Le grand vide
Neuf inconnus se retrouvent dans une étrange salle d’attente. Thérapie de couple, speed-dating, réajustement émotionnel… Chacun pense être là pour une raison différente.
Sous l’autorité mystérieuse du Docteur Folamour, ils traversent des salles où leurs désirs, leurs blessures et leurs secrets sont méthodiquement mis à nu. Le temps se dérègle, les lieux se répètent, certains disparaissent puis réapparaissent…
Entre humour noir, absurdité et vertige fantastique, Le Grand Vide entraîne neuf personnages dans un étrange voyage où chacun devra affronter sa vérité.
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ACTE I — L'attente
SCÈNE I
Décor : Une salle. Lumière blanche. Silence bourdonnant. Une rangée de chaises parfaitement alignées. Un panneau affiche : Salle 7 – Docteur Folamour
Tous sont convoqués par la commission des relations défaillantes.
Chacun pense être là pour une raison différente : thérapie de couple, speed-dating, réajustement émotionnel, stage d'acceptation...
Personne ne sait qui les a convoqués, ni pourquoi. Un couple entre.
LINE — Renééé ? Tu crois qu'on peut s'asseoir là ? C'est pas trop près de la porte ?
RENÉ — (S'agace) Assieds-toi, Line.
LINE — C'est comme à l'aéroport. Tu sais que je panique si j'ai pas ma droite dégagée.
RENÉ — Ah oui. Ta droite dégagée. Pour bondir vers la sortie en cas de catastrophe sentimentale.
LINE — Tu l'entends mon cœur comme il bat ?
Silence.
LINE — Tu ne m'as pas répondu ?
RENÉ — C'est volontaire.
LINE — Tu veux dire… que tu fais exprès de ne plus entendre mon cœur ?
RENÉ — Je veux dire que j’ai besoin de silence. Pour respirer entre deux Renééé.
LINE — Tu dis ça pour me faire du mal.
RENÉ — Je dis ça pour me faire du bien.
Silence. Elle regarde autour d'elle. Il soupire.
LINE — C’est étrange ici… Y’a rien. Pas même un ficus.
RENÉ — Y’a toi. T’es l’équivalent végétal d’un ficus affectif.
LINE — Tu veux me comparer à une plante verte ? C’est ça ton niveau de communication non violente ?
RENÉ — (Résigné) T’as pas un Sudoku ?
LINE — J’ai tout oublié. Même mes anxiolytiques. C’est toi mon calmant, René. Tu me stabilises. Tu me… tu me recharges.
RENÉ — Je suis ta batterie externe. Génial.
Grésillement. Une voix monocorde résonne.
(Voix-off) — Bienvenue en Salle 7. Veuillez patienter. Le Docteur Folamour traitera vos dissonances prochainement. Merci de garder vos postures assises.
LINE — Tu vois ? On est dissonants, mais complémentaires.
RENÉ — Oui. Deux notes jouées sur un piano désaccordé.
LINE — Tu m’aimes ?
Elle tente de poser sa tête sur son épaule. Il se redresse. Elle tombe dans le vide.
RENÉ — Je t’aime comme on aime une habitude : trop pour tout changer, pas assez pour y rester.
Silence. Bruit de pas dans le couloir. Émile entre, suivi de Pamela. Ils s'assoient sans un mot.
NOIR
SCÈNE II
La lumière revient. Le couple a disparu.
ÉMILE — Ils sont passés où, les deux ? Le gars fatigué et sa sangsue ?
Personne ne répond. Entre un Moine, sur la pointe des pieds, comme dans un lieu sacré. Il lit le panneau, une lueur lubrique s'allume dans son regard.
LE MOINE — Folamour... c'est sensuel.
Il renifle une chaise vide avant de s'asseoir. Pamela l'observe. Entre Hippolyte, personne ne le remarque.
PAMELA — Un moine pour des rencontres libertines ? On aura tout vu.
ÉMILE — ( Se lève) C'est quoi cet endroit ? Ma convocation spécifie : réajustement émotionnel. Moi, j'suis parfaitement ajusté. Ça dérange qui ?
LE MOINE — Pas moi. J'adore les âmes en conflit. Elles... suintent.
Un silence électrique s'installe. Entre Loulou, maquillé à outrance. Puis Ezia et Romy.
LOULOU — (Subjugué par le couple) Dieu existe... Elles sont divines.
EZIA — Je ne suis pas sûre d'être au bon endroit.
ROMY — Moi, je pense que si.
Silence. Tout le monde les regarde sauf Hippolyte qui soliloque, et le moine qui se gratte les genoux.
HIPPOLYTE — (Parle dans le vide) Les murs n’ont pas d’écho. Personne ne m’entend.
LOULOU — (S'évente avec ses propres doigts) Tout à fait mes références. Elles portent du Chanel et marche en duo.
Ezia et Romy s'assoient en parfaite coordination, croisent les jambes dans le même tempo. Loulou, hypnotisé, s'assoit à côté, les yeux rivés sur elles.
EZIA — Romy, on a bien rendez-vous à 18 h 02. Il est 18 h 03.
ROMY — Mauvaise organisation.
HIPPOLYTE — (À voix basse) Elles viennent du dernier vol... Celui qui n’est pas arrivé.
EZIA — Tu l’as vu, lui ? Il est flippant.
ÉMILE — D'où il sort, celui-là ?
LOULOU — C'est un poète de l’ombre. Il murmure ce qu'on n'ose pas penser.
ÉMILE — J’écoute rarement les gens qui sentent la naphtaline.
EZIA — (Consulte ses notes) La réunion est bien pour aujourd'hui.
ROMY — Nous sommes ici pour le labo des attachements.
PAMELA — (Note sur son téléphone) Les lesbiennes - un plan à trois ? Tentant.
EZIA — C’est donc ici le cercle d’expression ? Le labo des attachements ? Le...
Dans nos ateliers de théâtre amateur à Sherbrooke, QC. nous avons vraiment aimé lire cette pièce "Le grand Vide". Merci!
Merci d'avoir lu et apprécié "Le Grand Vide".