L’impression d’être posé

2 personnages · 2 décors

John pêche de nuit sur la plage Saint-Jean, à Tréboul, et une baigneuse l’interpelle. Ils bavardent de tout et de rien : du froid, de la lune, du cimetière au-dessus d’eux, des conifères. Jeanne se déguise pour un gala prévu sur une île voisine mais a perdu un accessoire, son épée. Elle est persuadée que c’est John qui l’a.

Lire le texte intégral

I.

John est assis sur un rocher. Il pêche.

Jeanne allongée, patauge au ras du sable.

 

JEANNE. – Bonsoir.

JOHN. – Bonsoir.

Silence.

JEANNE. – Vous avez vu le chat, là-bas ?

JOHN. – Où ça ?

JEANNE. – Là-haut. Regardez comme il est digne.

Silence.

JEANNE. – Bon, j’imagine que vous ne pouvez pas trop regarder, il faut se concentrer pour pêcher, non ?

JOHN. – Oui.

Un temps.

JEANNE. – Ouais.

La terre tremble.

JEANNE. – Oulala.

JOHN. – Ah ouais vous l’avez dit. Tremblement de terre.

JEANNE. – Ça arrive souvent, par chez vous ?

JOHN. – Je suis pas du coin.

JEANNE. – Non non mais même, vous connaissez un peu ?

JOHN. – Oui, ça arrive parfois. Mais on s’en remet.

JEANNE. (inspirant) – D’un coup j’ai froid, moi.

John arrête de pêcher.

Jeanne sort de l’eau, va jusqu’à sa serviette et se sèche.

John sort son portable.

JEANNE. – Le tuyau là-bas, il est relié aux égouts ?

JOHN. – Il me semble, oui. Enfin, je vois pas ce que ça peut être d’autre.

Jeanne a un petit rire gêné.

JOHN. – Pourquoi vous riez ?

JEANNE. – Oh, non, mais vous avez sûrement raison. Loin de moi l’idée de ne pas trop vous croire.

JOHN. – Pas trop ?

JEANNE. – Attendez, je reviens.

Elle attrape son sac et se cache derrière un rocher. John met une musique avec son portable et regarde la baie.

Jeanne revient. Elle porte un kimono noir et une perruque grise. Elle s’installe sur sa serviette. John finit par tourner la tête.

JOHN. – Oh my god !

JEANNE. – Quoi ?

JOHN. – Vous parlez anglais ?

JEANNE. – Non, non, juste quelques mots mais pas beaucoup plus. Ouais.

JOHN. – You’re kidding.

JEANNE. – Pardon ?

John se tait.

JEANNE. – Vous n’auriez pas vu traîner une épée quelque part ?

John se tait à nouveau.

JEANNE – Non parce qu’elle était sur la plage avant que j’aille me baigner donc bon, j’aimerais bien la retrouver. Etant donné qu’il n’y a que nous par ici, j’imagine que vous me l’avez volé, lorsque je suis allé me changer.

Silence.

JEANNE. – Vous n’allez tout de même pas envisager l’idée selon laquelle, euh, que ce soit ce chat qui me l’ait volé ?

Elle lève la tête.

JEANNE. – D’ailleurs, il n’est pas là. Ah !

John éteint sa musique et rassemble ses affaires.

JEANNE. – Ah non non non.

Elle s’approche du rocher, pieds nus.

JEANNE. – Aie, coquillages.

JOHN. – Vous faites quoi, là ?

JEANNE. – Je viens récupérer mon épée.

JOHN. – Mais je l’ai pas, moi, votre putain d’épée !

JEANNE. – C’est ce qu’on va voir, montrez-moi immédiatement le contenu de votre sac.

Il le fait. Il n’y a pas d’épée.

Silence.

JEANNE. – Ouais.

JOHN. – Ben ouais comme vous dîtes. Bon. Vous allez me laisser gentillement partir. Vous commencez à m’inquiéter.

Jeanne se tait. Elle retourne s’assoir sur sa serviette. Elle pleure.

JOHN. – Faut pas vous mettre dans un état pareil, madame.

Elle continue à pleurer. Timidement.
John sort une bière de son sac et la lui tend. Elle l’attrape très vite.

JEANNE. – Merci.

Elle sort un briquet de sous son kimono et décapsule la bouteille.

JEANNE. – Vous n’en buvez pas une ?

JOHN. – Bon, allez.

Il s’assoit à côté d’elle et sort une bière de son propre sac. Jeanne lui passe le briquet. John ouvre la bouteille et rend le briquet.

JEANNE. – Merci.

JOHN. – De rien.

Elle range le briquet sous son kimono.

JEANNE. – J’ai entendu dire qu’il y avait un grand gala déguisé sur l’île Tristan. J’ai décidé de venir avec les quelques déguisements présents dans l’armoire de la personne chez qui je loge en ce moment.

JOHN. – Et du coup vous avez trouvé ce… magnifique kimono et cette incroyable perruque grise.

JEANNE. – Tout à fait.

Silence.

JEANNE. – Mais il y avait aussi une épée.

Silence.

Jeanne soupire et s’allonge.

JOHN. – Qu’est-ce que vous faites ?

JEANNE. – Je bronze.

JOHN. – C’est ça.

JEANNE. – Ah oui, mince.

Elle se relève et regarde dans son panier. Elle sort une crème et s’en met sur le visage.

Il vous reste 90% de ce texte à découvrir.


Connectez-vous pour lire la fin de ce texte gratuitement.


John Homme • Adulte • 207 répliques
Pêche depuis son rocher. Gardien.
Jeanne Femme • Adulte • 237 répliques
Touriste. Baigneuse...?
La plage Saint-Jean Tréboul, dans le Finistère, au milieu de la nuit. Il y a sur la plage un escalier, une falaise et des rochers, un tuyau d’évacuation des égouts. La mer est haute.
La plage Saint-Jean La même plage. Les restes d'une embarcation.

Posté le 19 juin 2026 par Yann Jaouen

2 commentaires

Amal
Amal il y a 1 mois

Un texte qui se lit d'une traite avec l’impression finale et vaseuse de ne pas trop savoir de quoi il s’agit, mais est-ce important ?
J’adore ! L’absurdité légère et rigolote de la première partie va perdurer dans la deuxième tout en gagnant en profondeur, en venant questionner la mémoire, en flirtant avec le rêve, toujours absurde et pourtant si clair, concret et remuant pour celui·elle qui se raconte…

mathilde p
mathilde p il y a 1 mois

Merci pour cette lecture ! C'est un magnifique texte ! J'ai adoré ce dialogue, doux et mélancolique, mais aussi drôle et absurde. Il m'a ramené à des souvenirs étudiants, des imaginaires collectifs. J'espère que cette pièce sera un jour mise en scène !! Bravo :)

Ajouter à une liste
3 coups de cœur
FacebookTwitterEmail
error: Ce contenu est protégé !
Retour en haut