Tu as deux minutes ? J’ai un truc à te dire

Thomas reçois un appel téléphonique matinal. Un mystérieux correspondant lui annonce qu’il viendra le chercher à 20 heures. De qui vient cet étrange appel qui n’a même pas laissé de trace auprès du fournisseur téléphonique. Et si c’était …
Qui pourra entendre son inquiétude alors que c’est le jour choisi par ses proches pour, chacun à son tour, faire part de nouvelles vraiment inattendues.

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Acte I

 

Plein feu sur un salon désert. La sonnerie du téléphone se fait entendre. Thomas entre par la porte côté cour. Et va décrocher le combiné du téléphone.

Scène 1/I – Thomas - Sophie

THOMAS : Allo … oui … oui, c’est bien ça ….. Appartement D, oui. … Qui est à l’appareil ? …. Quand ça ? … C’est une blague !? … Qui êtes-vous ? … Qui ça ? … Allo ? Allo ? … (Il raccroche). "Vous le savez déjà." Qu'est-ce que je sais déjà ? (Réalise progressivement) À moins que... (un temps). Non. C'est ridicule. La mort ne téléphone pas. La mort n'a pas de portable. Même pas un fixe. Elle fait comment d'ailleurs ? Elle passe par quel opérateur ? (S'arrête).  Mais bon sang, qu'est-ce que je raconte !

Sophie entre par la porte côté cour.

SOPHIE : Tu n’oublies pas d’aller chercher les fleurs ? Je cours chez le traiteur. On n’aura pas le temps de cuisiner quelque chose. Ça va ? Tu as l’air bizarre ! Bon j’y vais. Tu n’oublies pas le fleuriste ! À tout de suite.

THOMAS : Heu … oui, j’y vais … Attends, tu as deux mi…

SOPHIE : Non ! Tu me diras ça tout à l’heure. (Elle sort côté jardin).

THOMAS : … nutes ! … Vingt-trois ans qu'on vit ensemble. Vingt-trois ans que je finis mes phrases tout seul.

Julie entre par la porte côté cour.

Scène 2/I – Thomas - Julie

JULIE : Papou ? Tu as besoin de la voiture ce soir ? J’ai une soirée et personne pour venir me chercher et me ramener.

THOMAS : (Préoccupé). Quoi ? La voiture ce soir ? Heu, non, je ne pense pas.

JULIE : Ça va ? Tu as l’air tout bizarre ! Maman est sortie ?

THOMAS : Heu, oui. Elle est allée chez le traiteur. On a invité Patricia à dîner ce soir. C’est son anniversaire et elle se sent vraiment seule pour le moment. Pour la voiture, ça va être compliqué, ma chérie. Je dois aller chercher Patricia et la reconduire chez elle … Bon, on verra comment on peut s’arranger.

JULIE : Patricia ? Pffft … Elle est un peu pénible ces derniers temps, non ? Je comprends que son mec l’ait largué !

THOMAS : Julie ! C’est ta marraine quand même !

JULIE : Parlons-en ! Je l’adore mais il faudrait peut-être lui rappeler, avec toutes les précautions d’usage pour lui éviter une nouvelle dépression, que sa filleule va avoir 21 ans et que pour son prochain anniversaire, elle préférerait une enveloppe plutôt que des cadeaux ringards, genre peignoir avec capuche tête de panda ou une entrée pour Pairi Daiza !

THOMAS : Tu nous la joues Alain Delon ? Tu parles de toi à la troisième personne maintenant ? Et puis, c’est joli un panda.

JULIE : A propos d’anniversaire, vous y avez pensé maman et toi ? Pour mes 21 ans, … la voiture ?

THOMAS : Tu as fait ton choix ? Porche Cayenne ? Jaguar ? Lamborghini ?

JULIE : T’es vraiment nul ! Bon, ben je continuerai à emprunter la tienne ! (Elle se dirige vers la porte jardin et s’arrête) … Une Twingo ? … ou une Clio ? … c’est raisonnable une Clio ! (Pas de réponse de Thomas) … Bisou mon papou ! (Elle va pour sortir côté jardin).

THOMAS : (Tentant de la retenir). Tu vas où ?

JULIE : (En sortant). … Chez … Fabian ... (Elle sort).

THOMAS : (Vers la porte d’entrée refermée, en parlant fort). J’espère que tu seras là au moins pour accueillir ta marraine. (Apparté). C’est qu’il est capable de me l’épouser ma petite, cet animal-là !

Le carillon de la porte d’entrée retentit.

Scène 3/I – Thomas – Catherine

THOMAS : J’arrive ! (Il va ouvrir).

CATHERINE : Ah ! Thomas, ça va ? (Elle entre avec un rouleau de papier cadeau en main). J’ai croisé Sophie dans l’ascenseur. Elle m’a demandé si j’avais du papier cadeau. J’espère qu’il lui plaira. C’est Claude qui a choisi le motif. C’était pour le cadeau de Noël de sa mère. On lui avait offert un percolateur. Tu ne peux pas savoir la quantité de café qu’elle peut boire par jour. Dès le matin, il lui faut ses deux ou trois tasses. Alors on a choisi le nec plus ultra. Avec programmateur et tout, et tout. Evidemment, on n’a pas eu besoin de tout le rouleau de papier cadeau. C’est pour ça qu’il nous en reste. On a beau dire, ça vient toujours à point n’est-ce pas ? La preuve … ! Sinon, ça va, toi ? Tu n’as pas l’air en forme. Rien de grave ? (Sans attende la réponse, elle regarde l’heure). Bon, j’y vais. Mon rôti est dans le four et je n’ai pas envie de le retrouver brûlé. Claude préfère la viande un peu saignante. Pour le papier cadeau, ce n’est pas urgent. Sophie me rendra ce qui reste plus tard. Bonne journée Thomas. (Elle sort).

THOMAS : (Devant la porte fermée, en parlant fort). Bonne journée Catherine et merci pour le papier cadeau.

Il va ensuite au téléphone et forme un numéro.

THOMAS : Les renseignements ? Bonjour Madame. Dites-moi, je voudrais connaître la provenance d’un appel téléphonique que je viens de recevoir ! …. Non, il n’y a pas d’écran digital sur mon appareil. … Nous aimons le vintage, c’est gênant ? … oui, j’attends … Pardon ? … Vous ne pouvez vraiment pas me communiquer le numéro qui m’a appelé ? … Comment ça vous ne trouvez pas d’appel aujourd’hui vers mon numéro ! Vous êtes sûre ? …. Bon, eh bien merci. Pardon ? Oui, c’est moi qui gère l’abonnement du téléphone. Quelle formule j’ai pour l’instant … heu … ben … Si nous avons l’internet et la télé dans notre abonnement ? On n’a pas la télé … Internet ? Ben faudrait que je demande à mon épouse. … Oui, c’est moi qui gère mais c’est elle qui s’occupe des questions administratives, vous comprenez ? … Non, elle n’est pas là pour l’instant … Quand elle rentre ? Écoutez, ça dépend du trafic, de son humeur, des planètes... Le mercredi elle passe chez sa mère, elle rentre vers 20 heures, sauf si sa mère parle de son ex, là elle rentre à 22 heures en fulminant... Non, non, je ne raconte pas ma vie, je ... Oui, d'accord. Vous rappellerez. Merci. Au revoir. (Raccroche) Même les renseignements téléphoniques connaissent mon planning familial maintenant.

Le téléphone sonne. Thomas hésite, un peu inquiet, puis se décide à décrocher.

THOMAS : (Prudemment). Allo ? … (Rassuré). Ah, c’est toi Philippe. Non, je n’oublie pas, on se voit toujours demain. Oui, 10 heures sur le court. Dis-moi, pendant que je t’ai au téléphone, tu as deux minutes ? … Oui, j’ai un truc à te dire mais rassure-toi, je n’en ai pas pour longtemps. Je voudrais avoir ton avis. Eh bien, … comment dire … J’ai reçu un appel téléphonique un peu bizarre ce matin … Non, non, pas du télémarketing, ça, je les détecte à 100 lieues à la ronde et je sais comment les gérer. Non, c’était très … spécial … Mais non, ce n’était pas le contrôleur du fisc, je n’ai rien à cacher. Non, c’est sérieux Philippe. Un type m’a appelé ce matin. Il avait une voix bizarre, très grave, très … profonde, avec comme un écho autour de lui … Mais non ce n’était pas Pavarotti, il est mort … quoique … Bon, tu peux m’écouter deux minutes en restant sérieux ? … Bon. Je te disais que j’ai reçu un appel téléphonique bizarre ce matin … À quelle heure ? Quelle importance ? Il était 10 heures, voilà. Bon, je peux t’expliquer ? Le type m’a dit qu’il viendrait me chercher ce soir, à 20 heures précises … Non, Philippe, je n’ai pas commandé de taxi. Non, tu vois, le plus inquiétant, c’est qu’il m’a laissé supposer qu’il était … la mort ! … C’est ce que j’ai pensé aussi. Je viens d’appeler les renseignements et là, l’opératrice m’a affirmé qu’aucun numéro ne m’avait appelé.  … Tu crois que je devrais en parler à Sophie ? … Comment ça « tu n’es pas psy » ! Non, mais tu es notaire ou pas ? Tu pourrais me conseiller un peu, quoi !

(Entrée de Sophie par la porte Jardin.)

THOMAS : Bon, je dois te laisser. Je te rappelle un peu plus tard. (Il raccroche).

Scène 4/I – Thomas – Sophie

SOPHIE : Pffft ! Le traiteur est fermé jusqu’à la semaine prochaine ! Non, mais tu entends ? Fermé un jeudi. Un jeudi, quoi ! Soit disant pour un inventaire ! Depuis quand les traiteurs font des inventaires ? Les invendus sont impropres à la consommation. Ils les jettent, ils ne les stockent pas. C’est vraiment du grand n’importe quoi ! C’était qui ? (Sans attendre de réponse). Tu as une idée d’un plat simple mais pas trop quand même ? Quelque chose qui plaira à Patricia. (Elle le regarde en fronçant les sourcils). Ça n’a toujours pas l’air d’aller toi. Tu as une tête de zombie. Ça t’ennuie que Patricia vienne passer la soirée, c’est ça ? (Avant que Thomas puisse répondre, son visage s’éclaire). Je sais ! Petite entrée avec asperges, tomates cerise et avocat, on a tout ça ! Une quiche poireaux feta pour le chaud et il reste des pots de mousse au chocolat pour le dessert. Qu’en dis-tu ? (Avant même que Thomas puisse répondre). Quoi que non, pas des pots de mousse au chocolat pour le dessert. C’est son anniversaire quand même. En allant chercher les fleurs, tu passes à la pâtisserie et tu prends un gâteau d’anniversaire ? Bon, moi je file préparer tout ça. (Sort côté cour).

THOMAS : (Tente de la retenir). Euh, Sophie …. (Aparté). Ce n’est pas une femme que j’ai, c’est un courant d’air !

Sophie réapparaît.

SOPHIE : Oui ? (Elle voit le papier cadeau). Ah ! Catherine a apporté le papier cadeau ? Je l’ai croisée en prenant l’ascenseur. Le motif est bof bof mais ça fera l’affaire. Oui mon chéri ?

THOMAS : (Pris de court). Heuuu, je ne t’ai pas demandé : qu’est-ce que tu lui as pris comme cadeau ?

SOPHIE : Tu ne devineras pas ! Un kit à cocktail ! Shaker, livre de recettes, deux verres, pailles, touillettes et trois bouteilles pour les premiers essais. Un véritable remède anti déprime.

THOMAS : Mais Patricia ne boit pas !

SOPHIE : Un peu quand même. Et puis, il faut un début à tout ! Je vais préparer ma quiche et emballer le cadeau. Tu n’oublies pas le fleuriste et le gâteau ?

Elle va sortir côté cour. Il la rappelle.

THOMAS : Sophie … Tu as bien deux minutes ? J’ai un truc à te dire …

SOPHIE : Oui ? Quoi mon chéri ?

THOMAS : (Hésite) … Je … tu … tu es très en beauté aujourd’hui.

SOPHIE : Ah ! Et pas les autres jours ?

THOMAS : Mais si, mais si …

SOPHIE : (Elle s’approche de lui et l’embrasse affectueusement très touchée par ce petit compliment). T’es bête. (Elle sort côté cour).

THOMAS : Je viens de recevoir un appel de la mort et je complimente ma femme sur sa coiffure. Je suis un génie de la communication.

Thomas va au téléphone et compose un numéro.

THOMAS : Charles ? Salut. Tu n’es pas en consultation là ? …. Lors de mon dernier examen, tu n’as rien remarqué d’anormal ? …. Non, non, je voulais savoir … Tu pourrais regarder ? … Ah, tu passes dans le coin ? Tu aurais le temps de passer chez moi avec mes résultats ? …. Non, tout va bien, je voudrais juste m’assurer de quelque chose …. Non je n’ai rien de contagieux. C’est qui le toubib, c’est toi ou c’est moi ? … Bon, je t’expliquerai quand tu seras là … Dans un quart d’heure ? Parfait. (Il raccroche).

Entrée de Sophie côté cour. Elle vient chercher du papier collant.

SOPHIE : Tu n’es pas encore parti pour le fleuriste et le gâteau ?

THOMAS : Non, j’attends Charles. Il doit arriver d’un moment à l’autre.

SOPHIE : Charles ? Quelqu'un est malade ?

THOMAS : Non, non, il passe dans le coin.

SOPHIE : Charles ne passe jamais "dans le coin". Charles...

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Posté le 30 août 2026 par Fernand Fyon

Fernand Fyon
Fernand Fyon

Comédien amateur depuis 2010. Auteur de pièces de théâtre.

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