Le crime était pourtant loin d’être parfait
La célèbre actrice Adélaïde Azur a disparu ! Ses proches s’inquiètent, la police s’en mêle, la famille de domestiques psychopathes se posent des questions, une journaliste télé intervient et une présentatrice de téléréalité arrive sur les lieux du crime. Cette pièce est une satire de la presse à scandale et un clin d’oeil aux comédies policières d’Agatha Christie.
Lire le texte intégral
Acte I
Scène 1 - Dans la cuisine.
Jeanne - Tu crois qu’ils vont nous garder longtemps ?
David - 1 ou 2 jours, maximum.
Jeanne - Qu’est-ce que tu en sais ?
David - Pas la peine de poser la question si de toute façon tu as décidé de ne pas croire la réponse.
Louise - Les enfants ! Calmez-vous ! Ils vont nous entendre !
David - Qu’ils nous entendent et qu’on en finisse.
René - Tais-toi. Tu contraries ta sœur.
David - Et dieu sait ce qu’on leur fait aux gens qui contrarient ma sœur.
René - On ne va pas remettre ça sur le tapis. C’est fait, c’est fait.
Jeanne - Eh Oh ! Lâchez-moi. Je vous ai déjà dit que c’était pas moi.
David - Tu parles !… Faut que t’apprennes à te maitriser !
Jeanne - C’est sûr que pour ce qui est de la maitrise de soi, Monsieur peut donner des leçons à tout le monde !
Louise - Stop. Les enfants, vous allez trop loin.
René - Votre mère a raison.
David - Ca fait trois boulots qu’on perd à cause des sautes d’humeur de madame !
Jeanne - Ah ouais ? Et à qui on doit les deux macchabés des six derniers mois ?
David - Deux ! C’est moins que trois que je sache !
Louise - Les enfants !
René - C’est ça ! Criez-le sur les toits tant que vous y êtes ! Faut vraiment vous faire greffer un cerveau. J’vous rappelle qu’il y a des poulets tous les cents mètres ici.
Jeanne - C’est lui qu’a commencé.
David - Oui, mais moi, j’ai la manière !
Jeanne - La manière, tu rigoles ? On n’y reconnaissait même pas les vêtements au premier !
David - C’était pour brouiller les pistes.
Jeanne - Et t’appelles ça des manières ? Taper comme un malade, tout le monde peut le faire !
David - J’ai pas tapé comme un malade. J’ai tapé, mais ça gigotait encore, alors j’ai tapé, tapé, tapé …
Jeanne - Comme un malade !
Louise - Les enfants ! Autant je peux vous pardonner quelques écarts de conduite, autant je ne passerai ni sur la vulgarité, ni sur la violence verbale.
David - Pardon maman.
Jeanne - Pardon maman.
Scène 2 - Dans le salon.
Ernie - On est obligés de rester là ?
Josette - La police nous a dit de ne pas sortir.
Ernie - Pourquoi ?
Pierre - A cause de la presse ! Imaginez qu’elle ait vent de notre affaire …
Josette - Mais qu’est-ce que cela peut bien leur faire ?
Ernie – Enfin ! Vous plaisantez ? Une actrice de la trempe d’Adélaïde qui disparaît, cela ferait les choux gras de toute la presse nationale, ma chère ! Ils auraient déjà sorti une petite nécrologie qu’ils tenaient au chaud, au cas où et …
Pierre - (le coupant) : Adélaïde n’est pas morte. Elle a juste disparu.
Anne – Pierre … Il faudra te faire une raison un jour ou l’autre. Tu le sais comme nous tous, Adélaïde ne peut pas disparaître. Il lui est arrivé quelque chose, c’est sûr.
Georges - Et pourquoi ne pourrait-elle pas disparaître ?
Ernie - Mais parce qu’elle est connue par chaque habitant de cette ville, des villes d’à côté et de toute personne étant déjà allée au cinéma ou ayant déjà acheté la presse, mon chou ! Ne pouvant passer inaperçue, elle NE PEUT disparaître.
Pierre - Mais que lui est-il arrivé alors ?
Anne - (rassurante) Rien, Pierre, rien. On va la retrouver, c’est sûr.
Josette - J’espère qu’on va la retrouver vite, ils nous retiennent coincés ici depuis 2h, j’avais des choses à faire, moi !
Georges – (à Pierre) Quelle idée aussi de nous réunir juste avant d’appeler la police ! Tu n’aurais pas pu nous prévenir de sa disparition par téléphone ?
Pierre - Je voulais que vous soyez tous présents si la police décidait de vous interroger.
Georges - Bravo ! Merci bien …
Anne - Tu ne soupçonnes quand même pas l’un d’entre nous ?
Josette - (regardant l’agent) Certains avaient de bonnes raisons …
Ernie - Dites donc ! Je vous prierai de rester à votre place.
Josette - Et c’est quoi ma place ?
Ernie - Celle de bonne à tout faire, mon chou !
Josette - COMMENT ? J’ai un diplôme de maquilleuse professionnelle, les plus grands sont passés par moi, et c’est grâce à moi qu’Adélaïde était ce qu’elle était dès 10h du matin. Ce n’est pas pour rien qu’elle m’a gardé auprès d’elle pendant tant d’années.
Ernie - (avec aigreur) Malheureusement, ce ne sont pas les années de service qui comptaient pour Adélaïde.
Pierre - Je ne vois pas pourquoi vous en parlez à l’imparfait. La police enquête juste sur sa disparition.
Georges - Ça fait combien de temps maintenant ?
Pierre - Je ne l’ai pas revue depuis hier après-midi.
Anne - Elle n’a pas dormi ici cette nuit.
Pierre - (regard plein de reproches envers Georges) Je pensais qu’elle était chez toi.
Georges – Pierre, une fois de plus, Adélaïde n’a jamais passé la nuit chez moi.
Pierre - C’est ce que nous découvrirons bientôt.
Anne – Qui pourrait voir un intérêt dans sa disparition ?
Josette – Il faut plutôt se demander qui n’aurait aucun intérêt dans sa disparition.
Ils la regardent tous, furieux.
Scène 3 - Dans le coin flic.
Inspecteur Dupont - Bon. Alors, qu’est-ce qu’on a ?
Agent Pitaut - Disparition mystérieuse d’une célèbre actrice et d’une pelle de jardin.
Inspecteur Dupont - D’une pelle de jardin ?
Agent Pitaut - Ouais, mais l’enquête porte plutôt sur l’actrice.
Inspecteur Dupont - Etrange …
Agent Pitaut : Ben, pas tant que ça en fait …
Inspecteur Dupont - Ah ?
Agent Pitaut - Ben non ! Une pelle de jardin, on peut en trouver partout alors que ...
Inspecteur Dupont - (le coupant) Etrange pour la disparition de l’actrice !
Agent Pitaut - Ah ouais !
Inspecteur Dupont - Bref. Qu’est-ce qu’on a d’autre ?
Agent Pitaut - Un couple de domestique avec leurs deux enfants.
Inspecteur Dupont - Oui.
Agent Pitaut - Un mari jaloux.
Inspecteur Dupont - Classique.
Agent Pitaut - Un agent.
Inspecteur Dupont - Classique.
Agent Pitaut - Un producteur.
Inspecteur Dupont - Classique.
Agent Pitaut - Une soeur.
Inspecteur Dupont - Classique.
Agent Pitaut – Une maquilleuse
Inspecteur Dupont – Classique.
Agent Pitaut - Un prof de danse.
Inspecteur Dupont - Classique.
Agent Pitaut - (s’arrêtant tout fier de son jeu de mot)
Inspecteur Dupont - Oui ?
Agent Pitaut - En fait, le prof de danse, il ne faut pas le compter. C’était pour le jeu de mot.
Inspecteur Dupont - Le jeu de mot ?
Agent Pitaut - « Danse » et « classique » !
Inspecteur Dupont - …
Agent Pitaut - Ca fait « danse classique » !!!
Inspecteur Dupont - …
Agent Pitaut - Ok. Laissez tomber.
Inspecteur Dupont - Bien. En gros, c’est à peu près tout ?
Agent Pitaut - Ouaip. C’est à peu près tout.
Inspecteur Dupont - Faites entrer le premier témoin.
Entre la sœur (Anne).
Inspecteur Dupont - Bonjour.
Agent Pitaut - Déclinez vos identités.
Anne - Je n’en ai qu’une. Anne de Chavignac.
Inspecteur Dupont - Quel lien avez-vous avec la victime ?
Anne - Je suis sa sœur.
Agent Pitaut - Profession.
Anne - Sans.
Agent Pitaut - C’est beaucoup. Dites-en une quand même.
Anne - Je me suis mal exprimée. Je suis rentière.
Inspecteur Dupont - D’après mes sources, c’est vous qui avez vu la victime pour la dernière fois.
Anne - Vos sources sont bonnes.
Inspecteur Dupont - Cela n’a pas l’air de vous affecter plus que ça.
Anne - Vous non plus.
Agent Pitaut - (à l’inspecteur) Pourquoi ? Vous avez perdu votre sœur ?
Anne - Non, il n’a pas perdu sa sœur. Simplement, je suis surprise qu’un métier puisse endurcir à ce point. Pas d’empathie. Pas une phrase de réconfort. Cela se passe toujours comme ça ou c’est seulement la 20ème affaire de meurtre de la journée ?
Inspecteur Dupont - Qui a parlé de meurtre ?
Anne - Ecoutez, ma sœur est majeure et vaccinée. Elle n’a pas fugué, elle n’a pas été enlevée.
Agent Pitaut - Comment en êtes-vous si sûre ?
Anne - Si elle avait fugué, elle aurait convoqué la presse. Si elle avait été enlevée, ses ravisseurs l’auraient déjà rendue à son propriétaire avec un mot d’excuse.
Inspecteur Dupont - Pourquoi ?
Anne - Parce qu’aucun homme, à part Pierre, son mari, qui a tout d’un saint, ne pourrait supporter de vivre plus de 24h d’affilée avec elle.
Inspecteur Dupont - Vous n’avez pas l’air de la porter dans votre cœur.
Anne - Oh si ! Détrompez-vous. C’est juste une petite fille trop gâtée qui aime être au centre de tout. Si elle n’avait pas été dans mon cœur, croyez-moi, elle se serait chargée elle-même de m’en greffer un autre.
Inspecteur Dupont - Intéressant…
Agent Pitaut - Ah bon ?
Inspecteur Dupont - Bref … Quand avez-vous vu votre sœur pour la dernière fois ?
Anne - Il devait être 15h, elle était dans le jardin, étendue dans un transat et elle attendait son thé il me semble.
Inspecteur Dupont - Avez-vous échangé quelques mots avec elle ?
Anne - Oui.
Agent Pitaut - (immense satisfaction) Aaaaaah !
Anne - Elle m’a dit « Va voir ce que fiche cette petite paresseuse de Jeanne. Je lui ai demandé un thé il y a au moins 15 minutes. C’est à se demander si elle n’est pas en train de faire sécher les feuilles et de les broyer ! » et elle a ri.
Agent Pitaut rit. Les deux autres le regardent. Il s’arrête.
Inspecteur Dupont - Qu’avez-vous fait ensuite ?
Anne - A votre avis ?
Inspecteur Dupont - C’est moi qui pose les questions ici !
Anne - Je suis allée chercher Jeanne pour lui dire que ma sœur attendait son thé.
Inspecteur Dupont - Et ensuite ?
Anne – Ensuite, je suis tombée sur Ernie à qui j’ai demandé de transmettre à Jeanne.
Inspecteur Dupont - Et ensuite ?
Anne – Ensuite, je suis remontée dans ma chambre finir mon roman.
Inspecteur Dupont - Des témoins ?
Anne - Humm … L’auteur ? Ah ! Non, il est mort …
Agent Pitaut – Ah !! Lui aussi ?
Ils s’arrêtent et le regardent.
Inspecteur Dupont – Très bien. Agent Pitaut, pouvez-vous reconduire Madame ?
Anne - Mademoiselle.
Agent Pitaut - (prenant son rôle de policier très à cœur) : Bien sûr. Tenez-vous à disposition de la police pour un complément d’enquête.
Scène 4 - Dans le salon.
Au salon. Anne revient.
Pierre - Alors ? Ils ont du nouveau ?
Anne – Pierre, je te rappelle que c’était moi l’interrogée, je n’ai eu le droit de ne poser aucune question.
Georges - C’est un comble ! On nous bloque ici pendant des heures et on ne nous donne aucune information ! Qu’ils la retrouvent ! Morte ou vivante, mais qu’ils la retrouvent et qu’on en finisse.
Ernie - Et c’est sûr que, pour toi, il vaudrait mieux la retrouver morte.
Georges - Qu’est-ce que tu sous-entends ?
Ernie - Allez, va … A d’autres … Tu sais très bien de quoi je parle …
Georges - (qui s’approche dangereusement de lui)...