Un jour de foire
Le Baptiste se prépare pour y aller. Le Jeantou, son commis, aime bien y aller aussi ; ça lui permet de traîner dans les bistrots, et d’y boire quelques bons canons. Mais aujourd’hui, à la stupéfaction du Baptiste, il veut rester à la maison ; il n’a pas l’air en forme et se sent malade : il a un problème de culottes ! Le Baptiste va donc y aller tout seul, mais il faut emporter les poulets de la Lulu. Et en arrivant à la foire, tout se gâte. Ah, si le Jeantou avait été là, ça se serait peut-être mieux passé… Peut-être…
Lire le texte intégral
C’est le matin. Le Baptiste finit de se raser avant de partir à la foire, la Marie lui remue son café, lui coupe les poils des oreilles. Le Jeantou est assis sur une chaise à la table, visiblement pas en forme.
Baptiste - Allez Jeantou, t’es t’y prêt ? Y faut qu’on y aille !
Jeantou - Je sais pas si j’y vais !
Baptiste - Dépêche-toi, la foire va être finie, on sera pas encore partis.
Jeantou - Oh, je sais pas si j’y vais, j’ai pas envie.
Baptiste - Bougre ! Ça serait ben la première fois que tu voudrais pas aller à la foire.
Jeantou - Oh, je suis pas en forme.
Baptiste - Eh ben, si tu viens pas, comment que je vais faire pour charger la cage des poulets de la Lulu ? Et puis, elle, c’est pareil, elle a qu’à se débrouiller toute seule pour les vendre ses charognes de poulets !
Marie - Eh ben oui, mais elle a rien pour les emmener.
Baptiste - Tout seul, je peux pas surveiller ses poulets et faire la foire.
Marie - Écoute donc, te passeras moins de temps au bistrot comme ça !
Baptiste - Surtout qu’elle va même pas me payer un canon, cette vieille commère ! (Au Jeantou.) Allez, Jeantou, dépêche-toi.
Jeantou - Non, j’y vais pas.
Baptiste - Eh ben, me v’là propre tout seul pour emmener ces bestioles ! (Il boit un canon.) Enfin, je vais essayer de me débrouiller tout seul. (Il sort.)
Marie - Alors Jeantou, qu’est-ce qu’y t’arrive ?
Jeantou - Je sais pas ce que j’ai, j’ai mes deux culottes qui sont trop petites !
Marie - Tes culottes sont trop petites ?
Jeantou - Oui, ça m’y fait juste depuis hier.
Marie - Oh, ben ça doit pas être bien grave si c’est que depuis hier !
Jeantou - Oui, mais elles sont de plus en plus petites !
Marie - Fais voir ! (Le Jeantou se lève, la braguette ouverte toute gonflée.) Boutonne-moi voir cette brelache déjà, que tu vas prendre froid.
Jeantou - Eh ben, justement, je peux pas !
Marie - T’as peut-être pris un courant d’air sur les rognons blancs, comme on dit, ou tu t’es fait piquer par une tique. Faut toujours pas rester comme ça. (À part.) Qu’est-ce qu’il aura attrapé encore cette andouille ? (Au Jeantou.) Fais-moi voir. (Elle regarde.) Tu t’es fait piquer par une tique. Faut pas rester comme ça, faut que j’appelle la doctoresse ! (Elle fait le numéro.) Allô, doctoresse ?… Bonjour, c’est Mme Péluchon, enfin la Marie, oui. On a notre commis, y peut plus boutonner ses deux culottes !… Oui, j’y sais ben que vous pouvez rien faire pour ses deux culottes, mais faudrait soigner ce qu’y a dedans… Eh ben j’sais pas, il est tout gonflé en bas, je sais pas comment vous y appelez, vers les gesticules ; il a dû se faire piquer par quelque chose de pas bien propre à mon avis… Bon, ben à tout à l’heure. Merci doctoresse. (Elle raccroche. Au Jeantou.) Elle va venir.
Jeantou - C’est ben la première fois que ça m’arrive ça ; et puis on dirait que j’ai les dents du fond qui poussent !
Marie - Prends voir ta fièvre ! (La Marie lui met le thermomètre dans la bouche.) C’est celui qu’on met dans le cul des vaches, mais ça fera ben pareil !
Jeantou - J’ai soif. Il est salé ce thermomètre, il a un drôle de goût !
Marie - Bois surtout pas de canon : si la doctoresse arrive et que tu sens la vinasse, elle pourrait ben t’envoyer détoxiquer avec la mine que t’as. Tiens, un verre d’eau.
Jeantou - Oh, c’est plat, t’es sûre que ça se boit ça ? Elle a le goût de bouchon et ça dessoiffe pas. (On frappe à la porte.) Entrez !
La Lulu rentre.
Lulu - Alors, qu’est-ce qui se passe ? Le Baptiste m’a dit que le Jeantou était malade.
Marie - Oui, je sais pas ce qu’il a ; il tient plus dans ses deux culottes.
Lulu - Qu’est-ce que tu dis ? Y radote ! Et c’est pas d’aujourd’hui qu’y radote !
Marie - Non, non, y tient plus dans ses deux culottes j’te dis !
Lulu - Oh, te les a peut-être lavées trop chaudes ?
Marie - Oh non, ça vient pas de là ! Je les ai pas lavées ça fait ben trois semaines !
Lulu - Ben oui, parce que si elles sont en laine, ça rétrécit.
Marie - C’est pas ce que je te dis, je les ai pas lavées depuis trois semaines, et elles lui sont trop petites que depuis hier !
Lulu - C’est sûr, la bière, ça fait gonfler, c’est pour ça qu’y tient plus dedans !
Marie - C’est pas ce que je te dis, ça lui fait que depuis hier !
Lulu - Que depuis hier ? Ben, ça doit pas être bien grave si c’est que depuis hier. (La Lulu regarde le Jeantou de près.) Il est quand même drôlement enflé ! Y se...