Mr Granimou est attendu porte 1
La pièce se déroule dans la salle d’attente et les divers cabinets de consultation d’un centre médical moderne. Le quotidien des patients et des professionnels de santé est rythmé par une Voix Off IA omniprésente, froide et parfois intrusive, qui gère les flux de rendez-vous avec une autorité bureaucratique absurde. Le récit suit une galerie de personnages hauts en couleur qui se croisent dans cet espace clos
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Texte déposé : SACD n° 000911587
Acte 1 – Scène 1 : Salle d’attente 1a
Ambiance salle d’attente d’un cabinet médical. Identifiée par le fond de scène, séparé des salles de consultation par un scotch de chantier bien visible collé sur la scène. L’empreinte de pas de porte laisse imaginer une multitude de salles de consultation.
Au centre, une entrée permettant les arrivées à cour ou à jardin.
Pour le moment, il n’y a personne. L’apparition d’une légère musique d’ambiance annonce l’ouverture du cabinet.
La Vieille et Le Rustre arrivent en même temps. Le Rustre essaye de se faufiler et passer devant, mais la Vieille l’en empêche avec son déambulateur. Elle marche excessivement lentement.
LE RUSTRE (Par dépit)
Je vous en prie, Madame.
LA VIEILLE (Lui lançant un regard méchant, ne répondant pas, pour elle-même)
C’est pas trop tôt ! Deux minutes de retard. Comme si les gens n’avaient que ça à faire, d’attendre.
LE RUSTRE (Constatant la lenteur de La Vieille, regardant sa montre)
Ah, oui, quand même ! Pardon. Excusez-moi. J’ai rendez-vous tout de suite là…
LA VIEILLE (Stoppant, se retournant à peine, pour elle-même)
De mon temps, on était à l’heure, à l’école. Et si on avait une seule minute de retard, c’était demi-tour direct, à la maison, (Sadique) et la ceinture de papa qui pointait son nez.
LE RUSTRE (Insistant)
Pardon Madame, pourriez-vous me laisser passer. J’ai rendez-vous, là… Et j’ai pas envie de gouter à la ceinture de papa.
LA VIEILLE (Ne répondant pas, pour elle-même)
Ah, elle est belle la nouvelle France ! Je te foutrais tout ça dehors, moi. À commencer par tous ces médecins étrangers qui viennent piquer le boulot de mon petit fils.
LE RUSTRE (Qui a enfin pu se dégager et s’asseoir, parlant un peu fort)
Ça, c’est parce qu’on n’en a pas assez ici. Bonjour Madame. Votre petit fils est médecin ?
LA VIEILLE (Toujours en train de se déplacer avec son déambulateur)
Bonjour, Monsieur. Il est encore en études. En maternelle. Mais il sera médecin, c’est sûr : Il écrit comme un cochon, on comprend rien à ce qu’il dit et il se la pète avec sa jaguar… téléguidée.
On se connait, Monsieur ? Non ? Alors laissez mon petit-fils tranquille, pédophile ! Et puis, vous êtes bien mal renseigné, parce que c’est mon arrière-petit-fils. Un bon français de souche, Monsieur. Pas comme son abruti de père italien qui a engrossé ma petite-fille, dont la mère, brésilienne, a vite fait de séduire mon fils. Ah, si mes parents pouvaient m’entendre dans leur tombe, en Russie…
Elle s’assoit enfin
LE RUSTRE
À quelle heure avez-vous rendez-vous ?
La Vieille ne l’entend pas. Le Rustre répète plus fort
À quelle heure avez-vous rendez-vous ?
LA VIEILLE (Elle semble avoir capté la voix, mais fait répéter)
Qu’est-ce que vous dites ?
LE RUSTRE (Haussant le ton)
À quelle heure, votre rendez-vous !?
LA VIEILLE (Elle règle son sonotone, puis fait répéter)
Vous disiez ?
LE RUSTRE (En criant et en décomposant les syllabes)
À quelle heure, votre rendez-vous ?
LA VIEILLE (Hurlant)
Mais ça va pas de crier comme ça ! Gérontophobe !
Le Rustre s’excuse en râlant un peu.
Acte 1 – Scène 2 : Salle d’attente 1b
La Dame au panier entre énergiquement. Elle semble perdue, elle porte un gros panier rempli de ses courses au marché.
LA DAME AU PANIER (Hyperactive, parlant à son panier)
J’ai bien cru que je m’en sortirais pas de ce marché. (Elle regarde sa montre) Bon, c’est bon, je suis dans les temps. Est-ce que c’est bien là au moins ? (Elle fait le tour de toutes les portes d’entrée virtuelles des différentes salles de consultation) Mr Truc… Mr Machin… Ah, c’est bon, il est là. Enfin, j’espère.
Elle met son oreille contre la porte pour écouter s’il y a quelqu’un.
Pas un bruit. Il est pas arrivé… Mais ça va. Allez, on se pose.
Elle se retourne vers Le Rustre et La Vieille, semble hésiter où s’asseoir. Le Rustre lui propose la 2ème chaise, à côté de lui.
(D’une voix douce) Bonjour, Monsieur. (Plus sèche, désignant la 3ème chaise) Non ! Je vais m’asseoir là.
Elle s’approche de La Vieille, assoupie. Forçant la voix, comme pour s’adresser à une personne sourde
Bonjour, Madame ! (La Vieille sursaute. Désignant la 3ème chaise) Je vais m’asseoir là !
Finalement, elle s’assoit sur la 2ème chaise à côté du Rustre
Ce sera parfait. (Mettant le panier sur la 3ème chaise entre elle et La Vieille, s’adressant au panier). Et toi, tu restes ici gentiment, à côté de maman.
Elle fouille dans son panier tout en commentant ses courses, pour elle-même
Les poireaux, les carottes… Qu’est-ce que c’est cher quand même. Et les artichauts ? Où qu’ils sont les artichauts ? C’est « Monsieur » qui va pas être content, ce soir, s’il a pas son artichaud. Eh, ben, il prendra ce qu’il y aura, le Bernard. Oh, je suis pas sa mère ! Enfin... je crois... (Murmurant comme une prière à Sainte Rita) Oh, que c’est compliqué la vie, ma bonne dame… C’est sûr qu’il pouvait pas savoir, le pauvre Bernard… Il y a des moments où il faut choisir. Notre père qui êtes au cieux… Mon Dieu, et tout ce sang…
Elle refouille dans son panier
Monsieur Propre !... Est-ce que j’ai pris le Monsieur Propre. Ah, oui, il est là. (Elle sort le flacon de Mr Propre) Il est beau Mr Propre. Comme l’autre, là, René, mon fils… enfin je crois… Ah, tiens, voilà les artichauts ! Pauvre René. Il est plus bien beau et plus bien propre depuis que Bernard lui a fait son compte. Ah, ben, te voilà, Bernard… C’était pas la peine de t’énerver comme ça… Tu veux bien me donner ce couteau maintenant…
Elle sort un gros couteau taché de sang. Long Silence. Elle observe La Vieille et Le Rustre, remet le couteau dans le panier, puis, se lance
Voilà, voilà… Il y a longtemps que vous attendez ? Vous avez vu quelqu’un rentrer dans la salle n° 5 ? Vous allez pas là, vous ? C’est bien. De toute façon, je suis la première sur la liste, alors…
Les autres ne la calculant pas trop, elle multiplie les tentatives d’engager la conversation
Sinon, ça va, vous ? Ah, ben non, forcément… Si vous êtes là…
Un temps
Pardon ? (Un temps) Je croyais que vous m’aviez parlé… J’ai toujours peur de ne pas entendre quand on me parle… En plus avec le casque sur les oreilles… Que de la musique classique. Mozart… Chopin… Clayderman… Picasso… Ah, ce casque… si je ne l’avais pas… (S’adressant à son panier) On s’ennuierait, hein, mon bébé… De toute façon, c’est pas la question, je l’ai oublié à la maison… (Faisant un signe de croix) Oh, mon Dieu, pauvre Bernard…
Acte 1 – Scène 3 : Salle d’attente 1c
On entend une voix dans les haut-parleurs, impersonnelle, agréable.
LA VOIX OFF IA
Monsieur Granimou est attendu porte 1.
Un temps
Monsieur Granimou est attendu porte 1
LA DAME AU PANIER (Se tournant vers la Vieille, en lui hurlant à l’oreille)
Monsieur Granimou !!!
La Vieille sursaute
LA VIEILLE
Monsieur Granimou, Monsieur Granimou ! Moi c’est Madame Rudishtol, espèce de folle !
Elle donne un coup sur son panier
LA DAME AU PANIER (Choquée)
Sauvage ! C’était juste pour que vous loupiez pas votre tour !
À son panier
Ça va mon bébé ? (Fouillant dans le panier) Oh, tes œufs, où ils sont tes œufs ?... Bernard il aime bien tes œufs…
Elle continue en marmonnant
LA VOIX OFF IA
Monsieur Granimou, porte 1.
LE RUSTRE (Se précipitant porte n°...