Premier Tableau
L’action se passe en Juin
L’espace scénique représente des éléments d’un appartement fait de bric et de broc reflétant le caractère de Léa, généreux et bordélique.
La scène est vide.
Entrée de Clara avec un sac (gros le sac)
Clara
Maman ?...T’es là…T’es là ? Les clés étaient sur la porte comme d’habitude. Un jour il va t’arriver des bricoles. (Pour elle) C’est vrai ça, on s’étonne après…elle n’est pas raisonnable, ça fait des années que je lui dis…, ça fait aussi des années que je suis pas venue et rien n’a changé. (Elle jette un coup d’œil autour d’elle) Ah si ! L’étagère en alu, c’est nouveau ! Je suis pas sûre d’aimer !...Enfin.
Maman ?...Elle doit pas être là !
Liza rentre. Elle est enceinte avec une grosse valise en faux Vuitton.
Elle voit Clara de dos.
Liza
Maman !les clés étaient sur la porte ,c’est dangereux ça ! Oh c’est toi ? T’as changé tes cheveux, de dos je te reconnaissais pas.
Clara
Moi, c’est de face que je te reconnaissais pas.
Liza
Ma chère sœur, toujours aimable.
Elles s’embrassent.
Clara
T’aurais pu prévenir.
Liza
Superstition ! Tant que j’étais pas sûre…
Clara
Là, t’es sûre !...T’es bien au treizième mois, tu vas nous faire des quintuplés. On va toucher la prime.
Liza
Toujours aussi drôle !...Maman n’est pas là ?
Clara
Bah non !...comme tu vois.
Léa (off ; gloussant)
Oh non…Gabriel…
Silence de Clara et Liza qui se regardent
Liza
T’as prévenu que tu venais ?
Clara
Non ! Et toi ?
Liza
Moi non plus. On aurait peut-être dû.
Léa (off)
Ah ! C’est mieux qu’hier !
Clara
Quelle santé !
Léa (off)
Vous êtes doué mais ça pourrait être beaucoup plus performant ! Vous avez fait des progrès depuis le début mais, allez…insistez. (Voix sensuelle)
Liza
Oh ! Moi, ça me gêne…
Léa (off)
Mettez-y plus d’ardeur mon petit Gabriel.
Gabriel (off)
Je vais essayer Madame.
Regards des deux sœurs !!!
Léa (off)
Maintenant, je suis dans cette position. Regardez dans la glace !
Liza
Ah, c’est chaud !
Léa (off ; gloussant)
Oh Gabriel, vous allez monter jusqu’où comme ça ? Non ! Pas la main, pas la main ! Je vais vous l’attacher !
Clara
Ça y est ! Maman est tombée dans le sado-maso.
Liza
Arrête ! C’est d’un gênant.
Clara
Bon ! On revient dans une demi heure. Allez, viens !
Liza
Attends,attends…
Léa (off)
Très bien. C’est très bien, mais quelle fatigue ! Bon, remettez vos cheveux ou alors…coupez-les…Allez, on se voit demain.
Gabriel (traversant la scène)
Au revoir Madame Léa et…merci ! Mesdemoiselles… (saluant les filles gênées)
Léa (sortant de la pièce en se recoiffant)
C’est ça ! Et couchez-vous de bonne heure ! Faut être en forme demain !
Il est sorti.
Elle se retourne et voit ses filles statufiées.
Liza (A mi-voix)
Il est jeune.
Clara (Idem)
Trop !
Léa
Mes chéries, je rêve ! Les deux d’un coup, quel bonheur ! Mais comment ? Mais pourquoi ? Oh, venez là que je vous embrasse, c’est si bon de vous voir.
Elle les embrasse
Liza
Maman !...Mais tu es sûre qu’on te dérange pas !
Léa
Pas du tout ! Pas du tout ! Mais vous avez failli me louper car aujourd’hui on devait faire la séance chez lui, mais on n’a pas pu à cause de sa grand-mère !
Clara
Ah…c’est tous les jours ?
Léa
Oh ! Faut bien ça. Mais pourquoi vous ne m’avez pas prévenue.
Clara
Mais je t’ai écrit d’Ecosse.
Léa
Ah, ma chérie, ça fait dix jours que j’ai perdu la clé de la boîte aux lettres. Tu me connais !
Liza
Et moi, j’ai essayé de t’appeler de Tours mais impossible d’avoir ta ligne.
Léa
Mon téléphone était en dérangement mais, maintenant que j’ai payé la note, il remarche. Pourquoi vous ne m’avez pas envoyé un E-mail ?
Clara
T’as Internet maman ?
Léa
Oui. Enfin, j’ai l’ordinateur…là …dans le carton, il est pas encore installé mais ça va venir. Mais laissez moi vous regarder de plus près mes beautés…(à Liza) Mais Liza…Liza …
Léa
Mais Liza t’es… t’es enceinte !
Liza (rougissante)
Bah oui ! Tu vas être grand-mère.
Léa
Pourquoi tu me l’as pas dit avant ?
Liza
Superstition.
Léa
Oh, quel bonheur…ma petite fille, enceinte de combien ?…comment tu vas l’appeler ?…Vincent doit être fou de bonheur…
Liza
Oh oui, depuis le temps qu’on essayait !
Clara
Par rapport à ton âge, il était temps !
Liza
Je t’ai demandé quelque chose à toi !?
Clara
Pas encore…ça m’étonne d’ailleurs.
Léa
Ah non ! Vous n’allez pas commencer. A peine vous arrivez que déjà vous vous engueulez. Oh lala…les fausses jumelles, c’est pas facile ! Et toi ma Clara, toujours dans tes meubles ?
Clara
Toujours…et dans ceux des autres.
Léa
Bon…Ca marche bien ton magasin ? Et ton associée, tu t’entends toujours bien avec elle ?
Clara
Aucun problème. On a fait un chiffre d’affaires formidable cette année.
Léa
Ah ça ! Les bahuts bretons en Ecosse ça plaît ! C’est peut-être à cause du climat ! Oh ma Liza…que tu me rends heureuse ! Alors comment tu vas l’appeler ?...c’est une fille ou un garçon ? Et c’est pour quand ? Oh il faut que j’appelle ton mari pour le féliciter.
Liza (très vite)
Tu pourras pas le joindre, il est à l’étranger.
Léa
Ah bon. Alors expliquez moi…vous êtes là pour plusieurs jours ? Vous dînez avec moi ce soir ?
Liza
Bien sûr maman, mais léger…parce que dans mon état !
Léa
Ma petite choute !
(Elle veut poser la main sur le ventre de Liza, celle-ci s’écarte imperceptiblement)
Clara
Non. On n’est pas là pour très longtemps. Figure-toi que c’est incroyable : on a reçu chacune de notre côté une lettre d’un notaire, Maître Lansquet, nous convoquant cet après-midi dans son étude pour nous parler d’un héritage.
Liza
On voit vraiment pas ce que ça peut être.
Léa
Moi non plus ! Qu’est-ce que cette histoire, c’est une blague !
Clara
Mais non, puisqu’on te dit qu’on a rendez-vous cet après-midi.
Léa
Vous n’avez pas demandé des explications à ce notaire ?
Liza
Il voulait rien nous dire par téléphone.
Léa
Ah bah, ça alors ! (Riant) En tout cas c’est pas moi, je suis bien vivante !
Clara
Oui ! On a même vu que tu avais encore la santé !
Léa
Oh oui ! Figurez-vous qu’en ce moment je fais une cure de pépins de courges prescrite par mon herboriste : une deuxième jeunesse ! Tenez l’autre soir, j’ai été avec mon petit voisin à un concert de « Metal Hurlant » c’était fantastique !
Liza
Ton petit voisin, c’est le truc qu’on a vu sortir tout à l’heure ?
Léa
Ah non, ça c’est… (un temps) c’est une autre histoire. Mon petit voisin, il a dix sept ans, il est trop jeune !
Clara
Bah oui ! Il est mineur, tu pourrais avoir des ennuis.
Léa
Pourquoi tu me dis ça ?
Liza (avec un soupir)
On se comprend !
Clara
Bon allez, faut y aller, on va être en retard. On prend le métro. J’ai regardé c’est direct.
Liza
Mais dans mon état, je peux pas prendre le métro, ça m’oppresse.
Clara
Tu me gonfles…oh, pardon !
Liza
T’es vraiment pas drôle ! On peut bien prendre un taxi !...ah mais j’ai pas d’argent sur moi…
Clara
Comme d’habitude ! Je vais payer. (Le ton monte) J’ai toujours payé pour toi, les sucettes, les cachous…les kleenex…
Liza
Oh, ça va…
Léa (ferme)
Bon ça suffit les filles, allez, à tout à l’heure.
Liza
A tout à l’heure maman.
Clara
Salut maman. Je te laisse la clé sur la porte.
Léa
Comme d’habitude, chérie.
Elles sortent.
Léa (seule)
Victor ? Victor ? Où tu es ? (la peluche est cachée)
Ah tu es là ; tu as vu, elles changent pas. Toujours chien et chat…Jumelles, mais pas du même œuf ! Mais comme je suis heureuse de les avoir à dîner ce soir. Et puis je vais être grand-mère, (a Victor) pour le bébé va falloir que je te fasse nettoyer ! Hein, ah, t’as raison, faut que j’appelle Simone. Oh ! Elle me fait la tête parce que je lui ai refusé un verre de calva ! ca fait au moins 1 jour ½ que je ne l’ai pas vue. Allez, ca suffit !
Léa appelle par la baie vitrée en faisant le cri de Tarzan. Simone répond par le même cri dans les graves.
Léa (à Victor)
Je vais pas lui dire que les filles sont arrivées, sinon elle va me saouler. De toutes façons, ça fait 40 ans qu’elle me saoule ! Je dois être maso !
Entrée de Simone faisant le cri de Tarzan.
Léa
Ben alors, qu’est ce que tu foutais Chita ??
Simone
Excuse moi, j’ai pas trouvé de liane…
(pincée) T’avais quelque chose à me dire ? T’as besoin que j’aille faire tes courses ? T’as du linge à ranger ? Tu veux que je sorte Victor ?
Léa
Oh la la, ce que tu es susceptible… Allez, détend toi ! tu veux un verre ?
Simone
Oui, un verre d’eau s’il te plait.
Léa
De l’eau ? on t’as offert un poisson rouge ? (réaction de Simone)
Bon, je vais t’en chercher de la fraiche (elle va à la cuisine chercher un verre d’eau. Pendant ce temps, Simone s’envoie une gorgée de Vodka à la bouteille.)
(revenant) Voilà. Allez, je t’accompagne. Je prends un petit whisky.
Simone (entre ses dents)
Whisky… whisky … ça vaut pas le calva !
Léa
Alors, ta soirée hier, raconte…
Simone
Mon rendez-vous d’internet « a nous deux cœur libre » ? Formidable ! c’était formidable ! D’abord pour se trouver, on s’était dit : « on se reconnaitra par une petite charcuterie ».
Léa
T’es venue avec une tête de veau.
Simone
Non, Mais j’avais une petite rosette de Lyon à la boutonnière.
Léa
Ça devait être chic ! et vous aviez rendez-vous où ça ?
Simone
Au musée des arts décoratifs. Je l’ai tout de suite reconnu.
Léa
Ah bon !
Simone
Il avait un petit boudin à la main.
Léa
Noir ou blanc ?
Simone
Ah ! je sais pas ! pour moi c’était « What else ? ».
J’aurais reçu le piano sur la tête, ça aurait été pareil.
Léa
Pour une rencontre… c’est une rencontre !
Simone
Oui !
Léa
Il est comment ?
Simone
Tu vois Sébastien Chabal ?
Léa
Oui.
Simone
Le même ! … mais plus petit … chauve et sans barbe !
Léa
Michel Blanc !
Simone
Voilà… Mais plus bedonnant !
Léa
Ah ! D’accord… Alors ?
Simone
Il m’a invitée dans un bar à pâtes.
Léa
A ?
Simone
A pâtes… A nouilles quoi !
Léa
Ok. Ensuite ?
Simone
Il m’a demandé si je voulais de la sauce tomate ou du gruyère rapé… Parce que c’était en supplément.
Léa
Ça partait bien dis donc !
Simone
On ne s’est pas parlé.
Léa
Oui, avec les pâtes, c’est pas commode.
Simone
Après, il m’a proposé d’aller boire un verre chez lui.
Léa
Bon … alors … T’as conclu ?
Simone
Ecoute, ça a été très dur ! Parce que tu me connais… le cul et moi, on est très copains…
Léa
Oui… c’est pas pour rien qu’on t’appellait Madame Stromboli !!
Alors le feu d’artifice ?
Simone
Et ben … et ben … Non ! Quand je l’ai vu, dans son petit slip panthère avec le ventre...