Alone, une autre vie pour Enola
Enola, jeune trentenaire, perdue et renfermée sur elle-même, ne parvient pas à exister dans ce monde.
Elle s’en accommode tant bien que mal. Plutôt mal.
Elle balaie sa vie depuis sa naissance et le constat est amer, froid, implacable. Cette société tourne sans elle, c’est indéniable. Elle n’a rien fait pour qu’il en soit autrement.
Cette solitaire s’est construit une vie qu’elle a fini par accepter. C’est l’impression qu’elle donne, c’est l’impression qu’elle se donne. C’est en définitive un leurre, commode. Car intérieurement la lutte n’a jamais cessé. Elle est en proie à la colère, mais aussi a une forme de résilience.
Enola va d’abord chercher au plus profond d’elle, les raisons de cette situation. Elle cherche à comprendre ce qui la bloque, ce qui l’inhibe. Pourquoi sa vie est-elle dans cet état ?
D’humeur noire en désespoir profond, une lueur scintille. Enola cherche la voie pour s’extirper de son histoire. Sa voie.
Arrivera-t-elle à sortir de cette spirale néfaste ? Prendra-t-elle enfin les décisions radicales qui s’imposent pour changer sa vie ? Ce destin dont elle est seule maitresse.
Enola est seule, mais une nouvelle existence est possible, si elle le décide.
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Enola, jeune femme à la trentaine anodine, est assise, attentive, sans un mouvement. Son regard semble plongé dans le néant, sa tête penchée en avant, ses yeux sont rivés sur le sol.
C’est l’impression qu’elle laisserait. C’est ainsi que vous la dépeindriez.
Là n’est pas la réalité. Son regard n’est nullement perdu. Elle observe, tendue, avec la plus grande concentration, une colonie de fourmis qui travaillent avec acharnement et constance.
Elle est littéralement fascinée par l’organisation de ces insectes, capables d’une division du travail à faire rougir n’importe quelle autre société. Elles sont tout aussi douées dans la communication entre individus. Ce n’est franchement pas le cas d’Enola.
Elle aurait tant souhaité se fondre dans une quelconque hiérarchie. Où chacun sait ce qu’il a à faire. Où de cet ordre magistral règne une interaction sans faille entre les sujets. Elle n’en est, simplement, pas capable.
Enola a toujours, d’aussi loin qu’elle s’en souvienne, recherché l’isolement. S’est toujours soustraite à l’agencement militaire de la société. Il lui a toujours paru nécessaire de se tenir éloignée du tumulte d’une communauté qui lui est étrangère. À l’écart des individus qui la compose, à qui elle ne voit pas trop ce qu'elle pourrait raconter.
La tentation de ses congénères est, forcément, de la qualifier de différente. Différente par son attitude, son comportement, ses explosions inattendues et ses enfermements soudains. Cet ensemble comportemental met mal à l’aise ses collègues de travail, ses proches, sa famille. Tout le monde.
Elle vit ainsi depuis sa prime jeunesse. Habituée à l’excès, habituée par force. Enola ne se livre pas, reste cloîtrée dans un quasi-mutisme qui lui est propre. Elle a fini par s’en accommoder. Mais les jugements hâtifs lui tressent une couronne d’épines. On préfère la tenir à l’écart de toute festivité d’ampleur, de toute réunion à l’assemblée fournie, au risque de s’exposer à quelques désagréables déconvenues.
Enola, de son côté, n’aide pas à les en dissuader.
Nous tous sommes rapides à se faire une opinion sur ce que l’on voit. Sur ce que l’on veut bien nous montrer. Mais chez cette jeune femme, il en va tout autrement.
Intérieurement, c’est une tout autre partie qui se joue.
FÊLURE
Ici, on joue sur une ambiance intime, presque parlée-chantée (type slam), qui s'intensifie sur la fin.
Il y a une fêlure dans chaque être humain
Elle se voit, elle se ressent
Certains la dissimulent mieux que d’autres
Ou parfois elle apparaît plus tardivement, au détour d’un événement
Mais cette faille, je la ressens et la vois, vous dis-je !
Immédiatement, dans la physionomie
Chez certains dès le premier abord, dans l’attitude ou la façon de se tenir
Je ne veux pas montrer mes monstres
Je préfère vous cacher mes fantômes
Ils me hantent, mais ce sont de gentils fantômes
Nous avons pris le temps de nous mieux connaître
Nous nous sommes habitués à nous côtoyer
Je n’ai pas envie de vous parler, je ne vous comprends pas
Vous ne me comprendrez pas, quoi qu’il arrive
La morphologie trahit aussi l’âme, ses cassures
Elle est autant, pour tout un chacun, un signal d’alarme qu’une façon de dialoguer avec autrui
Je le vois, je le sens parce que c’est un reflet de mes propres errements
Je me suis enfermée comme vous le dites si bien
Oui, je me suis recroquevillée par peur, par inintérêt des sujets des autres
Je me sens fade et laide. Vous me trouvez insignifiante et triste
Que voulez-vous que je fasse ? Des efforts ? À quoi bon ?
Comment en suis-je arrivée là ? Je répondrais « pourquoi ? »
Ici est la vraie question, je n’en connais pas la raison
(Pont)
Un jour le vase s’est brisé
J’ai l’ai vu tombé, il y a longtemps
Recoller les morceaux à quoi bon ?
Ça n’aurait pas servi à grand-chose
Vous passez à côté des morceaux éparpillés
Tout est cassé chez moi, à l’intérieur également
Je n’ai pas recollé les morceaux. À quoi bon ?
(Final)
Ma vie s’émiette et se disloque
Je laisse les morceaux au sol
Mes fantômes ont pris le pouvoir
La morphologie trahit aussi l’âme, ses cassures
Elle est autant, pour tout un chacun, un signal d’alarme
qu’une façon de dialoguer avec autrui
Je le vois, je le sens parce que c’est un reflet de mes propres errements
Cette histoire, mon histoire ne préoccupe que peu de gens. C’est normal. À mon âge, il m’est toujours impossible de communiquer correctement, d’échanger avec les autres, de les comprendre.
Le mal a élu domicile depuis des lustres, a fait son nid douillet en grandissant, faussant mon rapport à autrui. M’isolant toujours un peu plus.
Dès l’école, je suis devenue une solitaire. On m’avait — je m’étais — mise au ban, à cause du peu d’efforts que je faisais pour intégrer des groupes déjà constitués. Il n’y eut aucune violence, je n’étais pas une petite fille agressive. Seulement du désintérêt pour mes camarades, qui finirent par me le rendre.
L’adolescence ne fut guère plus une réussite. Je ne me laissais pas apprivoiser davantage. Je fuyais tout concours à des associations culturelles ou musicales. J’ignorais toute activité sportive, aidée par un corps affiné qui ne réclamait en rien des efforts physiques pour conserver son aspect. Cela m’arrangeait et me permettait de garder à bonnes distances les plus téméraires. Cela, en fait, mettait tout le monde à distance de « la farouche ».
C’est ainsi qu’ils me qualifiaient. Plus précisément, ils me traitent de sauvage. Peu m’importait, je trouvais refuge dans les livres, que je dévorais. Tout ce qui me passait à portée d’yeux était englouti avec avidité. Aucun genre particulier, aucun auteur en priorité. Le livre pour la lecture, ponctué par des heures dans les salles obscures pour le surplus d’évasion. Cela suffisait à mon bien-être mental. Je découvris nombre d’écrivains ou de réalisateurs, escortés de leurs héroïnes ou héros ; de gangsters, de femmes passionnantes, d’hommes chevaleresques, d’humains inspirants et de lieux mirifiques, des chefs-d’œuvre.
Je voyageais au fin fond de l’Afrique encore inexplorée, je gravissais la cordillère des Andes, j’avais le mal de mer dans l’océan Indien, j’évitais les pirates des mers des Caraïbes, je fumais le cigare à Cuba. Risquais ma vie contre tous les ennemis de la Terre. Vis une aurore boréale, fis un vœu sous la comète et rêvai d’amour au clair de lune, assise sur un ponton de bois dans quelque marina...