simple visite de routine.

CHRISTIAN : Je suis son fils, Docteur Christian Cordier. J’habite au 3ème étage.

FANNY : Enchantée de vous rencontrer. Fanny Besson.

Marie-Noëlle sort de la cuisine avec un plateau sur lequel sont posés un pot de lait, un sucrier, une assiette de biscuits, trois tasses et trois petites cuillères, qu’elle pose sur la table basse.

MARIE-NOËLLE : Tu te joins à nous pour le café ?

CHRISTIAN : Oui, j’ai encore un peu de temps avant ma première consultation. Je pose la liste sur la console.

Fanny s’assied sur la chaise et Christian dans le deuxième fauteuil. Marie-Noëlle s’assied dans son fauteuil et relève sa manche gauche.

CHRISTIAN : Maman, je t’adore. Tu sais toujours comment me faire plaisir. Un café et un biscuit ça vous requinque un homme.

Durant les répliques qui suivent, Fanny prend la tension de Marie-Noëlle puis range son matériel. Elles boivent ensuite leur café en mangeant un biscuit.

FANNY : Vous êtes malade ? Vous voulez que je vous ausculte ?

CHRISTIAN (surpris) : Pas la peine, je vais très bien.

FANNY : Mais vous avez besoin d’être requinqué, alors qu’il est à peine plus de 08h00.

CHRISTIAN : C’est une façon de parler. En tant que médecin, je suis parfaitement capable de me soigner tout seul. Merci tout de même de vous soucier de ma santé. C’est plutôt rare qu’on s’en inquiète. Les gens pensent que parce que je suis médecin, je suis toujours en pleine forme. Mais ce n’est qu’une apparence, finalement, je ne suis qu’un homme. Alors, oui, cela me fait du bien quand ma maman, que j’ai quitté il n’y a pas si longtemps, m’offre un café et un de ses fameux biscuits. (se tourne vers Marie-Noëlle) Bon, maman, Ghislaine passera dans l’après-midi pour t’aider à préparer la fête de ce soir. En attendant, repose-toi, je sais à quel point tu te fatigues vite quand il y a du monde.

MARIE-NOËLLE (d’un ton las devant le paternalisme de son fils) : Oui, oui, je vais me reposer. De toute façon je dois finir de tricoter les chaussettes pour pouvoir les offrir au petit.

CHRISTIAN (large sourire, regarde dans le panier sous la table) : Encore des chaussettes tourbillon ? Tu as bientôt équipé toute la famille.

MARIE-NOËLLE : Je ne sais plus combien j’en ai déjà confectionnées. J’en ai le vertige à force de tricoter en rond.

CHRISTIAN : Pourtant tu continues.

MARIE-NOËLLE : L’avantage, c’est que je connais le modèle par cœur. Et puis, que veux-tu que je fasse d’autre à mon âge ? Me lancer dans la peinture d’une fresque murale ? De la guitare électrique ? Le tour du monde en montgolfière ? Du jogging ?

CHRISTIAN : Maman, n’exagère pas. Ce n’est pas parce que ton corps vieilli que tu ne peux plus rien faire. Et ne viens pas me dire que tu n’adores pas pâtisser, tricoter et t’occuper des autres.

MARIE-NOËLLE : Oh, ça je ne dis pas. Ma petite famille m’est précieuse. En même temps, peux-tu imaginer ce que c’est que d’avoir la vue qui baisse, les articulations qui grincent, les doigts qui se bloquent ?

CHRISTIAN : Non maman, je ne sais pas. Je te rappelle que toi aussi tu as été jeune. Laisse le temps faire son œuvre, je m’en plaindrai bien assez tôt. En attendant la retraite, au boulot !

Christian termine son café d’un trait, prend un biscuit sur l’assiette, et sort.

FANNY (crie en direction de la porte qui vient de se refermer) : Au revoir quand même !

MARIE-NOËLLE : Il ne faut pas lui en vouloir. Depuis qu’il est chef ORL au CHU Dijon Bourgogne, il n’a plus une minute pour lui, pire qu’à l’Hôpital Lariboisière quand on vivait à Paris. Lui et sa femme habitent au 3ème étage avec leur fils. Alors comme ils passent devant mon appartement à chaque fois qu’ils entrent ou sortent de l’immeuble, ils me rendent visite régulièrement.

FANNY : Vous avez de la chance d’être aussi proches. (Elle rit) Oh, Marie-Noëlle, quand je pense que vous prenez des cours de yoga en secret... Vous faire passer pour une pauvre petite vieille !

MARIE-NOËLLE : Tu sais Fanny, c’est tellement agréable de se faire dorloter. Ghislaine ou Christian pourrait très bien prendre ma tension et préparer mes médicaments, mais j’aime bien tes visites. Te voir me permet de rester jeune.

Elle se lève souplement, et prend gracieusement la posture de l’arbre. Puis elle descend la jambe en effectuant une pirouette.

MARIE-NOËLLE : C’est comme avec mon ouragan de petit-fils qui a 19 ans aujourd’hui. Quand il est dans le coin, impossible de s’endormir. Il amène...

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Marie-Noëlle Cordier Femme • Âgé • 169 répliques
66 ans, mère de Christian, veuve de Henri
Fanny Besson Femme • Jeune • 30 répliques
environ 22 ans, infirmière à domicile en formation
Christian Cordier Homme • Adulte • 53 répliques
environ 42 ans, fils de Marie-Noëlle et Henri Cordier, époux de Ghislaine, père d’Adrien, chef ORL au CHU Dijon Bourgogne
Ghislaine Cordier-Fabre Femme • Adulte • 66 répliques
environ 42 ans, infirmière en pédiatrie, mère d’Adrien
Adrien Lenoir Homme • Jeune • 154 répliques
19 ans, en formation d’infirmier en gériatrie, amoureux de Stéphane (Fanny)
Stephen Monnier Homme • Jeune • 67 répliques
environ 19 ans, meilleur ami d’Adrien, dans la même école, en couple avec Camille
Camille Roche Homme • Jeune • 18 répliques
18 ans, cousin d’Adrien, en couple avec Stephen, mécanicien automobile
Charlotte Roche-Lenoir Femme • Adulte • 28 répliques
environ 40 ans, sœur de Ghislaine, mère de Camille
Léon Perret Homme • Âgé • 45 répliques
66 ans. voisin du 1er étage, enseignant à la retraite
Emilie Millet Femme • Adulte • 28 répliques
inspectrice de police, plus ou moins jeune, sexy
Décors au début du 1er acte, qui évolue peu Le fauteuil de Marie-Noëlle est sur le devant de la scène à droite d’une table basse, sur laquelle il y a un cadre avec la photo de son défunt mari ; sous la table, on voit un panier à ouvrage et le couvercle à côté. De l’autre côté de la table, un fauteuil identique à celui de Marie-Noëlle et derrière la table, une chaise rembourrée. A l’arrière de la scène, une fenêtre, un sapin de Noël artificiel décoré de deux bonnets de Père Noël et de deux guirlandes épaisses d’environ un mètre , un porte-manteaux sur lequel est accroché le manteau, le sac à main et le parapluie de Marie-Noëlle. Une simple guirlande court tout le long du plafond à l’arrière de la scène. Fond jardin, hors scène, il y a la salle à manger où la table va être dressée ; devant jardin, une porte menant à la salle de bains et à la chambre ; entre les deux, une commode avec trois tiroirs. Fond cour, on voit la porte de l’appartement et devant cour, la porte de la cuisine. Entre les deux, une table étroite type console.

Posté le 2 août 2026 par Sonia Gendre

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