La Mécanique du jugement

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Dans une salle d’assises, un procès s’ouvre.
Une femme, grand-mère, est jugée pour le meurtre de sa petite-fille de six mois.
Cette histoire est vraie.
Inspirée d’un fait divers réel auquel l’auteur a assisté – l’affaire dite de la « grand-mère tueuse de Tours » – la pièce s’appuie sur un procès qui s’est réellement déroulé.
Mais très vite, ce qui se joue dépasse le simple cadre judiciaire.
Un comédien unique, tour à tour président, avocat, journaliste ou spectateur, orchestre la représentation. Il convoque des membres du public à monter sur scène pour incarner jurés, témoins ou accusée, brouillant les frontières entre réalité et fiction. Le spectateur devient alors partie prenante du procès, impliqué malgré lui dans l’acte de juger.
Les témoignages se succèdent : collègues décrivant une femme aimante, famille dévastée, experts tentant de qualifier son état mental. L’accusation évoque une lucidité froide et une violence méthodique. La défense, elle, plaide l’effondrement psychique et la perte de discernement.
Au fil des scènes, le regard du public vacille. Les certitudes se fissurent. Les récits se contredisent. La mise en scène révèle les biais, les stratégies et les angles morts de la justice. Le procès devient un espace où s’entremêlent émotion, morale et construction du réel.
Le spectateur, confronté à ses propres réactions, comprend qu’il ne peut rester neutre : il est inévitablement amené à prendre position.
Le verdict tombe : trente ans de réclusion criminelle.
Mais la pièce ne s’achève pas sur une résolution.
Car la question essentielle demeure sans réponse :
Pourquoi ?
À travers ce dispositif immersif, La Mécanique du Jugement explore la fragilité de la vérité judiciaire et interroge la responsabilité individuelle face à la complexité humaine. Elle met en lumière une réalité troublante : juger, ce n’est pas seulement comprendre les faits, c’est aussi accepter ses propres limites.

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Prologue

Le comédien s’adresse au public en endossant le rôle de régisseur du procès. Il a une fine étole autour du cou.

Mesdames et messieurs,

Trois raisons ont pu vous pousser à franchir cette porte aujourd’hui : la curiosité, le divertissement, le jugement.

Et c’est bien là l’essence même du spectacle auquel vous êtes venus assister. Le mot spectacle ne vient-il pas après tout du latin specere qui signifie « regarder, contempler » ? Ainsi, spectaculum désignait initialement ce qui est destiné à être vu, notamment un événement ou une représentation publique. En latin, il pouvait désigner aussi bien une scène, un lieu de représentation qu’un événement notable ou une exhibition.

Aujourd’hui, vous êtes venus assister à l’exhibition de la justice. On aimerait qu’il y ait devant un mot aussi noble que celui de justice un déterminant qui soit un article défini : « La » justice. Ainsi elle s’exercerait comme un principe unique de valeurs, de règles, de lois qui invariablement conduiraient au même verdict, LE VERDICT.

Longtemps, le spectacle de mort : pendaisons, guillotines a été public pour édifier le spectateur et le dissuader de commettre des crimes alors que, selon Victor Hugo, il le rendait complice d’un système judiciaire inhumain.

Ainsi demandez-vous ce que vous attendez de ce spectacle. Des réponses ? Vous sortirez avec davantage de questions. La sérénité de la justice rendue ? Vous sortirez profondément troublé.

Mesdames et messieurs, le spectacle qui va se jouer devant vous est réellement arrivé et l’affaire a été médiatisée sous le nom de la grand-mère tueuse.

Plantons, à présent, personnages et décors !

 

Il appelle dans l’ordre les spectateurs choisis avec un ton autoritaire, mais non caricatural.

 

LE COMÉDIEN (désignant dans la salle un jeune homme d’une vingtaine d’années). — Vous, jeune homme, venez nous rejoindre sur la scène. Je vous demanderai de bien vouloir vider vos poches et de retirer votre ceinture.

Le comédien la prend et la pose bruyamment sur le plateau métallique.

Je vais procéder à votre palpation.

Il simule une palpation professionnelle. Il lui rend ses affaires.

Vous serez assis ici. Il lui désigne la place à droite du président du tribunal.

Tenez, ceci est la convocation que vous avez reçue, je vous demande de la lire silencieusement.

Il lui tend une lettre : sa convocation de juré.

 

Il appelle à monter sur scène trois femmes de 40, 50 et 60 ans et leur remet leur convocation comme témoin de l’accusée. Madame, venez nous rejoindre ainsi que vous et vous. Je vous demanderai de bien vouloir vider vos poches, de retirer votre ceinture si vous en avez une.

Même jeu de palpation simulée, mais crédible. S’adressant aux trois et les mettant en attente près d’un pendrillon côté cour : Asseyez-vous ; vous viendrez à la barre quand vous y serez appelée. Voici la convocation que vous avez reçue, lisez-la en silence.

Il leur donne leur convocation et leur demande de lire silencieusement leur identité. Il appelle enfin une dame âgée et lui dit : Madame, venez avec moi. Je vous demanderai de bien vouloir vider vos poches, de retirer votre ceinture.

Même jeu de palpation simulée, mais crédible. Il la place devant la scène, dos tourné aux spectateurs.

Comme vous le souhaitiez, vous serez aux premières loges !

S’adressant à nouveau à tous les spectateurs, il annonce : Et comme il n’y a pas de procès sans accusé, j’appelle dans le box, madame.

Il désigne une femme d’une cinquantaine d’années à la mine fatiguée. Il lui demande de passer un vieux pull-over côtelé gris et lui met une perruque longue et grise. Il l’installe dans le box des accusés.

 

Mesdames et messieurs, que le spectacle commence !

 

SILENCE.

 

 

  • Premier Tableau

La lumière s’atténue.

On entend une sonnerie de tribunal retentir.

Voix off : Mesdames et messieurs y compris le public, La Cour ! Veuillez vous lever !

LE COMÉDIEN (ayant passé la robe de président et s’asseyant à sa place). — L’audience est ouverte. Veuillez vous asseoir.

 

Il prend un ton neutre et solennel, et s’adresse au jury et au public.

La Cour va procéder à la lecture de l’acte d’accusation établi par le ministère public.

(Il marque une légère pause et commence la lecture.)

Il résulte de l’instruction que :

Le 20 avril 2015, à Tours, madame, ayant la garde temporaire de sa petite-fille, âgée de six mois, a volontairement donné la mort à cette dernière en lui portant plusieurs coups de couteau avec une arme trouvée sur les lieux.

Les blessures infligées par l’accusée ont été constatées par les experts légistes comme étant à l’origine directe du décès de l’enfant.

L’enquête a permis d’établir que madame était seule présente au domicile au moment des faits. Aucun élément de défense légitime ou de tierce personne n’a été relevé.

Les faits sont qualifiés de meurtre sur mineur de moins de 15 ans, commis avec usage d’une arme, conformément aux articles 221-1 et 221-4 du Code pénal français.

Pour ces faits, l’accusée encourt la réclusion criminelle à perpétuité. »

Le président repose calmement le document sur son pupitre, lève les yeux vers l’accusée et s’adresse à elle directement.

Madame, veuillez vous lever.

L’accusée se lève.

Avez-vous compris les charges qui sont retenues contre vous ?

  • Deuxième Tableau

Le comédien a reposé sa robe de président sur le dossier de sa chaise avant de revenir vers le devant de la scène pour s’adresser au public.

 

Mesdames et messieurs,

Cette histoire n’est pas une fiction. Elle s’est réellement déroulée. Vous n’êtes pas ici pour savoir si l’accusée est coupable parce qu’elle l’est et ne l’a jamais nié. Vous n’êtes pas là pour savoir si tout ce qu’on lui reproche est vrai, parce que les experts sont unanimes. La petite a bien été poignardée de trente-deux coups de couteau après avoir été violemment battue et frappée contre le sol puis asphyxiée. L’accusée s’est bien dirigée vers la cuisine pour se saisir...

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