Welcome à Las Chamfignac
Dains un coin perdu de campagne, un maire veut transformer son village en un nouveau Las Végas
🔥 Ajouter aux favorisDains un coin perdu de campagne, un maire veut transformer son village en un nouveau Las Végas
🔥 Ajouter aux favorisACTE 1
Scène 1 : Maire / 1er adjoint
Le rideau s'ouvre, le maire est assis un peu en arrière de son bureau. Il parle à quelqu'un que l'on ne voit pas.
Maire / Ça va durer encore longtemps. Franchement, Débourre, je me demande comment vous avez pu vous retrouver Premier adjoint de la commune !
1er adjoint / (On entend une voix provenir de sous le bureau) Je fais de mon mieux, monsieur le maire.
Maire / Pourquoi je suis entouré d'incapables ? Vous me seriez plus utile dans l'opposition.
1er adjoint / Ah non ! Monsieur le maire, moi je dis que vous êtes le meilleur. Et s’il n’y avait que moi, vous seriez au moins ministre !
Maire / Et lèche-cul en plus.
1er adjoint / Oh monsieur l'maire ! Je suis sincère.
Maire / Moi aussi. … Bon alors, c’est pour quand ? Je ne vais quand même pas le faire moi-même !
1er adjoint / C'est pas par là, c'est pas par là... J'ai trouvé ! (Il se relève et montre fièrement un stylo). Votre stylo, monsieur l'maire !
Maire / (Il le lui prend des mains) Mon stylo fétiche ! Celui que j'ai depuis ma première élection. C'est un cadeau de ma mère. Elle était si fière, ma mère. Jean Hubert Poule ! Maire de Chamfignac ! Ce stylo, je l’ai toujours sur moi. Sans lui, je suis comme Zorro sans son épée, un gendarme sans sa matraque, ou une femme sans aspirateur. Sans mon stylo, je suis foutu.
1er adjoint / Surtout aujourd'hui.
Maire / Et comment ! Aujourd'hui, les Chamfignaquais vont enfin comprendre qu'ils n'ont pas élu un maire pour inaugurer des pissotières. Fini les projets à deux balles, un pot d’fleurs par ci, un banc public par là. Aujourd'hui, Chamfignac va entrer dans l'histoire.
1er adjoint / Et en plus, ça ne va pas plaire à Chamfignotte.
Maire / Chamfignotte ? Cette verrue ! S’il n’y avait que moi, je rattacherais Chamfignotte à Chamfignac. J’appellerai ça.. Chamfignognac !
1er adjoint / Et vous seriez le maire de Chamfignognac !
Maire / Naturellement. Cent cinquante habitants à Chamfignac, contre cent quarante quatre sous-développés à Chamfignotte. A ce niveau là, faut une tête, et à part la mienne, j’en vois pas d'autre.
1er adjoint / Oh ben ça c’est vrai.
Scène 2 : Maire / 1er adjoint / Secrétaire / Aldo Latoune / Donato
La secrétaire entre
Secrétaire / Monsieur le maire, monsieur Latoune est arrivé.
Maire / Faîtes entrer, mademoiselle Mafouine. Faîtes entrer ! (La secrétaire sort) Mon petit Débourre, vous allez voir comment on dirige un village. Ouvrez les yeux, déployez vos oreilles, et admirez l'artiste !
Latoune entre, escorté de son garde du corps, Donato, lequel se met aussitôt en faction devant la porte, prêt à bondir.
Maire / Cher ami ! Quelle joie de vous voir ici ! Vous avez fait bon voyage ? (Ils se saluent)
A Latoune / Pardonnez-moi pour le retard, je me suis trompé. A un moment, je me suis retrouvé sur un chemin de campagne.
Maire / Ce n’est pas un chemin, c’est la route principale. (En invitant Latoune à s’asseoir) Permettez que je vous présente mon premier adjoint, Alban Débourre.
A Latoune / Monsieur, c’est un honneur.
1er adjoint / Oh non. C'est trop.
A Latoune / Non. C'est un honneur pour vous. Quand on me rencontre, on s'en rappelle..
1er adjoint / Monsieur le maire m'a tellement parlé de vous.
A Latoune / En bien j'espère ?
Maire / Comment pourrai-je dire du mal de quelqu'un qui n'hésite pas à venir ici pour nous aider à faire décoller Chamfignac.
A Latoune / Monsieur le maire, je suis tombé amoureux de Chamfignac. Son paysage, sa gastronomie.. Et les gens de Chamfignac. Ils sont tellement.. (Regardant le public)
Maire / (Chuchoté) Pas tous...
A Latoune / Mais vous pouvez compter sur moi. Monsieur le maire, On parle tout le temps des grandes villes. Alors que l'avenir... L'avenir, monsieur le maire, l’avenir ! Il est ici.
Maire / Formidable ! Euh... Votre collaborateur veut peut-être s'asseoir.
A Latoune / Il ne s'assoit jamais. Il est là pour ma sécurité.
Maire / Votre sécurité ?
A Latoune / Quand on a de l’argent, ça éveille des jalousies... (Regardant le public) Y’en tellement qui aimeraient se remplir les poches..
Maire / Au fait, je ne vous ai pas présenté ma secrétaire, mademoiselle Mafouine. Une vraie rareté. Elle sait tout, elle voit tout, elle fait tout.
Secrétaire / Je ne fais que mon devoir.
A Latoune / Il faut toujours faire ses devoirs. Surtout les devoirs du soir...
Secrétaire / Pardon ?
A Latoune / Je plaisante ! Quand je vois une belle femme, je ne peux pas m’empêcher de dire ce qu’il ne faudrait pas dire.
Elle n’apprécie pas trop
Maire / C’est tellement vrai ! Les femmes nous font dire n’importe quoi. Oh ! Nous allons fêter notre rencontre. Une Chamfignoule ?
A Latoune / Une Chamfignoule ? C'est quoi ?
Maire / Notre spécialité locale. Y'a pas plus local que la Chamfignoule. Vous sortez de Chamfignac, y'en a plus.
A Latoune / De l'alcool je suppose.
Maire / Notre alcool ! La fierté de Chamfignac ! C’est très fort
1er adjoint / On a déjà eu des morts.
A Latoune / Intéressant. Mais je préfère garder l'esprit lucide. C'est tellement important ce projet.
1er adjoint / Moi, j'en prendrai bien un peu.
Maire / La dernière fois que vous en avez bu, vous avez vu un éléphant dans la gendarmerie. … Alors, monsieur Latoune. si nous parlions de notre projet ?
A Latoune / Tout à fait. Mais, si vous le permettez, je préférerais que nous en discutions en privé.
Maire / En privé ? … Bien sûr. Débourre ! (De la tête, il lui désigne la porte
Le 1er adjoint sort sous le regard méfiant du garde du corps.
Scène 3 : Maire / Secrétaire / Aldo Latoune / Donato
Secrétaire / Dois-je sortir monsieur l'maire ?
Maire / Restez ! Il faut bien une petite main pour prendre des notes.
A Latoune / Naturellement. Que ferions-nous sans ces petites mains... ?
La secrétaire s'assoit ainsi qu’Aldo Latoune et le maire.
A Latoune / Monsieur le maire, j’ai eu une vision. Je vous ai vu.
Maire / Moi ?
A Latoune / Oui monsieur le maire. Car un jour, votre portrait sera posé sur les murs de tous les foyers de Chamfignac !
Maire / Non ? Vous croyez ? Mais... Ce projet, n'est-il pas un peu trop ambitieux ?
A Latoune / Monsieur le Maire, je ne fais pas dans les petits projets ! Et dans mon rêve, j’ai tout vu.
Maire / Vous avez tout vu ?
A Latoune / Vous. Au milieu de machines à sous, de roulettes, de tables de jeux, et ce n’est pas tout. J’ai vu aussi un parc d'attractions, douze hôtels de luxe, trois boîtes de nuit, sans compter les bars et les réverbères à tous les carrefours, c’est le minimum.
Maire / Nous n’avons que deux réverbères et un seul carrefour.
A Latoune / Avec mon projet, vous aurez un réverbère tous les deux mètres et un carrefour à tous les coins de rue. Une ville sans carrefours n'est pas une ville, monsieur le maire ! De l'audace, monsieur le maire ! Encore de l'audace ! Toujours de l'audace ! Surtout qu’à Chamfignotte..
Maire / A Chamfignotte ? Qu’est-ce qu’ils veulent, ces abrutis ?
A Latoune / Pour l'instant, je les fais patienter..
Maire / Vous en avez parlé à Chamfignotte ? Jamais ! Un casino, ça s’mérite !
A Latoune / Monsieur le maire, vous avez entièrement raison ! Surtout qu’entre Chamfignac et Chamfignotte, y'a pas photo.
Maire / Ça c'est vrai. Nous, on a un lavoir classé.
A Latoune / Formidable ! Je vois déjà la publicité : Chamfignac et son eau miraculeuse.
Maire / Ah non ! L'eau, on ne la boit jamais ! Elle n’est pas.. Même les vaches n’en veulent pas.
A Latoune / Et bien, nous laverons l'eau, et comme ça vous pourrez ouvrir votre centre thermal.
Maire / Un centre thermal ?
A Latoune / Avec un casino, il faut un centre thermal, sinon après les soins, les clients s'emmerdent.
Maire / Mais pour les terrains, vous allez faire ça où ?
A Latoune / Dans Chamfignac.
Maire / Mais il y'a des maisons.
A Latoune / Des petites maisons. Moi, je vous parle de vraies maisons. Des maisons dans des immeubles, de grands immeubles ! Des immeubles en plein air ! De l’ambition, monsieur le maire ! Faut voir en grand !
Maire / Vous voulez raser le village ?
A Latoune / Je ne rase pas, j’embellis. Et puis on fera le nouveau Chamfignac ! Dans la forêt. Y’aura beaucoup moins d’arbres après, mais on les connaîtra tous. Rue des châtaigniers, rue du Chêne, avenue des noisettes, boulevard de la futée.
Maire / La futée ? C'est qui ?
A Latoune / Non ! La futée. Un petit bout de forêt, vous voyez ? Monsieur le maire, vos administrés, faut les faire rêver.
Secrétaire / Moi j’habite au milieu du village. Vous allez faire quoi dans l’milieu ?
A Latoune / Le milieu, c’est ma spécialité... Y'a combien de maisons dans le centre-ville ?
Secrétaire / Quatre.
A Latoune / On gardera le centre-ville. Comme ça, avec son quartier historique, ça attirera les touristes et Chamfignac saura garder son âme.
Maire / Les gens ne voudront jamais quitter leur maison.
A Latoune / Monsieur le maire. Avec du pognon, si vous saviez tout ce que les gens sont prêts à quitter.
Maire / Ca ne suffira pas.
A Latoune / Nous achèterons les terrains tout autour.
Maire / On ne peut pas, y'a des agriculteurs.
A Latoune / Les agriculteurs. On leur trouvera un petit travail bien peinard comme barman ou danseur mondain dans la salle de bal du Casino. Croyez-moi ! Ils auront vite fait de s’adapter.
Maire / Mais.. Pour le financement ? La commune n'a pas beaucoup de moyens.
A Latoune / L'argent, c'est pas un problème.. J'ai des amis dans la finance.. Ils sont sans cesse à la recherche de placements. Vous comprenez, l’’argent, Ils n'aiment pas que ça reste enfermé dans un coffre, alors s'ils peuvent aider des amis.. Ce sont des file-en-trop.
Donato / (avec un accent italien) Ou né dit pas file en trop, chef, mais philanthrope.
A Latoune / Jé té paye pas pour me donner des cours de langue ! Jé té paye pour assurer ma sécurité, alors tou devrais penser à la tienne.
Donato / Oui, mais on dit «philanthrope».
A Latoune / On dit beaucoup trop dé choses, et toi tou devrais moins en dire, sinon tou retrouveras ton pétit village en Calabre dans oun endroit très calme, avec toute ta pétite famille autour.
Maire / Pardonnez moi, c’est un italien ?
A Latoune / Et oué. Comme moi, du côté de ma famille. Je suis arrivé à six mois dans votre beau pays. Alors j’ai toujours un petit peu d’accent qui me revient quand je m’énerve, mais je suis comme vous..
Maire / Et donc, c'est un calibré.
Donato / Oun dit pas calibré, mais calabrais.
A Latoune / (A Donato) Quand monsieur lé maire dit quelque chose, on né contredit pas monsieur le maire ! … Vous voulez que je vous dise, monsieur le maire, les gens ne vous méritent pas.
Maire / (Regardant le public) Ca c’est vrai, les gens ne me méritent pas.
A Latoune / Mais vous verrez. Ils viendront vous remercier à genoux lorsqu'ils verront le nouveau Chamfignac. Avec ses nouveaux commerces, ses trois centres commercial.
Donato / Oun dit «centres commerciaux»
A Latoune / Hé ! Fais-moi penser tout à l'heure que je té...