ACTE I
LUI, ELLE.
ELLE est assise de profil, devant une glace type coiffeuse. Elle observe une enveloppe fermée, timbrée avec une adresse. Ton désinvolte, fantaisiste, brut, amusé. LUI est debout face au public, la main en avant.Ton solennel, passionné, lent. Effet d’ascension.
LUI, inspiré.
En vacillant, je vous ai vue. Votre voix ; ma véhémence Je vous vois, et j’avance. Je vous veux, et j’y pense... J’attends et j’espère, plus qu’hier et qu’avant, mieux qu’un vœu, qu’un aveu, vous revoir, simplement.
ELLE, affairée, distraite.
J’ai bien reçu votre courrier. Très joli timbre mais je n’ai pas eu le temps de lire la lettre. Ça m’a fait plaisir. J’étais dans le métro, alors avec l’accordéon je n’entendais rien. Tous ces traits gris qui courent dans le métro, ça réveille mes instincts de gallinacée.Quelle idée absurde de se réveiller au son du réveil cinq jours par semaine ! (Un temps.) J’ai regardé pour le cinéma, il y a une séance demain matin à dix-sept heures. (Pensive.) Le bruit des pas sur le quai mouillé faisait le même bruit que les bulles d’eau dans la casserole. (Un temps.) Je crois qu’il faut dessiner des motifs autour de la réalité pour la rendre recevable. Je vous passe les détails parce que je ne les connais pas.
LUI, décontenancé.Vous...
ELLE
Plus l’homme s’immortalise, plus la planète meurt, non ? Ça m’a fait un pincement. (Attrape fermement une passoire, regarde à travers avec inspiration.) Je me sens… invincible.
LUI, toujours sur un ton inspiré,la main tendue en avant.
Parfum venu d’ailleurs Entre vos yeux les miens Sur vos lèvres court un lien,(Rythme semblable à des convulsions.) Aimant,vers les miennes,baiser volé, entrailles bouleversées, Voyages lointains ! (Une pause. Avec plus de douceur.) Il est doux le rêve de nos corps emmêlés, Il est violent le songe Pour mon âme, éponge Il est fort l’inconscient, Il est dur le ciment Qui de nos âmes ébranlées tisse des tresses enlacées
ELLE
J’ai changé le répondeur hier (Parle dans un mégaphone ou enclenche un dictaphone) :« Merci de me laisser un message pas trop long ou mieux, de vous abstenir. » Pas que ça à faire. (Prend une voix exagérément plaintive en grimaçant.) « J’arrive de Montparnasse » elle dit, « Je traine des pieds dans la rue de Rennes. Il fait nuit. Je me sens mélancolique… » Mais tu te sens tout le temps mélancolique, j’ai eu envie de lui dire. Qu’est-ce que tu veux répondre à ça ? (Pause.) J’ai mal dormi. Des cauchemars. Pourquoi est-ce que je m’acharne à rêver de mon grand-père depuis qu’il est décédé. Ça doit me perturber plus que je ne le croyais. Il y avait une histoire avec un chien aussi (Aboiements. Elle tend l’oreille d’un air un peu étonné et continue.) Un rêve agréable interrompu par la sonnerie du téléphone (Sonnerie de téléphone. Un peu plus étonnée puis continue.) J’ai allumé la télé, les infos :« Bla, Bla, Bla », à la mode de chez nous. Alors j’ai éteint la télé. (Pause.)
LUI
Lentement je découvre les univers qui vous habitent et me délecte de vos couleurs, vos parfums et vos teintes, quel tableau surprenant, quelle harmonie, quelles sensations inattendues bercent chacune des secondes et redorent les heures. Tout en vous me fait tressaillir, viscéralement, jusqu’aux parties les plus insondables. Le muscle tremble et sursaute bêtement.
ELLE
Ah ! L’autre pour faire son déménagement elle a sorti les talons de SIX centimètres (Mime six centimètres avec ses doigts.) On n’a...