Je vais tout vous expliquer !

Depuis un an à Paris, Laurent Grovet mène une vie tranquille. Maman n’écrit jamais mais téléphone toutes les semaines et lorsqu’elle lui demande pour la centième fois s’il fréquente une jeune fille, Laurent craque. ” Oui ! Maman j’ai rencontré l’âme sur ! ” Voilà ! C’est dit ! Bon d’accord ! C’est un mensonge et alors ?… Alors ! Papa maman arrivent demain pour connaître l’heureuse élue. Ah ! Oui ! Je ne vous ai pas dit ! Ses parents croient qu’il habite dans le 16ème alors qu’il loue une chambre de bonne dans le 20ème. Son ami Dominique de la Batelière, pourrait l’aider, il habite justement dans le 16ème. Mais pour ce qui est de lui prêter sa dernière conquête, pas question ! Pensez ! Lui, le tombeur de ces dames en est amoureux. En y regardant de plus près, il y aurait bien une solution. Bon ! D’accord ! il y a du boulot, mais comme dit Laurent… C’est faisable ! Dominique sera pour quelques jours, la fiancée de Laurent. C’est juré personne ne l’apprendra ! Enfin ! quand je dis personne !… Il y a bien l’artiste efféminé et son modèle un tantinet nymphomane, qui envahissent l’appartement. Dominique avait complètement oublié la séance de poses. Catastrophé, il se dit qu’il ne peut pas y avoir pire !… Si, si !

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ACTE I

 

 

Scène 1

 

Sylvie Renoir, Dominique de la Batelière

 

Le 16 au soir.

Le rideau s’ouvre sur un salon très masculin. Deux portes côté jardin, celle de la chambre très près du bord de scène, l’autre, celle de la salle de bain, plus vers le fond. Une autre, celle de la cuisine, côté cour. Au fond au centre, la porte d’entrée. Dans le fond côté jardin, se trouve un paravent chinois et une patère. Plus avant scène, un canapé sur lequel il y a un
soutien-gorge et un bas nylon. Une petite table, près du canapé. Côté cour, une table et deux chaises. Au mur, des étagères, une sculpture osée posée sur l’une d’elle. Plus loin, un téléphone recouvert avec l’autre bas nylon. Au sol, traînent des vêtements masculins... Dominique sort de la cuisine : Deux verres à la main. (Il est en caleçon, chaussettes et chemise ouverte.) Il pose les verres sur la petite table, s’asseoit sur le canapé après avoir fait voler le bas nylon sur lequel il allait s’asseoir.

DOMINIQUE - Ma chérie ? (soupirs énervés) ... Non mais qu’est-ce qu’elle fabrique, ça fait une heure qu’elle est dans la salle de bain. Pourtant, ça commençait plutôt bien, mais voilà que mademoiselle décide d’aller se faire une beauté. (Il se lève mime sa petite amie.) Mon ange, prépare-nous un petit verre, pendant ce temps je vais me faire belle... Oh ! bon sang si vous aviez vu comment elle m’a dit cela, et surtout dans quelle tenue. (Il soulève le soutien-gorge et le met à la hauteur des yeux. Entrée de Sylvie, elle porte une robe de chambre froufroutante. Ravi) - Aah !

SYLVIE (tout en traversant la scène très vite) - Je reviens j’en ai pour une minute.

Elle disparaît dans la cuisine.

DOMINIQUE (sur le ton de l’espoir et se frottant les mains) - Dans une minute ça va chauffer !

Retour de Sylvie qui traverse la scène dans l’autre sens, toujours très vite.

SYLVIE - Encore quelques secondes mon amour.

Elle disparaît dans la chambre.

DOMINIQUE (commençant à perdre son sang froid) - Encore quelques secondes et j’explose !

La tête de Sylvie réapparaît.

SYLVIE - Je range quelques flacons dans la salle de bain, patiente quelques instants.

Sa tête disparaît.

DOMINIQUE - Y a des jours où je regrette d’avoir une salle de bain !

Sylvie revient et prend une pose aguichante.

SYLVIE - Voilà mon ange ! J’espère ne pas t’avoir fait attendre trop longtemps !

DOMINIQUE - La patience est une vertu, ma chérie, et je ne suis guère vertueux !

SYLVIE - Je suis sûre que l’attente met du piment dans les relations !

DOMINIQUE (d’un air gourmand, s’approche de Sylvie) - Approche ! Je vais te montrer combien le piment m’a mis en feu !

Sylvie s’échappe, fait le tour du canapé en riant.

SYLVIE - Il faut d’abord que tu m’attrapes !

DOMINIQUE - Ha, ha ! Pas de problème tu ne pourras pas m’échapper !

SYLVIE (riant) - Tu ne m’as pas encore !

DOMINIQUE - Tu ne perds rien pour attendre !

Poursuite autour du canapé, elle se laisse tomber dessus, lui, l’attrape lorsque le téléphone sonne.

DOMINIQUE - Ah non ! Pas maintenant, pas après le coup de la salle de bain !

SYLVIE - Comment ça, le coup de la salle de bain ?

DOMINIQUE - Euh ! Je ferais mieux d’aller répondre au téléphone, au point où j’en suis !...

Pendant que Dominique décroche le téléphone (après avoir enlevé un bas qui était dessus) Sylvie ramasse ses affaires en marmonnant.

SYLVIE - C’est toujours pareil avec lui !

DOMINIQUE - Allô ! Ah c’est toi !... Si tu me déranges ? Encore assez, oui ! (Sylvie lui prend le bas des mains.) Et puis non, tout compte fait tu ne me déranges plus ! (Sylvie outrée sort de la pièce.) Non je n’étais pas couché, non, pas encore ! Dis donc c’est pour me demander si je dors que tu me téléphones ? Ah bon !... Comment ça ?... Tout de suite, mais il est 22 heures… Non, je n’étais pas couché ! Eh ! Ça va, ça va, tu ne vas pas remettre ça, écoute, vieux je suis sûr que cela peut attendre demain !... Demain il sera trop tard ?... Une question de vie ou de mort ?... Que j’arrête de répéter ce que tu dis !... Excuse-moi, mais si vraiment c’est aussi important viens !... Mais non tu ne me déranges pas, ... Mais non puisque je te le dis. Mais oui, mais oui !... (Le ton exaspéré, mais impératif.) Laurent ! Viens, maintenant je te le demande ! (Il raccroche.) Sacré Laurent, je ne sais pas ce qui lui arrive, jamais je ne l’ai senti aussi énervé. (Il enfile son pantalon.) Je peux bien m’habiller, j’ai comme l’impression que la folle nuit, ce n’est pas pour ce soir ! (Sylvie sort de la chambre, elle s’est habillée et se dirige vers la patère où son manteau est accroché. Pour le public.) Aïe ! Ça se confirme ! (Puis s’adressant à Sylvie.) Sylvie qu’est-ce que tu fais ?

SYLVIE (sarcastique) - Du tricot cela ne se voit pas !

DOMINIQUE - Ne soit pas ridicule, tu ne vas pas partir comme ça ?

SYLVIE - Donne-moi une bonne raison de rester !

DOMINIQUE (embarrassé) - Et bien !

SYLVIE - Et bien ?

DOMINIQUE - J’ai combien de temps pour répondre !

SYLVIE (hoche la tête et soupire) - Ça va j’ai compris !

DOMINIQUE - Ne te fâche pas, je blaguais !

Elle met son manteau, Dominique la rejoint et la prend par la taille.

SYLVIE - Et bien pas moi !

DOMINIQUE - Non je t’en prie Sylvie, reste !

Sylvie le repousse gentiment mais fermement.

SYLVIE - Dominique, reconnais que ce soir n’est apparemment pas le bon soir et si j’ai bien entendu, tu ne vas pas tarder à recevoir un de tes amis. Alors
excuse-moi si je n’ai pas envie de te partager avec un autre. A plus tard peut être...

Sylvie sort.

DOMINIQUE - Il y a des fois comme ça où tout va mal ! (Presque aussitôt, on sonne à la porte.) Aurait-elle changé d’avis ?…

 

 

Scène 2

 

Dominique, Laurent Grovet

 

Il ouvre la porte et Laurent entre.

DOMINIQUE - Laurent ? Déjà là !

LAURENT - En fait, je t’ai téléphoné de la cabine en bas de chez toi.

DOMINIQUE - C’est si important que cela pour que tu ne puisses pas attendre demain ?

LAURENT - Ah ! Mon vieux si tu savais !

DOMINIQUE - Mais non justement, je ne sais pas !... Et puis assieds-toi et prends un verre j’ai l’impression que tu en as besoin.

Laurent s’effondre sur une chaise, très abattu. Pendant ce temps Dominique est allé chercher les deux verres posés sur la petite table.

LAURENT - Tu sais très bien que je ne bois pas.

DOMINIQUE - Bois ça quand même !

Laurent avale le verre d’un trait.

LAURENT - Ouah ! Ça chauffe ! Qu’est-ce que c’est ?

DOMINIQUE (impatient) - Du sirop de fraise !... Bon, alors tu te décides ?

LAURENT - Euh oui, et bien voilà !... Tu sais que mes parents habitent en Corrèze.

DOMINIQUE (moqueur) - Justement, je me disais pas plus tard que tout à l’heure, ils en ont de la chance les parents de Laurent d’habiter en Corrèze !

LAURENT (se lève, vexé) - Je vois !... Ce n’est pas la peine que je continue.

DOMINIQUE - Ne sois pas aussi susceptible !... Allez assieds-toi et raconte-moi. Je te promets d’écouter sérieusement.

LAURENT - Sûr ?

DOMINIQUE - Promis !...Vas-y, je suis toute ouïe !

Laurent le regarde, méfiant.

LAURENT - Comme je viens de te le dire, mes parents habitent en Corrèze. (Temps d’arrêt. Laurent regarde Dominique. Celui-ci se garde bien de répondre. Laurent rassuré reprend) ... Cela fait un an que je ne les ai pas vus et jusqu’à présent, il était nullement question qu’ils viennent me rendre visite, ici, à Paris... Alors voilà !... Ils arrivent demain midi !

Il avale le deuxième verre, Dominique regarde Laurent, hoche la tête plusieurs fois, attend la suite, mais comme Laurent, semble plongé dans ses pensées, Dominique intervient.

DOMINIQUE - Demain midi ?... Oui ?... Et alors ?... Tu n’as plus rien dans le réfrigérateur ?

LAURENT - Toi et ton humour !

DOMINIQUE - J’essayais de te détendre !

Laurent se lève, agité et d’une voix précipitée...

LAURENT - Dominique ! Dominique ! C’est la catastrophe ne comprends-tu pas ? Mes parents croient que j’habite un appartement, comme le tien, dans le 16ème, or je loue une chambre de bonne dans le 20ème, que je suis gérant d’une agence de voyages alors que je suis bagagiste à Roissy, et que, pour finir je suis fiancé à la plus jolie fille qui soit, et il n’en est rien non plus !... Alors voilà, ils arrivent demain midi.

Laurent s’effondre sur le canapé. Dominique, bouche bée, fait de même.

DOMINIQUE - Alors là, c’est sûr, tu es dans de beaux draps, mais je ne vois pas en quoi je peux t’aider ?

LAURENT - Nous nous connaissons depuis combien de temps toi et moi ?

DOMINIQUE - Depuis que tu es arrivé à Paris c’est à dire, une bonne année.

LAURENT - Tu te rappelles dans quelles circonstances nous nous sommes rencontrés ?

DOMINIQUE - Bien sûr ! C’était même à l’aéroport !

LAURENT - En effet, tu arrivais de Singapour au bras d’une superbe fille.

DOMINIQUE - Je me souviens très bien oui, mais où veux-tu en venir exactement ?

LAURENT - Ce fameux jour à l’aéroport, tu étais dans une situation plutôt... délicate n’est-ce pas ?

DOMINIQUE - Oh oui ! Heureusement que tu étais là, sinon je ne sais pas comment je m’en serais sorti !

LAURENT - Il faut dire que tu m’as plutôt intrigué, lorsque tu t’es précipité sur moi en disant : « Je me présente, Dominique de la Batelière, et vous comment vous appelez-vous ? » Je t’ai répondu : « Laurent Grovet, pourquoi ? » Et voilà que tu m’expliques que dans l’avion tu as rencontré une jeune fille qui ne parle pas un mot de français, que tu avais l’intention de l’amener chez toi, histoire de faire... plus ample connaissance. Seulement voilà tu viens d’apercevoir une amie dans le hall, qui, de toute évidence, est venue t’accueillir.

DOMINIQUE - J’ai tout de suite su que je pouvais te faire confiance. Je t’ai même donné mon adresse, c’est pour dire.

LAURENT - Quand même, il faut un sacré culot pour demander à un type que l’on ne connaît ni d’Eve ni d’Adam, de bien vouloir rester avec la demoiselle qui vous accompagne, le temps de régler une situation délicate !

DOMINIQUE - Je pensais résoudre le problème rapidement.

LAURENT - Oui ! Mais en attendant, à la fin de mon service ne te voyant pas revenir, il a bien fallu que j’improvise... d’autant plus que Véra, c’était son prénom, je crois, commençait sérieusement à s’impatienter.

DOMINIQUE - J’ai énormément apprécié ta vivacité d’esprit. Arriver chez moi, te faire passer pour...

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