Oedipe Reine
Un jeune est chassé de chez lui en raison de son homosexualité et de son goût pour la danse. Il est recueilli par le Sphinx, gérant d’un cabaret où il découvre la liberté d’explorer son corps et son art. Mais les attentes du Sphinx et du monde de la nuit pourraient bien dépasser ses limites. Le mythe d’Oedipe se reproduit même à l’aune de la modernité.
[Avertissements : violence physique, homophobie, agression sexuelle, transphobie]
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Acte I – Scène I
Jocaste, Laïos
Un appartement peu luxueux, réduit au strict minimum. Le berceau est dans le salon.
Une valise est jetée sur scène, puis des vêtements.
JOCASTE : (hors-scène, répète) Arrête !
LAÏOS : (hors-scène) Sors d’ici ! Je ne veux plus te voir ! Prends tes affaires et sors d’ici !
JOCASTE : (hors-scène) Et mon fils !
LAÏOS : (hors-scène) Hors de question ! Tu vas disparaître de sa vie et vite !
JOCASTE : (entrant) C’est Mon fils !
LAÏOS : (l’empêchant d’atteindre le berceau) Toi, tu dégages, lui il reste ici ! Je ne paierai plus pour ton toit et tes fringues mais je m’occuperai bien de lui, contrairement à toi.
JOCASTE : (tombée à genoux) Ne me fais pas ça ! Laisse-moi mon fils ! Mon petit.
LAÏOS : Il fallait y penser avant ! Sors d’ici et retrouve-toi une vie décente ! Quand tu sauras te contenter d’eau et d’une seule bite, on verra si tu mérites de t’occuper d’un enfant !
JOCASTE : Laisse-moi… lui dire au revoir. S’il-te-plaît.
Après quelques secondes, Laïos s’éloigne et lui tourne le dos sèchement pour toute réponse. Jocaste s’approche du berceau, tremblante.
Bébé, mon tout petit, c’est maman. Maman n’est pas très fière d’elle et espère que tu ne garderas pas cette image d’elle. Maman t’aime. (elle le prend dans ses bras) Papa… ne pense pas ce qu’il dit, mais il, t’aime aussi. Tu verras, tout ira bien. (elle recule lentement vers la porte) Laïos, je ne peux pas. Il faut que je le prenne avec moi.
LAÏOS : Jocaste !
Laïos s’approche vivement pour le récupérer et faire obstacle. Jocaste se replie et le protège de son corps.
JOCASTE : Je l’ai porté, nourri, il a besoin de moi.
LAÏOS : Il est tout autant de ma chair. Il a mes traits, mon sexe, je ne le laisserai jamais devenir comme toi !
Il brutalise sa femme et reprend son bébé. Il s’approche de la fenêtre.
Je préfère qu’il meurt ! Si tu continues à vouloir le garder, je préfère qu’il meurt que de le savoir élevé par toi !
Il suspend son fils par les pieds au-dessus du vide.
JOCASTE : (horrifiée) Non ! (elle accourt pour s’interposer et s’interrompt à mi-chemin) D’accord ! D’accord. Tu ne veux plus que je l’approche. Je le laisserai vivre avec toi. Je ne demanderai rien. (elle recule tout en ramassant ses affaires au hasard) Aime-le pour moi puisque tu penses en être capable. Occupe-toi bien de lui.
LAÏOS : Tu en douterais ?
JOCASTE : (sincère) Oui.
Elle ferme sa valise et se dirige vers la porte. Elle se retourne pour parler, hésitante.
(directe et sans émotions) Il te tuera. J’espère qu’il te tuera et me rejoindra.
Acte I – Scène II
Laïos, Œdipe
15 ans plus tard. Le berceau a disparu du salon, remplacé par un matelas.
Œdipe fait des étirements au milieu de la pièce. Laïos entre.
ŒDIPE : (sursaute et se relève vivement) Papa ! Tu rentres déjà ?
LAÏOS : Figure-toi que j’ai croisé Denys et, d’après lui, on ne t’a pas vu à la boxe depuis 3 semaines. Est-ce que tu peux m’expliquer ? Profite de ce que je te paie ! Je me ruine pour faire de toi quelqu’un de bien. Qu’as-tu trouvé de mieux à faire ?
ŒDIPE : C’est parce que...
LAÏOS : Tu fais quoi de ce temps ?
ŒDIPE : De la danse.
LAÏOS : Pardon ?
ŒDIPE : Je fais du break dance. (il esquisse quelques pas maladroits) Une danse de bonhomme !
Laïos remarque des demi-pointes dans un coin de la pièce et les ramasse.
LAÏOS : Avec ça ? Ne me mens pas !
ŒDIPE : (baisse la tête) D’accord, c’est du modern’jazz.
Laïos jette les chaussons et empoigne son fils.
LAÏOS :...