J’adore l’amour, j’aimerais bien le refaire un jour !

Carole s’apprête à recevoir Alberto, l’homme qui, pense-t-elle, va éclairer sa vie… Au moins pour la soirée ! Elle a sorti le grand jeu : champagne, petits-fours, porte-jarretelles et bougie Guerlain dans les toilettes !
On sonne à la porte…

Mais en guise d’amoureux transi, c’est Julie, son amie d’enfance, qui lui tombe dans les bras. Elle vient de se faire larguer ! Gênée, Carole hésite à lui dire la vérité quand Georges, l’ex de Carole, débarque à son tour. Pour se débarrasser de Julie, Carole ne trouve rien de mieux que de demander à Georges de se faire passer pour l’ex qui aurait envie de remettre le couvert…

Ça tombe bien, il est dispo… non seulement pour Carole… mais pourquoi pas pour Julie ?… A ce petit jeu, la soirée prend vite une tournure improbable…

« J’adore l’amour, j’aimerais bien le refaire un jour ! »… Plus qu’une formule, une ligne de vie !

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ACTE I

 

Carole, le portable à l’oreille, s’affaire. Elle semble attendre quelqu’un. Virevoltant dans son salon, elle met la dernière touche aux préparatifs de la soirée.

Carole (au portable) - Non, je ne le connais pas !… Il est passé deux ou trois fois à la boutique… Il collectionne les bouddhas !… Comment ça, c’est pas très flatteur pour moi ?… Mais non, pas les boudins, les bouddhas !… (Illuminée, limite fébrile.) Très beau !… Enfin je trouve !… Très sexy… La quarantaine… Très classe !… Alberto !… Moi j’adore, ça fait viril… Je n’ai pas pu m’empêcher de l’inviter… Tu crois que je n’aurais pas dû ?… J’ai un double appel… (Après avoir regardé son portable.) Je te laisse, c’est peut-être lui… Oui, je te raconterai… À demain… (Toute suave.) Allô ! (Tout à coup très terre à terre.) C’est toi ?!… Qu’est-ce qu’il y a ?… Qu’est-ce que tu veux ?… Ah non ! Pas ce soir… Non, je suis crevée, j’allais me coucher ! J’avale une soupe et au lit !… Je ne sais pas où elle est, moi, ta carte du country club ! Je ne te l’avais pas rendue ?… Écoute, si je la retrouve, je te rappelle… C’est ça !… Bonne soirée !… (Elle coupe la communication.) Quelle tannée, celui-là ! Si je lui rends sa carte, comment je fais, moi, après, pour mes cours de pilates ?… Cela dit, heureusement qu’il n’a pas débarqué sans prévenir ! J’aurais été bien… (Elle se met à jouer la scène des présentations entre les deux hommes.) Alberto, euh… Georges, mon ex ! Ça fait presque un an qu’on n’est plus ensemble ! Il ne fait que passer ! Voilà !… Georges, je te présente Alberto, un collectionneur de bouddhas !… Non, de « bouddhas » !… Je te remercie, c’est d’un goût !… Georges est chasseur de projets à la télévision : « Émilie à corps et à cri », c’était lui !… Je ne sais pas où elle est, moi, ta carte du country club ! T’es sûr que je ne te l’ai pas rendue ?… Oui, peut-être dans la panière à linge sale… Tu ne m’en fous pas partout !… (À Alberto.) Je suis désolée Alberto… Georges a rendez-vous avec un décideur de TF1 et le country club, c’est la base… (Se pâmant.) Ah non !… Non, Alberto, qu’est-ce que vous faites ?… Vous êtes fou !… Georges est à côté… Pour qui est-ce que vous me prenez ?… Alberto, non !… Ah oui !… Oui !… (On sonne à la porte.) C’est lui ! (Elle enlève son tablier qu’elle jette sous un meuble puis renifle ses vêtements.) Ah ! ça pue ce truc-là !… (Elle s’asperge de parfum puis, en direction de la porte.) J’arrive ! (Pour elle-même.) Allez Carole, courage !… Ce n’est qu’un mec, ce n’est quand même pas la première fois que ça t’arrive… Cool !… (Elle respire à pleins poumons puis ouvre la porte.) Bonsoi… (Apercevant Julie, une jeune femme charmante, le visage inondé de larmes.) Julie ? Qu’est-ce que tu fais là ?

Julie - Je vais mourir !

Carole - Qu’est-ce qu’il y a ?

Julie - C’est fini avec Sylvain !

Carole - Ah bon ?… Mais c’est qui Sylvain ?

Julie - Ben Sylvain, mon mec !

Carole - Le pianiste ?

Julie - Non, le ventriloque ! Le pianiste c’était Loïc !… On a encore fait l’amour ce matin et ce soir, plus personne !

Carole - Je te l’ai déjà dit : il faut arrêter avec les intermittents !

Julie - Ce n’était pas encore top physiquement avec Sylvain, mais je suis sûre qu’on aurait pu arriver à quelque chose de pas trop mal… Un peu comme avec Étienne… Tu te rappelles Étienne ?

Carole - Le montreur d’ours ? Oui, mais attends, Julie…

Julie - Au début, c’était nul avec Étienne !… Il n’était pas très préliminaires !… Et moi, j’ai besoin de temps pour arriver à l’orgasme avec un mec… Le problème c’est qu’il faut garder le mec ! Et ça, c’est souvent plus dur que d’arriver à l’orgasme !

Carole - Julie, je suis désolée, mais ce soir, je ne vais pas pouvoir beaucoup t’aider…

Julie - Je te dérange ?

Carole - Un peu, oui…

Julie - Tu allais regarder « Desperate Housewives » ?

Carole - Non…

Julie - Tu ne regardes plus ?

Carole - Si…

Julie - Eh ben vas-y ! Ça ne me dérange pas ! C’est sympa toutes ces histoires de vieilles…

Carole - Des vieilles de mon âge !… Merci !

Julie - Non mais tu vois ce que je veux dire : un peu installées, quoi, un peu popotte… (Julie ouvre un tiroir et s’empare d’un plaid.) J’adore chez toi, c’est nickel ! On retrouve toujours tout !

Carole - Non ! Julie, tu ne peux pas rester ce soir…

Julie - Pourquoi ?

Carole - Parce que…

Julie - T’attends quelqu’un ?

Carole - Oui !

Julie - Des potes ?

Carole - Pas vraiment…

Julie (réalisant tout à coup) - T’attends un mec ?… Non, je n’y crois pas ! C’est dément, ça !… Tu attends un mec ?

Carole - Ben euh… oui !

Julie - C’est dingue ça ! Moi, je me fais jeter comme une vieille chaussette et toi, c’est tirelipimpon sur le chihuahua !

Carole - Un mec en un an, t’appelles ça « tirelipimpon sur le chihuahua » ?

Julie - Pour toi, oui !… Je suis maudite ! Je suis quand même gaulée, non ?… Bon, d’accord, il me manque dix centimètres et, comme dit mon père, j’ai un peu les cuisses à la hauteur des genoux ! Mais bon, toi c’est pire !

Carole - Oui, mais moi je n’ai jamais pensé que le dalaï-lama, c’était l’animal qui servait à faire des pulls angora !

Julie - J’ai dit ça, j’avais bu, je n’ai pas réfléchi…

Carole - C’est bien le problème !

Julie - Non, mais tu me comprends, je viens de me séparer de Sylvain, et toi tu m’annonces, la bouche en cœur, que t’attends quelqu’un… Juste ce soir !… Ça fait des mois que tu rames, t’aurais bien pu attendre encore deux jours !!!

On sonne à la porte.

Carole - Le voilà !… (À Julie.) Excuse-moi, mais…

Julie - Oui, oui, j’y vais !… Bon, eh ben, bonne soirée !

Carole (soucieuse) - Ça va aller ?

Julie - Oui ! Je ne sais pas encore si je vais me prendre un Lexomil ou un bus de plein fouet, mais ça va aller !

Carole ouvre la porte. Apparaît Georges, un bouquet à la main.

Georges (confiant le bouquet à Carole) - Salut !

Carole (interloquée) - Georges !!!

Julie (sur un autre ton) - Georges ?!

Georges (apercevant Julie) - Salut Julie, ça va ?

Julie - Je vais mourir…

Georges - Super !

Carole - Qu’est-ce que tu fais là ?

Georges - On a fini le tournage plus tôt que prévu, alors je me suis dit : je vais passer… récupérer ma carte du country club !… Elle est où ?

Carole - J’en sais rien, moi !

Georges - O.K. ! La panière à linge sale !

Il sort côté salle de bains.

Carole (à la cantonade) - Tu ne m’en fous pas partout !

Les deux femmes se retrouvent seules. Julie lance un regard complice à Carole.

Julie - Trop fort !

Carole - Quoi ?

Julie - C’est avec Georges que tu as rendez-vous ?

Carole - Bien sûr que non !

Julie - Il n’y a pas de honte !… C’est même plutôt sympa !

Carole - Mais non, je t’assure…

Julie - Je vais te dire : je préfère !… Si c’était avec un nouveau mec, ça me foutrait les boules ! Mais Georges, bon, ça va, c’est du réchauffé !

Carole - Oui, peut-être, mais je t’assure que…

Julie - Ça le fait, non ?

Carole - Quoi ?

Julie - Son costume, classe…

Carole - C’est sa tenue de boulot !… Quand tu bosses à TF1, tu n’y vas pas en short et en tongs !

Julie - Oui, mais quand même, les fleurs…

Carole - C’est rien, c’est la déco du tournage ! C’est ça où ils les jettent !… La Saint-Valentin du radin !

Georges est de retour.

Georges - J’ai rien trouvé ! C’est emmerdant parce que le country c’est l’idéal pour de Beaumont !

Julie - De Beaumont de TF1 ?… Vous avez un projet ensemble ?

Georges - Je n’en parle pas, ce n’est pas signé ! Mais y’a du lourd !

Julie - Vous n’avez pas besoin d’une maquilleuse ?

Georges - Tu rigoles ?… Y’en aura huit… On va tourner sur quatre plateaux en même temps, vingt-quatre heures sur vingt-quatre !… Dès que c’est signé, je t’appelle !

Carole - T’as deux, trois ans de libre ! Tu peux rentrer chez toi tranquille !

Julie - Je vais faire un petit pipi et je vous laisse, les amoureux !

Julie sort côté toilettes.

Georges - Qu’est-ce qu’elle a ?

Carole - Elle vient de se faire larguer…

Georges - Le photographe ?

Carole - Non, le ventriloque !

Georges - Ah ?… J’ai raté un épisode !

Carole - Deux !… Avant, c’était un pianiste !…

Georges - Elle a un « turnover » cette gonzesse ! Ça défile presque aussi vite qu’à sa table de maquillage !… À peine il y en a un qui a rendu son tablier, qu’il y en a déjà un autre qui l’enfile !

Carole - Très drôle ! Très fin !… Ressors-la à de Beaumont,...

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