L’injuste sort d’un Juste
Fiction autour de l’affaire Wallenberg
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PREMIER ACTE
Le décor: un bureau, austère, quelque part à Stockholm.
VOIX OFF : Stockholm, Juin 1944, bureau de Raoul Wallenberg. Wallenberg est assis. A sa porte soudain on frappe. Il dit « Entrez ! ». Entre Iver Olsen.
- WALLENBERG : Ah ! Monsieur Olsen…Cher monsieur Iver Olsen…Veuillez prendre place s’il vous plait.
- OLSEN : (s’asseyant) Merci, cher monsieur Wallenberg…Raoul…J’étais pressé d’enfin vous rencontrer…Évidemment, vous savez pourquoi je suis ici !?...
- WALLENBERG : Bien entendu, bien entendu…C’est une mission humanitaire capitale…et qui semblerait urger…Maintenant…
- OLSEN : Oui…Oui…C’est l’avis des États Unis, qu’ici à Stockholm, en Suède, à travers le War Refugee Board, je représente…
- WALLENBERG : Le War Refugee Board, cette fameuse agence d’État Américaine, créé je crois en ce début d’année 1944 par votre président Franklin D. Roosevelt et dont le but est de venir en aide aux victimes des nazis et de leurs alliés de l’Axe…
- OLSEN : Précisément, c’est notre secrétaire d’État au Trésor Henry Morgenthau, qui aura eu l’idée de cette agence, ce bras armé, et donc destinée à faire achopper les insanes désirs d’atrocités des Hitlériens et de leurs pendants…
- WALLENBERG : La persécution Nazie, à l’endroit des juifs, notamment, représente à coup sûr un insoutenable drame… C’est certain, ça a assez duré…Heu…Cependant…Cependant, ne vous a-t-on pas, vous les américains, accusé d’avoir un peu trop atermoyé à ce sujet !? Dès l’entrée des nazis en Pologne, en septembre 1939, à grande échelle sur la population civile, ceux-là n’ont-ils pas commis des massacres ? Ça ne pouvait que mal augurer de l’avenir !...
-OLSEN : Hélas, vous avez raison…
- WALLENBERG : Les allemands n’ont jamais réussi à efficacement se cacher pour odieusement fauter…
- OLSEN : Les pires actes, à grande échelle surtout et ce pour reprendre votre expression, finissent toujours par se savoir, de toute façon…
- WALLENBERG : Ils ne sont pas normaux ces teutons adorateurs de la croix gammée…
- OLSEN : Pourquoi de leur part si meurtrière haine, en effet ?
- WALLENBERG : Tous ces arayens qui s’infatuent d’eux-mêmes, c’est pathétique. Mais tuer des gens que d’emblée on a déclaré vils, sur le plan biologique, là c’est certain, c’est une autre histoire. C’est du domaine de la folie…
- OLSEN : Que voulez-vous, à Adolf Hitler et à ses sbires, ça leur est monté à la tête la littérature qui prône l’inégalité raciale. Le mythe arayen est né de la pensée de certains illuminés.
- WALLENBERG : Pardi oui ! ...Et m’est avis que vous faites allusion notamment, au dénommé Gobineau, cet écrivain français du XIX siècle ?
- OLSEN : Tout à fait !
- WALLENBERG : Mais il y a l’autre aussi, là Diable, comment s’appelle-t-il, déjà ?
- OLSEN : Je présume que vous voulez parler du théoricien racialiste Chamberlain, Houston Stewart Chamberlain ?
-WALLENBERG : Absolument, et j’avais perdu son nom.
- OLSEN : Ça peut arriver...
- WALLENBERG : Un natif de Grande Bretagne…et qui a pris la tangente pour l’Allemagne…Bon, c’est sûr, ce n’est pas ce sur quoi on peut le juger. Ma foi, immigrer, ou disons migrer, n’est pas chose criminelle… Mais…
- OLSEN : (le coupant) D’autant qu’il a quité jeune son pays, la Grande Bretagne, si mes souvenirs sont bons, ce départ, alors n’ayant vraiment pas été de son fait…Petits, généralement, on va là où nos parents nous demandent d’aller.
- WALLENBERG : Tout à fait, les petits ne s’appartiennent que de peu… Mais bref, pour moi et c’est ce que je voulais dire, les effluves d’Allemagne ont du négativement influer sur la raison de ce Chamberlain.
- OLSEN : Ah ! Les effluves d’Allemagne…Et dont les responsables seraient donc les teutomanes…
- WALLENBERG : Rien de moins que ça, cher monsieur Olsen…L’Allemagne, pays plutôt rempli de lui-même, “territoire où tout ce qui en est issu est à l’acmé,” était parfaitement indiqué pour ainsi le conduire à ses consternantes conclusions, du reste voulues scientifiques…Pfeu ! on lui ferait dire n’importe quoi à la science !
- OLSEN : Tout à fait de votre avis…Peut être n’aurait-il pas du frayer avec le clan Wagner déjà, Richard Wagner demeurant un monstre sur le plan musical.
- WALLENBERG: En dépit de prendre les juifs pour de la rognure, en tant que compositeur, il était génial, c’est sûr…De toute manière, Chamberlain ne pouvait avoir du tropisme que pour ses pareils.
OLSEN : Et de par sa polémique, sa rhétorique, Chamberlain aura donc alimenté l’état d’esprit germanique.
- WALLENBERG : Soit la fameuse Völkisch et le pangermanisme allant avec. Rien que du délire. Du fumeux…
- OLSEN : Mais malheureusement aux conséquences dramatiques. Ce paganiste d’Hitler de par ses lectures, lui qui originellement n’était pas antisémite, c’est ce que je crois à tout le moins…
- WALLENBERG : (coupant) Je l’ai entendu dire, effectivement…
- OLSEN : Hitler se sera laissé convaincre que dans les artères et veines arayennes coulait du sang pur, cristallin, tandis que dans celles de juifs ne circulait que liquide pollué, polluant quelque chose en somme comme du brais…Heu, …du brais fluidifié…
- WALLENBERG : Et fort de la conviction, sur le sol teuton, et celui aussi conquis, que le juif ne peut que déparer, Hitler aura alors décidé sa déportation et au final son extermination… Chamberlain, aujourd’hui, vivrait il toujours ?
- OLSEN : Non. Bien sûr que non. Ça lui ferait tout de même quasi 90 ans… Il me semble…
- WALLENBERG : Ne soyez donc pas pessimiste monsieur Olsen, qui a une vie saine et jouit d’une excellente complexion peut atteindre un très bel âge.
- OLSEN : À condimon toutefois de ne pas être un juif en zone de chasse à l’homme !...
- WALLENBERG : Forcément, il ne faut pas avoir été ghettoïsés par les germains. La guerre est un évènement qui use le corps. Je présume que tous les malheureux emmurés dans les ghettos par les nazis sont maintenant morts, y compris les plus physiquement forts. Moi je faisais allusion à un individu qui mène une bonne vie, par exemple en Amérique du Nord, loin, très loin des bruits de bottes et du canon qui tonne…
- OLSEN : En Amérique du Nord, USA et Canada alors… Mais également en Suède, ici, pays neutre…Et au beau milieu de l’aire d’enfer. En somme à l’instar de la Suisse.
- WALLENBERG : Il est exact que la Suède est un pays qui favorise l’épanouissement.
- OLSEN : A Stockholm on y est mieux qu’à Varsovie ou Lodz… Bref, Chamberlain n’est plus. Et pour votre gouverne, sachez qu’Hitler l’accompagna jusqu’à son ultime demeure. A cette époque, Hitler n’était pas encore chancelier…
- WALLENBERG : Ah ! Combien de temps avant 1933, ça ?
- OLSEN : Je n’ai pas la date en mémoire. On va dire en gros cinq ans…
- WALLENBERG : Hitler a donc été à son enterrement, à cet…écrivaillon de Chamberlain. Se rendre à l’office puis au cimemère pour le premier venu, je présume que cela n’a jamais été le genre d’Hitler…
- OLSEN : En tous cas aujourd’hui, il ne suivrait certainement pas le corbillard d’un individu avec lequel il n’aurait jamais eu d’atomes crochus !...
- WALLENBERG : C’est ce que j’entendais… Bref, pour Hitler, l’écrivain… l’écrivaillon Chamberlain était nécessairement quelqu’un d’épatant… Pfeu !
- OLSEN : Cependant, Chamberlain, puis aussi Gobineau, n’ont pas été les seuls à mettre leur prose au service du racialisme… Bien sûr…
- WALLENBERG : Oui, il y a eu Wagner, grand judéo phobe, le compositeur, on l’a cité, et énormément apprécié par Hitler.
- OLSEN : Oui, Wagner. Richard… Je n’ai pas d’autres noms qui me viennent à l’esprit. Mais la judéité qui ne peut être soluble dans la germanité, ça, c’est une assertion que maints autres penseurs ont aussi défendu, en effet…
- WALLENBERG : Et les laudateurs du Völkisch n’ont pas baissé pavillon, d’ailleurs.
- OLSEN : Bien loin s’en faut. Via le papier et le micro, l’éloquence antisémite alliée à celle qui encense la nature germanique, ça, ça conmnue de plus belle. Là je songe aux officiels.
- WALLENBERG : Goebbels est volubile, il place encore une partie du peuple sous hypnose…
- OLSEN : Tout à fait… Puis il y a l’idéologue Rosenberg…
- WALLENBERG : Bien oui, on peut oublier des noms, mais on ne peut pas ne pas se rappeler de ceux de ces deux...