Le Grand Vide

1 décor

Huit inconnus se rencontrent dans une étrange salle d’attente, chacun convoqué pour une raison différente.
Salles après salles, leurs désirs, leurs secrets et leurs blessures sont mis à nu par un mystérieux protocole.
Le temps se dérègle, les souvenirs se fissurent et un neuvième personnage, Hippolyte, semble en savoir beaucoup trop.
Puis surgit l’impensable !
Entre humour noir, absurdité et fantastique, Le Grand Vide devient un étrange voyage.

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ACTE I — L'attente

SCÈNE I

Décor : Une salle. Lumière blanche. Silence bourdonnant. Une rangée de chaises parfaitement alignées. Un panneau affiche : Salle 7 – Docteur Folamour

Tous sont convoqués par la commission des relations défaillantes.

Chacun pense être là pour une raison différente : thérapie de couple, speed-dating, réajustement émotionnel, stage d'acceptation...

Personne ne sait qui les a convoqués, ni pourquoi. Un couple entre.

LINE — Renééé ? Tu crois qu'on peut s'asseoir là ? C'est pas trop près de la porte ?

RENÉ — (S'agace) Assieds-toi, Line.

LINE — C'est comme à l'aéroport. Tu sais que je panique si j'ai pas ma droite dégagée.

RENÉ — Ah oui. Ta droite dégagée. Pour bondir vers la sortie en cas de catastrophe sentimentale.

LINE — Tu l'entends mon cœur comme il bat ?

Silence.

LINE — Tu ne m'as pas répondu ?

RENÉ — C'est volontaire.

LINE — Tu veux dire… que tu fais exprès de ne plus entendre mon cœur ?

RENÉ — Je veux dire que j’ai besoin de silence. Pour respirer entre deux Renééé.

LINE — Tu dis ça pour me faire du mal.

RENÉ — Je dis ça pour me faire du bien.

Silence. Elle regarde autour d'elle. Il soupire.

LINE — C’est étrange ici… Y’a rien. Pas même un ficus.

RENÉ — Y’a toi. T’es l’équivalent végétal d’un ficus affectif.

LINE — Tu veux me comparer à une plante verte ? C’est ça ton niveau de communication non violente ?

RENÉ — (Résigné) T’as pas un Sudoku ?

LINE — J’ai tout oublié. Même mes anxiolytiques. C’est toi mon calmant, René. Tu me stabilises. Tu me… tu me recharges.

RENÉ Je suis ta batterie externe. Génial.

Grésillement. Une voix monocorde résonne.

(Voix-off) — Bienvenue en Salle 7. Veuillez patienter. Le Docteur Folamour traitera vos dissonances prochainement. Merci de garder vos postures assises.

LINE — Tu vois ? On est dissonants, mais complémentaires.

RENÉ — Oui. Deux notes jouées sur un piano désaccordé.

LINE — Tu m’aimes ?

Elle tente de poser sa tête sur son épaule. Il se redresse. Elle tombe dans le vide.

RENÉ — Je t’aime comme on aime une habitude : trop pour tout changer, pas assez pour y rester.

Silence. Bruit de pas dans le couloir. Émile entre, suivi de Pamela. Ils s'assoient sans un mot.

NOIR

 

SCÈNE II

La lumière revient. Le couple a disparu.

ÉMILE — Ils sont passés où, les deux ? Le gars fatigué et sa sangsue ?

Personne ne répond. Entre un Moine, sur la pointe des pieds, comme dans un lieu sacré. Il lit le panneau, une lueur lubrique s'allume dans son regard.

LE MOINE — Folamour... c'est sensuel.

Il renifle une chaise vide avant de s'asseoir. Pamela l'observe. Entre Hippolyte, personne ne le remarque.

PAMELA — Un moine pour des rencontres libertines ? On aura tout vu.

ÉMILE — ( Se lève) C'est quoi cet endroit ? Ma convocation spécifie : réajustement émotionnel. Moi, j'suis parfaitement ajusté. Ça dérange qui ?

LE MOINE — Pas moi. J'adore les âmes en conflit. Elles... suintent.

Un silence électrique s'installe. Entre Loulou, maquillé à outrance. Puis Ezia et Romy.

LOULOU — (Subjugué par le couple) Dieu existe... Elles sont divines.

EZIA — Je ne suis pas sûre d'être au bon endroit.

ROMY — Moi, je pense que si.

Silence. Tout le monde les regarde sauf Hippolyte qui soliloque, et le moine qui se gratte les genoux.

HIPPOLYTE — (Parle dans le vide) Les murs n’ont pas d’écho. Personne ne m’entend.

LOULOU — (S'évente avec ses propres doigts) Tout à fait mes références. Elles portent du Chanel et marche en duo.

Ezia et Romy s'assoient en parfaite coordination, croisent les jambes dans le même tempo. Loulou, hypnotisé, s'assoit à côté, les yeux rivés sur elles.

EZIA — Romy, on a bien rendez-vous à 18 h 02. Il est 18 h 03.

ROMY — Mauvaise organisation.

HIPPOLYTE — (À voix basse) Elles viennent du dernier vol... Celui qui n’est pas arrivé.

EZIA — Tu l’as vu, lui ? Il est flippant.

ÉMILE — D'où il sort, celui-là ?

LOULOU — C'est un poète de l’ombre. Il murmure ce qu'on n'ose pas penser.

ÉMILE — J’écoute rarement les gens qui sentent la naphtaline.

EZIA — (Consulte ses notes) La réunion est bien pour aujourd'hui.

ROMY — Nous sommes ici pour le labo des attachements.

PAMELA — (Note sur son téléphone) Les lesbiennes - un plan à trois ? Tentant.

EZIA — C’est donc ici le cercle d’expression ? Le labo des attachements ? Le...

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Annie PIC Décor : Volontairement épuré et contemporain. Chaises, table, panneaux lumineux indiquant les différentes salles. Quelques éléments mobiles permettant de transformer rapidement l'espace. Le décor doit pouvoir évoluer sans interruption importante du jeu. Lumières : La lumière joue un rôle dramaturgique essentiel. Lumière blanche et clinique, Clair-obscur, Variations d'intensité. Clignotements et effets de « reboot » Lumière rouge - cinabre pour les scènes liées au désir. Noir franc pour les transitions et les ruptures. Son : Voix-off neutre et impersonnelle. Grésillements électroniques. Bips et signaux sonores. Bruits de couloir et de salle d'attente. Sons évoquant une anomalie ou une rupture du réel. Ambiance sonore lors de la révélation finale.

Posté le 31 août 2026 par ANNE

ANNE
ANNE

Je pratique le théâtre amateur à Aix-en-Provence. J'écris des pièces à tendance burlesque, absurde à l'humour noir... Mais également des romans fantastiques et d'anticipation.

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