Pluie de cadavres en mer d’Iroise
Soizig tient un gîte en Bretagne. Fañch, son compagnon, est policier. Ils accueillent une troupe de théâtre venue finaliser la création prochaine d’une nouvelle pièce.
L’auteur s’invite à la fête et disparaît mystérieusement. Pire, on retrouve son corps criblé de balles dans le jardin et plus bizarre encore le corps disparaît! Aidé de Soizig, Fañch mêne l’enquête. Les comédiens ne sont pas très loquaces et les soupçons se portent vite sur l’auteur qui est un personnage fort désagréable.
L’enquête piétine, les cadavres s’empilent, les langues se délient peu à peu mais l’hécatombe continue. Dans un sursaut héroîque les survivants partiront à l’assaut pour sauver leur vie. A moins que…
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ACTE 1
Raphaël : L’étau se resserre…
Valentin : J’ai les articulations fragiles, les os friables, montrez-vous humains !
Annabella : Te voilà coincé dans la souricière.
Vanessa : Dans la souricière, aucune issue, acculé comme un rat.
Valentin : A choisir je préfère les souris aux rats.
Pénélope : La carte n’est plus disponible, t’as juste droit au menu du jour !
Annabella : On n’est pas là pour rire !
Pénélope : On nous classe pas vraiment dans la rubrique « comiques » !
Valentin : J’avais cru remarquer, néanmoins….
Raphaël : Les indices sont accablants !
Annabella : Les preuves éminemment évidentes !
Pénélope : Tu coches toutes les cases !
Valentin : J’ai droit à un avocat, un as du barreau !
Raphaël : C’est les barreaux d’une prison qui t’attendent !
Annabella : Tes empreintes sur l’arme du crime…
Vanessa : Tu vas plonger pour 20 ans.
Raphaël : Et encore, 20 ans c’est cadeau ! (entrée de l’inspecteur)
Mathurin : Bon alors elle en est où cette racaille ?
Pénélope : Le rôti mijote à petit feu !
Vanessa : On l’asticote chef !
Mathurin : Des aveux ?
Annabella : Il s’entête à nier l’évidence.
Mathurin : Naturellement qu’il nie, tous les mêmes, le monde est truffé d’innocents, quelle indignité, c’est d’un lassant. Vous l’avez un peu brassé, à l’ancienne ?
Pénélope : On monte en régime, on garde le meilleur pour la fin !
Valentin : (aparté) Ces gens sont d’une lourdeur assommante !
Mathurin : Depuis que les bottins ont été webisés on n’a plus l’efficacité d’antan, la délicatesse du geste, le lift dans le revers. Tout fout l’camp !
Raphaël : Les annuaires c’était la belle époque, la french touch, on pouvait taper fort mais juste, moduler l’impact, réduire les dommages collatéraux…
Mathurin : Taquiner les points sensibles.
Raphaël : Pas de trace, tout s’efface. Ni vu ni connu. C’était raffiné !
Mathurin : Le protocole commotion était pas au programme !
Pénélope : Le numérique comme ils disent maintenant…
Vanessa : En plus cogner un suspect avec un ordi ça peut entrainer des frais.
Raphaël : Des casses de matériel ! Des bris de machine !
Mathurin : Allez du nerf, on s’éternise, on s’enlise, trop de palabres…
Annabella : Chef, vous avez toujours le mot juste.
Mathurin : Je résume. On vous a trouvé dans l’appartement de la victime, un couteau dans la main, couteau susnommé dégoulinant de sang, vos empreintes dessus bien naturellement. Un quidam…
Pénélope : Une dame !
(voix off au loin) Une demoiselle !
Mathurin : Ce point de détail sera éclairci ultérieurement. Une donzelle donc nous appelle au poste, elle a l’oreille fine, a entendu comme un bruit, suivi de cris, une lutte acharnée…
Raphaël : Et nous rapides comme l’éclair, le gyrophare en fusion collé sur la Citroën non homologuée urgence absolue, on déboule, on se déploie, on ratisse le périmètre !
Annabella : Vifs comme l’éclair !
Raphaël : Foudroyant comme la foudre !
Mathurin : Explosifs comme la poudre !
Pénélope : Et on tombe sur le pal’tot d’un délinquant, futur récidiviste en puissance !
Vanessa : Dans le salon, un coffre-fort ouvert ; dans sa poche, une liasse de billets qui dépasse !
Valentin : J’habite au-dessus, j’allais au supermarché acheter des poireaux, je passais à proximité, j’ai vu cet appartement avec sa porte ouverte, j’entends un ronronnement, j’entre, un cadavre encore chaud agonise dans le salon…
Mathurin : C’était un cadavre ou un agonisant ?
Valentin : Il agonisait cadavériquement, puis soudain il a gloussé un sinistre bruit de lavabo bouché, un glougloutement désespéré, un manque d’air virulent, il voulait me parler- qui sait me confier un secret- peut-être le nom de son agresseur, il m’a fredonné à l’oreille l’Amérique de Joe Dassin, un message subliminal sans doute, un code, la clé de l’énigme, puis dans un ultime soupir il a rendu l’âme bêtement en couinant tristement.
Annabella : Une issue pathétique.
Vanessa : On est peu de choses au final !
Valentin : Alors le couteau chut de sa béante plaie…
Tous : Et alors ?
Valentin : Je le ramassus ! Si j’avais su !
Tous : Mais encore ?
Valentin : J’avais du sang plein partout sur moi, de l’hémoglobine poisseuse, c’est dégueu ce truc, ma chemise toute propre en plus !
Tous : Et les billets ? Oui les billets ?
Valentin : Une liasse était sur le sol, je la ramassus dans l’intention de vous la restituer ultérieurement, pile poil vous êtes arrivés et vous m’êtes tombé dessus. Je ne suis qu’un témoin !
Raphaël : T’es moins que rien ! Tu maîtrises même pas le passé simple, quel naze !
Mathurin : C’est nous ton futur immédiat…
Valentin : Je suis innocent !
Mathurin : Vous n’allez pas vous en sortir aussi facilement.
Valentin : (il crie) Je suis innocent ! (entrée fracassante de Fañch très surpris)
Fañch : (en tenue de foot) Mais qui doit prouver son innocence ici, dans cette maison ? Que se passe- t-il ?
Mortimer : (il était assis dans le public, il se lève, en colère il se dirige vers la scène) Il se passe que… Qui ose que, m’interrompre que, en pleine cogitation hyperboliquement artistique, qui a la cuistre outrecuidance d’interrompre ce pur moment de théâtre transcendentalement novateur ?
Fañch : Cet homme a crié et vous aussi vous criez !
Mortimer : Fat ignorant, vous venez de briser mon élan créatif ! Que venez-vous faire ici au milieu de ma mise en scène à moi, dans cette tenue grotesque en plus ?
Fañch : Fañch Gourvès, habitant des lieux, portant haut et fier les couleurs immortelles du Daoulas Football Club….
Valentin : Alors ce soir, le jour de gloire, et tralala…
Fañch : On s’est pris 5-O !
Valentin : Une déculottée mémorable !
Fañch : J’assume une part de cet échec cuisant, je joue dans les buts. Mais assez de commentaires superflus sur mes prestations sportives. Fañch Gourvès : j’habite avec ma compagne Soizig Herrou dans cette maison !
Mortimer : (plus conciliant) Vous êtes donc le bon ami de Soizig, notre hôte ? Dans ce cas…
Fañch : En effet, je suis.
Mortimer : Votre intrusion est perturbante mais néanmoins légitime…
Fañch : Elle m’a parlé ce matin de l’arrivée d’un groupe.
Mortimer : D’une troupe en fait…
Fañch : Une troupe, un rapport avec l’armée ?
Mathurin : Nullement, une troupe de théâtre, ma troupe de théâtre à moi !
Annabella : Nous allons envahir votre gîte pendant une semaine.
Vanessa : Nous travaillons sur une nouvelle pièce.
Pénélope : Moi c’est Pénélope !
Mathurin : Que nous jouons pour la première fois à Brest la semaine prochaine !
Annabella : C’est chaud bouillant !
Fañch : Si je ne m’abuse je pense donc qu’il s’agit d’une pièce policière ?
Vanessa : C’est exact, on est overbooké, en plus la pièce est loin d’être un chef-d’œuvre. Faut se dépasser pour gommer les lacunes du texte…
Annabella : En plus il nous faut composer avec Môssieuu l’auteur, PHW ! Peter, Hubert, Walter Lacroûte, PHW pour les intimes.
Pénélope : Moi c’est Pénélope !
Vanessa : Un prétentieux qui a les idées creuses…et les mains baladeuses.
Pénélope : Un mufle pédant !
Fañch : Mais pourquoi n’écrivez-vous pas vous-mêmes vos fichues pièces ?
Mortimer : Une création collective, vous plaisantez ?
Fañch : Pas une seconde.
Mortimer : Alors là c’est la chienlit assurée, les comédiens ne sont pas forcément des auteurs-nés. Le résultat final est souvent mitigé et le texte passe rarement à la postérité. Ceux qui vivent l’expérience de l’intérieur apprécient mais pour le public c’est galère, libertaire mais galère. Le texte, le texte, le texte !
Annabella : Et le plus souvent on finit à poil sur scène !
Vanessa : Non merci je passe mon tour !
Pénélope : Moi je suis partante, petite j’allais en camp naturiste avec mes parents. C’était si sexy !
Vanessa : Là c’est différent, dans un camp naturiste tout le monde est à poil, mais sur scène si y a que toi qui est à poil alors que tous les autres te matent, toi à poil, eux en tenue correcte exigée, alors là, alors là, c’est d’un vulgaire…
Fañch : On ne peut tout avoir, le beurre et l’argent du beurre ! (entrée de Soizig)
Vanessa : Et les fesses à l’air !
Soizig : Quand on parle de beurre…. Aujourd’hui j’ai dévalisé le crêmier. Demain je vais pouvoir vous préparer ma spécialité, mon kouing amann, 100% pur beurre, et puis, et puis j’ai racheté de la farine pour les crêpes et quelques maquereaux que j’ai négocié à Gurvan Troadec, tout frais péchés. Ici le poisson sort du bateau, on n’est pas fans du surimi ou du poisson pané. Le poisson carré parle pas breton et on ne tremble pas devant une arête !
Annabella : Ma balance va virer dans le rouge, mon IMC est hors contrôle !
Soizig : J’oubliais, je vais préparer du caramel salé, avec les crêpes c’est sublime ! Fañch adore cela… Il en met partout, même sur ses steaks !
Annabella : Ma glycémie est déjà top niveau !
Fañch : Tu connais toutes mes faiblesses, ma douce Soizig…
Pénélope : Avec un tel régime je programme une liposuccion à la rentrée.
Vanessa : Et à part le foot vous faites quoi ?
Fañch : Je vaque…
Soizig : Et moi je le répare, je le barbouille à l’éosine et je le masse en professionnelle !
Fañch : Les vieux singes ont parfois les articulations douloureuses…
Pénélope : (aguicheuse) Moi aussi j’adore masser ! Le haut, le bas et le milieu !
Soizig : Mais Fañch ne vous a pas tout dit.
Fañch : J’ai un naturel réservé. Sachez que je travaille dans la police !
Pénélope : Un policier, un vrai ?
Fañch : Je mène en effet quelques enquêtes…
Annabella : Des crimes sanglants ?
Fañch : Pas que mais ça peut ! Le travail est parfois plus routinier, chats écrasés, querelles de voisinage, on s’adapte à la situation. (à Valentin) Si je comprends bien vous êtes le coupable ?
Valentin : En effet oui, mais peu à peu, malgré les apparences trompeuses je vais réussir à m’en sortir… Le texte est truffé d’invraisemblances !
Vanessa : (à Fañch) Vous pourriez peut-être nous aider ?
Fañch : Je peux en effet donner quelques conseils.
Mathurin : Je crains que l’auteur n’apprécie pas vraiment votre aide. Il est si orgueilleux, si sûr de son génie… Et puis sa pièce est bouclée, c’est devenu un parchemin sacré. Hors de question de toucher un mot, une ligne, une virgule, une respiration… Ce n’est plus une pièce, c’est les saintes écritures !
Fañch : Alors choisissez un autre texte !
Mathurin : Facile à dire mais impossible à faire. Comment mémoriser un manuscrit en seulement une semaine ? Mission désespérée, on court à la catastrophe. Je jette l’éponge.
Fañch : Différez vos représentations…
Mathurin : Totalement impensable, le théâtre brestois nous a réservé cinq dates, pas moyen de décaler.
Mortimer : On est obligés d’aller au bout. Aucune autre issue n’est possible, sinon de faire une mise en scène de feu pour combler les manques… Allez, assez travaillé pour cette séance, je propose à tous d’aller au lit. L’élan est brisé. On reprend demain matin après le petit-déjeuner. A 9 heures pétantes on démarre. Et on ne fait pas le mur pour se saouler au bistrot du port ! Allez ouste du balai…. (ils sortent tous sauf Soizig et Fañch)
Fañch : Amusant de voir les coulisses de la création d’une pièce policière…. Et toi ma douce Soizig, raconte-moi ta journée ?
Soizig : Un peu crevée, c’est la première fois que je reçois un groupe aussi important, je ne peux pas me planter.
Fañch : Tu t’en sortiras très bien comme toujours…
Soizig : C’est leur première nuit ici, j’espère que tout va leur convenir, ces artistes sont exigeants…
Fañch : Mais toi aussi tu es exigeante. Bon, moi j’ai besoin d’une bonne douche, je file et je te retrouve dans la chambre.
Soizig : N’inonde pas la salle de bain comme d’habitude (Ils sortent) !
Fañch : Non c’est toi que je vais inonder de baisers (il sort, on entend de l’eau couler, bruits de WC, Fañch chantonne sous la douche puis réapparaît dans une semi obscurité avec un pyjama bariolé) J’ai cru entendre un bruit de ce côté (il balaie sa torche vers le public, se gratte les fesses) Comme si on...