La Roulette

Cette pièce de théâtre explore conjointement l’avènement du sentiment amoureux, le mécanisme de sa disparition, les modalités de sa réapparition et les moyens de sa marchandisation dans un registre à la fois humoristique et poétique.

Dans un monde où les relations se multiplient et se monétisent, l’amour devient un espace instable à l’origine de tensions entre les sexes mais reste un horizon sans cesse recherché. La pièce veut rendre visibles ces tensions sans les résoudre tout en célébrant la force vitale du sentiment amoureux, objet et sujet pérenne de création.

🔥 Ajouter aux favoris

Soyez le premier à donner votre avis !

Connectez-vous pour laisser un avis !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Prologue

 

« misez sur le bon numéro »

 

 

 

 

 

 

Deux êtres dans la distance géographique s’envoient des messages par téléphone. On peut supposer que l’un est à jardin et l’autre est à cours.

 

Face public.

 

L’HOMME QUI AIMAIT LA FEMME QUI NE VOULAIT PAS ENCORE DIVORCER : Mon Amour, ta beauté est intrinsèque à ce que tu es.

Je ne me suis jamais attaché à la fermeté d'un galbe, ou à une peau nette et lisse.

Amoureux de ton corps, puisqu'amoureux de toi.

Incapable de pouvoir départir mes yeux de désir de ceux de l'Amour.

Te trouver immensément belle est un passe-temps qui m'empêche de fuir et de nous vieillir dans l'âme.

Tu es belle et mon désir pour toi vit dans tes courbes de corps, de mots et de paroles.

Contempler ton visage et tes lignes comme on reste ébahi devant une toile de maître.

Je veux en explorer l’entièreté.

Les seules larmes que tu pourras verser en pensant au temps qui passe ne seront jamais celles de l'insécurité de l'affection et du désir mais simplement celle du temps qui passe, tout simplement et il nous restera moins de temps pour nous étreindre.

Je suis homme, mais je suis atome surtout et dans la double hélice de ma génétique, le corps n'est pas déterminant.

L'être l'est.

Tu es douée des deux, à jamais dans mes yeux et par nature.

Tu es belle mon Amour et je suis fier de marcher à ton bras face au monde.

Hier comme aujourd'hui, demain et après-demain.

A trente et quarante années.

Amante, amoureuse, mère.

Tu es et seras magistralement et somptueusement belle car en plus de ces lignes qui te dessinent vit en toi la force de l'Humain que tu es.

Je n'ai pas besoin de faire la promesse d'aimer autant chaque jour passionnément ton corps jusqu'à la fin, car cela est inscrit en moi.

Comme une évidence qui fait battre mon cœur et se tenir droit comme une plume sur notre parchemin de vie.

Comme une évidence du destin.

Encore.

Te désirer encore.

À jamais.

Toujours.

Je t'aime, ma plus simple beauté.

Je t'aime, ma plus complexe splendeur.

Je t'aime.

 

L’inspectrice entre.

 

L’INSPECTRICElégèrement dans l’ombre : Elle le trouvait si beau, si attirant, si intelligent. Bla bla bla. Elle entrait dans une jubilation à la lecture de chacun de ses messages. Elle trouvait ça pourtant très agréable, n’avait pas peur de lui et lui faisait confiance. Déjà.

Elle restait prudente. Plus de dépit amoureux. Pas cette fois ! Elle sentait qu’il était sensible à autre chose, attiré par toute son entièreté d’être humain.

Elle sentait du désir pour cet homme. Et cette force semblait signifier que ce désir inaugurait un déploiement des sens et une promesse de vie.

 

L’inspectrice sort.

 

LA FEMME QUI AIMAIT L’HOMME AVANT QU’IL NE L’AIME PLUS : Il paraît que rencontrer quelqu’un devient de plus en plus difficile.

Il paraît pourtant que rencontrer quelqu’un n’est pas très compliqué grâce au talent de nos ressources numériques.

Il paraît que les réseaux sociaux peuvent nous permettre de trouver l’amour.

Il paraît que c’est possible si l’on accepte de se tromper et de recommencer autrement.

Il paraît que les réseaux sociaux et les sites de rencontres ne sont pas faits pour un tel objectif.

Il paraît que des gens sont tombés amoureux au détour d’une rue comme on trouverait un billet par terre.

Il paraît que tout ne s’explique pas.

Il paraît que le hasard existe.

Il paraît que la prédestination aussi.

Il paraît que l’amour dure trois ans.

Il paraît qu’il serait à la portée des caniches.

Il paraît que l’amour fait souffrir.

Il paraît qu’il est éternel.

C’est une chance de t’avoir rencontré.

Tu a été ma rencontre banale et d’abord virtuelle. Une histoire banale en apparence.

L’histoire d’une rencontre inédite et réelle grâce à la technologie.

L’histoire d’une naissance. La naissance de notre amour.

Nos prénoms portent les lettres de deux individus qui vont en créer un autre.

 

 

 

Acte I

 

 

« Rien ne va plus »

 

 

 

 

 

 

 

Scène 1- rentrée 1

 

Devant une école

Des parents parlent anglais à leurs enfants qui ne comprennent rien.

Des enfants pleurent.

Entrée et sortie de parents. Enchevêtrement et superposition de voix.

 

Et votre          Ah        ah génial il sait presque        À son âge  Bravo  Et non      pas        ça  viendra      et oui chacun          chacun       métronome        nous            sur  côte      frais              splendide C’est si oui ça reposant si        Un endroit      peu préservé de ces chaleurs Splendide         Et des touristes            des touristes       Vous étiez sur l’île               est magnifique Aussi  ah      oui  monde  Non         Ah oui      non    nous         autres îles plus chaudes      splendides               très chaud ah    non ah oui oui à bientôt merci à vous aussi je vous en prie au plaisir bonne journée belle journée au revoir.

 

DES VOIX : Salut, bye, hasta la vista, good bye, ciao, sayonara, Ma’as- salama, An lot soleil, orévwa, arrivederci, do widzenia, adios, adieu

 

LA FEMME QUI VEUT DIVORCER à l’enfant : À ce soir, mon chaton. On jette la page de l’année dernière à la poubelle. C’est une nouvelle page qui va s’écrire.

 

L’HOMME QUI N’AIME PLUS, à l’enfant : À ce soir, mon canard. Tout se passera bien. Tout doit bien se passer.

 

L’enfant est déjà parti.

 

LA FEMME QUI VEUT DIVORCER : Adieu

 

L’HOMME QUI N’AIME PLUS : Adieu

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Scène 2 – La cantine

 

À table, à la cantine.

 

COLLEGUE 1 en train de montrer des photos sur son téléphone : Sympa quand même à visiter, même si ça pue et qu’il fait froid. Là, c’est la numéro trois, là qui fait la gueule. Et derrière on aperçoit le numéro deux en train de…

 

COLLEGUE 2 : On dirait qu’il vomit.

 

LA FEMME QUI VEUT DIVORCER : C’est un endroit idéal en cas de canicule ! Elle a bien poussé. Ta dernière, je veux dire, elle a grandi. Ton sosie.

 

COLLEGUE 2 : Je préfère cramer sur une plage. Je n’aime ni les enfants ni les mauvaises odeurs. Alors les enfants des autres en train de vomir !

 

COLLEGUE 1 : Et toi, ça va mieux avec ton mari ?

 

LA FEMME QUI VEUT DIVORCER : Oui, cet été, on a décidé de former une équipe contre la crise conjugale ! Invincibles, on est. Gagner ensemble, il faut.

 

COLLEGUE 2 : Alors que tu pourrais vivre un célibat comme on se met dans un plaid douillet sans devoir rendre des comptes. Sans contraintes. Il faut écrire des contes pour enfants de facture nouvelle et de toute urgence : mon enfant, réussir sa vie, c’est d’abord et déjà réussir à ne pas s’emmerder avec quelqu’un.

 

COLLEGUE 1 : Et tu vois la princesse, elle a toutes ses factures à payer. Demande à ta marraine la fée si elle accepte « Marraine chérie, on divise par deux toutes mes charges et tu en prends la moitié. On fait ça, dis ? »

 

LA FEMME QUI VEUT DIVORCER : Et l’amour là-dedans ?

 

COLLEGUE 2 : Et tu n’as pas de photos de ce bonheur retrouvé ?

 

LA FEMME QUI VEUT DIVORCER : On a fait une pause avec les photos. Envie de nous reconnecter à plus d’authenticité. Je dirais même besoin de nous confronter à plus de vérité. Vivre les moments pleinement plutôt que de les figer dans des poses.

 

Pause

Des photos s’affichent quand même sur l’écran en fond de scène mais seul le public peut les voir.

Photo 1 : La femme qui veut divorcer sort d’une chambre, l’homme qui n’aime plus d’une autre, le matin au réveil, ils ont fait chambre à part.

Photo 2 : La femme qui veut divorcer et l’homme qui n’aime plus se croisent mais ne s’adressent pas la parole.

Photo 3 : La femme qui veut divorcer à la plage seule avec son enfant

Photo 4 : l’homme qui n’aime plus reste assis sur la terrasse de la location, les yeux dans le vague. Photo 5 : L’enfant est dans le salon et pleure.

 

LA FEMME QUI VEUT DIVORCER : On a fait des choses ensemble, notre enfant a adoré. On a beaucoup parlé, on en avait besoin, ça fait du bien de parler. C’est la clé !

 

Photo 6 : La femme qui veut divorcer et l’homme qui n’aime plus côte à côte, le soir sur la terrasse de la location. Elle fume sa cigarette électronique et boit sa tisane pendant que l’homme qui n’aime plus enchaine les clopes et les verres de rosé. Ils n’échangent pas un mot, les yeux dans le vague, très loin l’un de l’autre.

 

LA FEMME QUI VEUT DIVORCER : Le couple n’est jamais un long fleuve tranquille et c’est ça qui est beau finalement, c’est mon coach matrimonial qui me l’a dit !

 

Flashback, fin de l’été

 

LA FEMME QUI VEUT DIVORCER : J’en peux plus de vivre avec toi, ta gueule, ta tristesse, ta dépression. Tes angoisses ! Merde ! Tu pues la tristesse. Je veux vivre et être heureuse. Je suis délaissée depuis si longtemps, toute desséchée. Ça fait combien de temps que je te demande de m’arroser, hein ? Égocentrique ! J’en peux plus. Tu crois que t’es le seul à souffrir ? Je vais me casser bordel de merde ! Je vais me barrer, tu m’entends. Toi, ta gueule là, j’ai envie que tu disparaisses à jamais de ma vie. C’est horrible de vivre avec toi.

 

L’HOMME QUI N’AIME PLUS : Non ! Tu es la femme de ma vie ! S’il-te-plait !

 

Entre un personnage qui reste dans l’ombre, en fond de scène.

 

L’INSPECTRICE : Quelle comédie ridicule ! ils pleurent, ils se disent qu’ils s’aiment....

Il vous reste 90% de ce texte à découvrir.


Connectez-vous pour lire la fin de ce texte gratuitement.



error: Ce contenu est protégé !
Retour en haut