Le perron
Julie (la femme de ménage), Valérie, Christophe (le fils de Jean), Sophie (la sœur de Valérie), Jean (le mari de Valérie), Salomé (la fiancée de Christophe), Ondine (la fiancée de Sophie)
JULIE. - Alors, on part en voyage ?
VALÉRIE. - Quoi ?
JULIE. - Ben, votre valise, c’est pour partir en voyage non ?
VALÉRIE. - Ma...? Ah oui, oui, pardon.
JULIE. - Ça c’est bien de partir en voyage, ça vide la tête, ça ressource.
VALÉRIE. - Oui c’est sûr.
JULIE. - Et où est-ce que vous partez en voyage ?
VALÉRIE. - Où est-ce que... ?
JULIE. - Ah, j’ai compris, vous voulez pas le dire, faut pas que ça fuite.
VALÉRIE. - Comment ça ?
JULIE. - Vous voulez pas dire où vous partez pour qu’on puisse deviner avec les photos que vous mettrez sur internet !
VALÉRIE. - Comment ?
JULIE. - Non, c’est pas ça ? Mon beau-frère fait ça, c’est marrant. C’est pas pour ça que vous voulez pas dire ?
VALÉRIE. - Si, voilà, c’est exactement pour ça, pour....
JULIE. - La surprise.
VALÉRIE. - C’est ça, la surprise. Je suis désolée Julie, je suis un peu...
JULIE. - Vous pensiez pas me voir là ? C’est vrai que c’est mon jour de congé, mais comme il fait beau j’ai pas voulu rester enfermée à la maison à faire le ménage, pourtant j’en ai en retard mais franchement, y a que moi que ça gène, parce que mes gamins, propre ou sale, ils sont pas regardants. Et puis déjà que je fais le ménage chez vous, j’avais pas envie d’avoir l’impression d’être au travail chez moi, alors je suis sortie, et comme votre rue elle est plus jolie que la mienne, je suis venue pour me balader. Ça vous fait bizarre que je vienne me balader ici ? Parce que si ça vous fait bizarre je le ferais plus.
VALÉRIE. - Non, non Julie, aucun problème.
JULIE. - Bon, ben bon voyage alors. Je viens quand même demain ?
VALÉRIE. - Demain ? Ah oui, bien sûr, ne changez rien.
(Christophe arrive)
CHRISTOPHE. - Qu’est-ce que tu fais avec une valise Valérie ?
JULIE. - Elle part en voyage votre belle-mère.
CHRISTOPHE. - Mais... Papa part aussi ?
VALÉRIE. - Non, ton père reste.
JULIE. - Ah oui ? Vous partez toute seule ? Une thalasso ?
VALÉRIE. - Oui, voilà.
CHRISTOPHE. - Il est au courant papa ?
VALÉRIE. - Qui ?
CHRISTOPHE. - Mon père, ton mari !
VALÉRIE. - Je suis pas stupide Christophe, j’avais juste pas entendu.
CHRISTOPHE. - Alors il sait ou pas ?
VALÉRIE. - Pourquoi tu t’énerves comme ça ?
CHRISTOPHE. - Parce que ça pue le coup fourré, toi avec ta valise et ton air contrit.
VALÉRIE. - J’ai pas l’air contrit !
JULIE. - Vous avez l’air contrariée, je dirai.
CHRISTOPHE. - Réponds moi ! Il sait ou pas ?
VALÉRIE. - Non, il ne sait pas.
CHRISTOPHE. - Bordel ! Il va savoir ! Il va savoir, je vais lui dire !
VALÉRIE. - Christophe ! Julie aidez moi !
JULIE. - Christophe t’as pas à te mêler. C’est des histoires de couple, ça te regarde pas. CHRISTOPHE. - Ça me regarde pas que ma belle-mère rende mon père malheureux ?
JULIE. - Oh ça va ! Il a bien quitté ta mère, ton père, ça équilibrera !
CHRISTOPHE. - Mais de quel droit ?
JULIE. - Du droit que je suis en congé je dis ce que je veux !
VALÉRIE. - Julie...
(Salomé arrive)
SALOMÉ. – Chéri ! Qu’est-ce qui se passe chéri ?
CHRISTOPHE. – Qu’est-ce qu’il y a bébé ?
SALOMÉ. – Je sais pas, j’étais au salon avec ton père et on vous a entendu crier, alors je suis venue voir...
CHRISTOPHE. – Qu’est-ce que tu faisais au salon avec mon père ?
SALOMÉ. – Mais...
VALÉRIE. – Laisse Salomé tranquille, Christophe !
CHRISTOPHE. – Quoi ?
JULIE. – Il faut pas lui parler comme ça, où elle va pas rester...
CHRISTOPHE. – Vous voulez pas aller faire les carreaux vous ?
JULIE. – Je suis en congé !
SALOMÉ. – Pourquoi est-ce que tout le monde est tendu comme ça ?
CHRISTOPHE. – T’as pas remarqué la valise ?
SALOMÉ. – Ah oui... Vous partez en thalasso Valérie ?
VALERIE. – Non.
JULIE. – J’ai cru pareil. C’est vrai qu’on pourrait pas penser...
SALOMÉ. – Penser quoi ?
CHRISTOPHE. – Cette pute...
JULIE ET SALOMÉ. – Christophe !
CHRISTOPHE. – Cette pute quitte mon père.
SALOMÉ. – Valérie ! Mais pourquoi ?
VALERIE. – Je...
JULIE. – C’est pas nos oignons.
CHRISTOPHE. – Ça vous va bien de dire ça et de rester à faire le pied de grue.
JULIE. – Je suis pas une grue !
CHRISTOPHE. – Tu fais quand même pas tout ça à cause d’hier ?
VALÉRIE. – Christophe...
SALOMÉ. – Qu’est-ce qui s’est passé hier ?
VALÉRIE, CHRISTOPHE ET JULIE. – Rien.
CHRISTOPHE. – Oh et puis merde !
SALOMÉ. – Christophe !
(Christophe et Salomé partent)
JULIE. - Où il va lui ?
VALÉRIE. - Prévenir son père, où voulez vous qu’il aille ?
SOPHIE. - Qu’est-ce qu’il se passe ici ? Pourquoi tu m’as appelée ?
VALÉRIE. - C’est compliqué Sophie.
JULIE. - Votre sœur quitte son mari.
SOPHIE. - Ah.
JULIE. - Voilà.
VALÉRIE. - Oui, voilà.
SOPHIE. - Il a réagi comment ?
VALÉRIE. - Il le sait pas encore.
JULIE. - Ça va pas tarder, son fils a dit qu’il allait lui dire.
SOPHIE. - Tu vas faire quoi ?
VALÉRIE. - Je sais pas.
SOPHIE. - Tu viens t’installer chez moi ?
VALÉRIE. - Non.
JULIE. - Vous avez même pas l’air d’être surprise !
SOPHIE. - Un connard pareil, ça se quitte, c’est tout.
VALÉRIE. - Dis pas ça...
SOPHIE. - Ok, je me tais.
JEAN. - Valérie ! Valérie ! Qu’est-ce que c’est que cette histoire ?
VALÉRIE. - Jean...
JEAN. - Quoi Jean ? Quoi ? Tu sais ce que je viens d’apprendre par mon fils ? Par mon fils ! VALÉRIE. - Je suis désolée Jean.
JEAN. - C’est elle qui t’a donné l’idée ?
SOPHIE. - Ma soeur est pas stupide, elle reconnait de la merde quand elle en voit !
JEAN. - Quoi ?
VALÉRIE. - Sophie ! Laisse moi lui parler !
SOPHIE. - Quoi ? Pour lui dire quoi ? Que c’est pas sa faute ? Que c’est pas sa faute si tu t’emmerdes comme un rat mort ?
JEAN. - Qu’est-ce qu’elle raconte ? Valérie ? Tu me quittes parce que tu t’emmerdes ?
VALÉRIE. - Non, mais... Oui.
JEAN. - Alors ça c’est la meilleure !
JULIE. - C’est une femme, monsieur, les femmes il faut les émerveiller, les surprendre, leur offrir des fleurs...
VALÉRIE. - Julie, vous êtes gentille mais là...
JEAN. - Ça vous regarde pas Julie ! Vous avez pas du ménage à faire ? Vous voulez pas aller passer l’aspirateur plus loin, nous faire de l’air !
JULIE. - Je suis en congé monsieur !
JEAN. - Qu’est-ce que vous foutez là si vous êtes en congé ? Vous avec oublié un chiffon ?
JULIE. - C’est pas la peine de me hurler dessus, c’est pas moi qui vous quitte !
JEAN. - Valérie, je te préviens, si tu pars maintenant, je te jure que...
SOPHIE. - Quoi ?
JEAN. - T’auras rien. Voilà. Rien. Ah ça, tu vas pas t’emmerder quand vas devoir faire des ménages pour gagner de quoi payer ton HLM de merde !
JULIE. - Y a pas de honte !
JEAN. - Ça dépend pour qui !
VALÉRIE. - Jean....
SOPHIE. - C’est tout ce que tu trouves à lui dire ? Son prénom ? Tu peux pas te secouer un peu Valérie ?
VALÉRIE. - Sophie...
JEAN. - Je comprends pas ! Je comprends pas ! Tu vas pas me dire que je te fais chier, on se voit jamais, je bosse tout le temps !
VALÉRIE. - Mais...
SOPHIE. - Dis lui Valérie ! Dis lui que t’es pas un vase !
JEAN. - Quoi ?
VALÉRIE. - Je suis pas un vase, Jean.
JEAN. - Je sais bien que t’es pas un vase ! Qu’est-ce que tu racontes ?
JULIE. - C’est pour dire que vous la sortez que pour faire joli, qu’elle est décorative.
JEAN. - Mais elle est encore là elle ?
VALÉRIE. - Julie, il vaut mieux que vous nous laissiez.
JULIE. - Bon.
(Julie part.)
JEAN. - Pourquoi tu pars ?
VALÉRIE. - Parce qu’on ne s’aime plus.
JEAN. - Et tu crois quoi ? Tu crois que le mariage c’est pour s’aimer toute la vie ? T’as vécu où ma pauvre ?
SOPHIE. - Non mais écoute-le ! T’aurais dû partir avant !
(Ondine arrive)
ONDINE. – Chérie ! Qu’est-ce qui se passe chérie ?
SOPHIE. – Pourquoi t’es sortie de la voiture chaton ?
ONDINE. – Je sais pas, j’ai vu que ça avait l’air animé alors je me suis dit...
JEAN. – Ma femme me quitte, c’est ça qui se passe.
ONDINE. – Ah.
JEAN. – Elle pourrait au moins faire semblant d’être surprise !
VALÉRIE. – Ne t’en prends pas à Ondine, Jean, elle n’y est pour rien.
JEAN. – Qu’est-ce que j’en sais, moi ?
ONDINE. – Mais j’ai rien fait !
JEAN. – Parce qu’elle a eu l’idée toute seule ?
SOPHIE. – Ma sœur est pas débile non plus !
VALÉRIE. – Jean...
SOPHIE. – Mais t’as pas autre chose à dire ?
VALÉRIE....