Horizons

Dans un no man’s land aux allures de purgatoire, trois personnages qui ont perdu la mémoire fixent l’horizon en quête de réponses à leurs questions existentielles. Mais de quel horizon s’agit-il exactement ? Une tragi-comédie en forme de réflexion scientifique et philosophique sur le cycle éternel de la vie et de la mort.

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Liste des personnages (3)

Ben Non genré • Adulte • 198 répliques
Dom Non genré • Adulte • 185 répliques
Max Non genré • Adulte • 168 répliques

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Scène 1

Trois personnages de sexe indifférent (dans cette version, trois hommes) se tiennent face au public sur une scène vide, dans une lumière déréalisante. On les appellera Max, Dom et Ben. Dom, au centre, a les mains et les pieds entravés. Les trois personnages regardent droit devant eux vers le fond de la salle comme s’ils fixaient l’horizon.

Max – Vous voyez quelque chose, vous ?

Dom – Non.

Ben – On ne voit rien du tout.

Dom – Enfin, si, on voit... l’horizon.

Max – Oui. Mais derrière l’horizon...

Dom – Derrière l’horizon, on ne voit rien. C’est la définition de l’horizon, non ?

Ben – Tout ce qui est plus loin que l’horizon, on ne le voit pas. C’est comme ça.

Max – C’est dû à la courbure de la Terre.

Ben – C’est bien la preuve qu’elle est ronde, la Terre. Et pas plate.

Dom – Qui a dit que la Terre était plate ?

Ben – Je ne sais pas...

Max – On dit tellement de conneries.

Ben – Et il se trouve toujours quelques cons pour les croire.

Dom – Et parmi eux un con un peu moins con que les autres pour ériger ces conneries en religion, et s’autoproclamer roi des cons, de droit divin.

Ben – Je ne sais pas s’il y a des bornes au pouvoir de l’intelligence artificielle, mais la connerie naturelle est absolument sans limites.

Max – Oui... Si la connerie pouvait produire de l’électricité, on en aurait fini depuis longtemps avec les énergies fossiles.

Ben – On aurait résolu le problème du réchauffement climatique, et on n’en serait pas là...

Un temps.

Ben – Mais si la Terre était vraiment plate, on verrait jusqu’à l’infini ?

Max – En théorie, oui. Par temps clair...

Dom – Par temps clair... Il y a des pays où on ne voit déjà plus le soleil derrière la fumée des usines.

Max – Quoi qu’il en soit, nous ne verrions que les objets dont la lumière peut parvenir jusqu’à nous.

Un temps.

Dom – OK. Mais la Terre est ronde, on est bien d’accord ?

Ben – Oui. Aux dernières nouvelles...

Dom – Donc, on ne voit pas ce qui est au-delà de l’horizon.

Max – Et ceux qui sont de l’autre côté ne nous voient pas non plus...

Dom – Ce qu’il y a derrière l’horizon, ça ne nous regarde pas.

Un temps.

Ben – Et si on franchit l’horizon... on finit par passer de l’autre côté ?

Dom – Ben non...

Ben – Comment ça, non ?

Max – Parce que l’horizon s’éloigne à mesure qu’on s’en approche.

Ben – Ah, oui...

Dom – Et c’est pareil pour ceux qui sont en face.

Max – Oui. Enfin, je suppose... Je ne suis jamais allé voir ce qu’il y avait de l’autre côté de l’horizon. En tout cas, je ne m’en souviens pas...

Ben – L’autre côté de l’horizon... C’est un peu comme l’au-delà. Je ne connais personne qui en soit revenu pour nous dire si c’est vraiment mieux.

Dom – Ou même s’il y a vraiment quelque chose de l’autre côté.

Max – L’horizon, en soi, ça n’existe pas. C’est un effet d’optique. C’est la frontière mouvante entre le visible et l’invisible.

Ben – Donc l’horizon se déplace avec nous.

Max – Comme le faisceau des phares d’une voiture. On voit toujours à une centaine de mètres, mais si la voiture avance, on ne voit jamais la même chose.

Dom – Ouais... Mais nous, on est plantés là, alors il ne risque pas de changer beaucoup, notre horizon.

Un temps.

Ben – Et il est à quelle distance de nous, l’horizon ?

Max – Ça dépend...

Ben – Ça dépend de quoi ?

Max – De la taille de l’observateur, d’abord. Et surtout de la hauteur du point d’observation. Pour un enfant regardant la mer sur une plage, l’horizon se trouve à quatre kilomètres environ. Pour un adulte au sommet de l’Himalaya... ou pour les passagers d’un avion volant à dix mille mètres d’altitude, ça pourrait aller jusqu’à quatre cents kilomètres.

Un temps.

Dom – Donc ceux qui seraient de l’autre côté de l’horizon, dans les mêmes conditions d’observation, ils verraient le même horizon que nous ?

Max – Oui. On serait leur horizon, et ils seraient notre horizon.

Ben – Alors on est toujours l’horizon de quelqu’un d’autre.

Dom – S’il y a quelqu’un pour regarder dans notre direction, en tout cas...

Un temps.

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