Le désert
Dans un square, un écrivain raconte une fable à sa petite fille ; l’histoire d’un musicien dans un monde magique, qui de sa voix faisait chanter les oiseaux et les canards. Au fur et à mesure que sa narration progresse, les frontières entre fable et réalité se déplacent.
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Scène 1
Alité dans une chambre peu éclairée, un HOMME ÂGÉ expire.
Scène 2
Un ÉCRIVAIN est assis à la terrasse d’un café dans le square d’un joli village.
Il ferme son carnet, qu’il garde un temps sur ses genoux.
Un SERVEUR passe à sa droite en portant un plateau. L’ÉCRIVAIN lui saisit le bras.
L’ÉCRIVAIN
J’ai terminé mon roman.
(pause)
À la fin, le père meurt.
(pause)
LE SERVEUR
De vieillesse ?
L’ÉCRIVAIN
Non, non.
LE SERVEUR
Il était malade ?
L’ÉCRIVAIN
Hum ? Oh non.
Il meurt par nécessité.
Silence.
LE SERVEUR
Vous avez un titre ?
Un temps.
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L’ÉCRIVAIN lâche le bras du SERVEUR et se prend la tête entre les mains.
L’ÉCRIVAIN
Je suis si bête, si bête…
Le titre, mais oui. C’est essentiel...
L’ÉCRIVAIN est seul. Le square est désert.
Et pourtant toujours rien…
(au SERVEUR) S’il vous plaît !
Silence.
Où est passé tout le monde ?
Diable. (pause) La chaleur, sûrement.
Le soleil est haut dans le ciel.
L’ÉCRIVAIN (au soleil)
J’ai compris !
(pause)
Laisse-moi réfléchir.
L’ÉCRIVAIN réfléchit longuement.
Les aventures de Melchior et ses frères ?
(pause) C’est long. Melchior et ses frères ?
(pause) Ou juste Melchior.
Avec un K. Ou ch.
(au soleil) K ou ch, soleil ?
(pas de réponse)
Je l’ai !
L’ÉCRIVAIN se lève, son carnet tendu vers le ciel.
J’ai mon titre ! Mon roi de lumière !
Noir.
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Scène 3
Lumière.
Dans le square, LE SERVEUR, une PETITE FILLE et sa MAMAN se tiennent autour de
L’ÉCRIVAIN, effondré au sol.
LE SERVEUR
Il se réveille.
LA PETITE FILLE
Pourquoi est-ce qu’il criait sur le soleil, maman ?
LA MAMAN
La chaleur, chérie.
L’ÉCRIVAIN se redresse difficilement. Il ouvre les yeux.
LE SERVEUR
Monsieur, doucement. Tenez.
Il lui tend un verre d’eau. L’ÉCRIVAIN boit vite.
Tout doux, tout doux, l’ami.
Venez à l’ombre.
Il aide L’ÉCRIVAIN à se lever et à faire quelques pas en direction du café.
L’ÉCRIVAIN
L’ami ?
(pause)
Où étiez-vous passé ?
(à LA MAMAN et à LA PETITE FILLE) et vous !
(pause) Vous m’avez laissé seul avec le soleil.
LA MAMAN
Chéri, on est parties faire quelques courses.
Une dizaine de minutes à peine.
Tu as fait un malaise.
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L’ÉCRIVAIN
Évidemment que j’ai fait un malaise, je cherchais mon titre.
Oui, voilà. Je cherchais le titre de mon roman.
LA PETITE FILLE
Papa, c’est quoi le titre de ton roman ?
L’ÉCRIVAIN (assis à l’ombre, contre la façade du café)
Je ne sais plus ma puce.
(pause)
Chérie, ma chérie, viens faire un bisou à Papa.
LA PETITE FILLE va faire un bisou à L’ÉCRIVAIN.
LE SERVEUR approche une chaise qu’il colle au mur pour L’ÉCRIVAIN.
L’ÉCRIVAIN
Je vais mieux.
(à LA MAMAN) Pardon.
LA MAMAN
Tu nous as fait peur.
Quand on t’a vu tomber de loin.
L’ÉCRIVAIN
Pardon. Je ne sais pas ce qu’il m’a pris.
J’étais euphorique à l’idée de l’avoir terminé.
Ça m’a fait tourner la tête d’un seul coup.
Mais rien de grave.
(à LA PETITE FILLE ) N’est-ce pas ?
Un temps.
LA MAMAN (au SERVEUR)Il vous reste 90% de ce texte à découvrir.
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