Sauces
Un voyageur fatigué tombe sur une petite boutique insolite, à la fois galerie d’art, restaurant et refuge. Tenue par une femme mystérieuse qui a hérité des recettes et du chagrin de sa mère, l’établissement sert des sauces qui ont le goût des souvenirs eux-mêmes. Au cours d’une semaine, le voyageur rencontre trois autres âmes perdues : un ancien chirurgien devenu boulanger ; une vieille dame qui vient tous les mercredis depuis quarante ans ; Et un critique venu détruire, mais resté pour se transformer. Chacun est en deuil. Chacun redécouvre, en une seule bouchée, quelque chose qu’il croyait enfoui à jamais. Le Voyageur doit choisir entre poursuivre son chemin ou s’arrêter définitivement – mais la boutique, et ses sauces, ont déjà tranché pour lui.
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SAUCES
Pièce de théâtre en sept actes
PERSONNAGES
LE VOYAGEUR — fatigué, affamé, mais d'humeur légère ; fuit quelque chose qu'il ne nomme pas
encore
LA PROPRIÉTAIRE — chaleureuse, passionnée, mystérieuse ; porte une perte ancienne
L'EMPLOYÉ — toujours en train de rire ; cache une mélancolie profonde
LA VIEILLE DAME — cliente fidèle, mémoire vivante de la boutique ; plus lucide qu'elle ne le laisse
paraître
LE CRITIQUE — homme sérieux, venu juger, reparti transformé ; a oublié pourquoi il faisait ce métier
DÉCOR
Une petite boutique colorée et originale. Des toiles, des pinceaux et des fournitures artistiques partout. Au
fond, un rideau sépare la galerie principale d'un coin café. Les chaises ont bizarrement la forme
d'hippopotames. L'enseigne au-dessus de la porte lit : « NE 1 ».
ACTE I — L'ARRIVÉE
Durée estimée : 15 minutes
(La porte s'ouvre avec un grincement. Le Voyageur entre en poussant la porte, l'air épuisé, puis soulagé. Il
regarde autour de lui, confus. Il porte un grand sac à dos usé, une veste trop légère pour la saison. Il s'arrête
au milieu de la boutique et tourne lentement sur lui-même.)
LE VOYAGEUR — à lui-même — Des sauces... enfin ! J'ai tellement faim. Je mangerai
n'importe quoi.
(Il s'avance, regarde les toiles accrochées aux murs. Il cherche une table, hésite. Il s'arrête devant une chaise en
forme d'hippopotame et la contemple longuement.)
LE VOYAGEUR — C'est une chaise... ou une sculpture ?
L'EMPLOYÉ — (surgissant du rideau avec un grand sourire) Les deux, monsieur ! Tout ici est
les deux choses à la fois.
LE VOYAGEUR — Je cherche quelque chose à manger. Je suis sur la route depuis vingt-
quatre heures.
L'EMPLOYÉ — Vingt-quatre heures ! Et où allez-vous, si ce n'est pas indiscret ?
LE VOYAGEUR — (un temps) Je ne sais pas encore.
L'EMPLOYÉ — (hochant la tête comme si c'était la réponse la plus normale du monde) Les meilleurs
voyageurs sont ceux-là. Asseyez-vous, je vous en prie.
LE VOYAGEUR — Sur l'hippopotame ?
L'EMPLOYÉ — Il est très confortable. Les hippopotames ont mauvaise réputation, mais
au fond ce sont des créatures très accueillantes. (Il rit.) Nous avons de la pomme bleue, des
violettes confites, une sauce au clair de lune...
LE VOYAGEUR...