LE TEST
Elle — Alors… Uriner directement sur la bandelette prévue à cet effet, sous le jet d’urine, pendant quinze secondes. Ou bien laisser la bandelette dix secondes dans un récipient propre et sec. Hum… Non, je n’en ai pas. Idéalement, le test devra être fait avec les premières urines du matin. Non, non, non, retiens-toi encore ! Puis remettre le capuchon sur le bâtonnet. Le déposer sur une surface plane et propre, et attendre trois minutes pour connaître le résultat. Si une barre bleue… Bon, ça, on verra après. Allez ! On y va ! Ah ! merde ! Il faut que je compte quinze secondes ! Alors. Un, deux, trois… Attends, c’est peut-être un peu approximatif… Mieux vaut être prudents. Ce serait con de gâcher un test pour des secondes subjectives. Einstein le disait bien : le temps est relatif ! D’ailleurs, en y réfléchissant quelque peu, en ce moment même, alors que ma vessie me presse et m’oppresse, que ça fait quatorze jours que je tourne comme un lion en cage, eh bien, en ce moment même, j’ai l’impression que chaque seconde s’étire et dure une éternité. En fait, dans ma vie, c’est plutôt rare. La plupart du temps, je ne vois pas le temps passer, si vous voulez bien excuser ma redondance… Les heures semblent raccourcir inexorablement.
J’ai trente-quatre ans et toujours pas d’enfant. Moment de panique. Oui, je sais, je ne suis pas totalement vieille, mais plus toute jeune non plus. En âge médical, dans un an, je serai périmée pour devenir mère. C’est rassurant, non ? Plus qu’un an pour y arriver. Bon, je m’égare, là. Et puis ma vessie est sur le point d’exploser. Allez, je me jette à l’eau. Métaphore peu gracieuse, j’en conviens.
Pourvu que mon pipi soit solidaire ! Allez, pipi, applique-toi bien ! Je retiens mon souffle… C’est parti ! Un, deux, trois, quatre, cinq… quatorze, quinze secondes. STOP ! Hop ! Je remets le capuchon, et je le pose délicatement. C’est malin, je m’en suis foutu partout.
Alors… Qu’est-ce qu’ils disent, ensuite ? C’est dingue. J’ai beau connaître par cœur l’utilisation d’un test de grossesse, j’ai toujours besoin de décortiquer la notice, au cas où. Attendre trois minutes pour que s’affiche le résultat. Si une barre bleue apparaît, vous n’êtes probablement pas enceinte. Si une barre rose s’affiche, vous êtes probablement enceinte. Le cas échéant, il est conseillé de vérifier en effectuant une prise de sang au plus tôt.
Lui — Tout va bien, ma chérie ?
MON HOMME
Elle — C’est mon homme. Mon merveilleux homme. Celui-là, j’ai mis du temps à le trouver, mais ça en valait la peine. On a beau galérer côté bébé, pour le reste, c’est tellement… Je ne trouve pas le mot. La perfection est un concept imaginaire, en amour. La perfection n’est pas de ce monde. Ceux qui prétendent le contraire sont tout simplement des menteurs. Ceux qui veulent nous faire croire à son existence sont des imposteurs. Walt Disney en premier ! Les contes qu’il a remaniés sont à l’origine bien plus sordides. Donc non, ce n’est pas parfait. C’est autre chose. C’est à la fois doux et intime, tendre, drôle, passionné, réfléchi, fort et fou, naïf et mature, où la complicité se mêle subtilement à notre envie l’un de l’autre.
ENFANCE
Elle — C’est rassurant : le machin non seulement est cher, mais en plus, si c’est rose, tu ne peux pas crier victoire tout de suite, et si c’est bleu, tu pleures mais tu gardes espoir. D’ailleurs, pourquoi rose et bleu ? C’est cliché et ringard. Rose pour les filles, bleu pour les garçons…
Lui — Tu voudrais qu’ils mettent quoi ? Un bébé et une tête de mort ?
Elle — Au moins, ce serait honnête. Non, rose et bleu… Ça me rappelle mon enfance. J’étais un vrai garçon manqué, à l’époque. J’adorais leurs jeux, j’étais jalouse de leur facilité urinaire. Décidément, tous les chemins de l’esprit mènent au pipi ! Dans la cour, c’était toujours moi qu’on choisissait pour être gardienne de but, au foot, et sans me vanter, je n’étais pas mauvaise ! Dès qu’il y avait une bagarre, je me jetais dans la mêlée, certaine d’en ressortir avec un ou deux gnons qui rendaient ma mère folle d’inquiétude. Mais qu’est-ce qu’on rigolait ! À cette époque, je me fichais éperdument de mes cheveux bouclés en bataille et emmêlés au point que, si quelqu’un s’avisait d’y mettre la main, il valait mieux la couper ou me raser la tête. Je m’habillais avec ce qui me tombait sous la main, au grand dam de ma grande sœur qui suffoquait en me voyant mélanger du rose et du rouge, du vert et du bleu, avec des soupçons d’orange. Ah ça ! Oui, j’adorais les couleurs. Ma mère me surnommait d’ailleurs « Tutti Frutti », parce que je lui faisais penser à une salade de fruits exotiques. N’empêche, quand je vois la mode d’aujourd’hui, je pense que finalement, j’étais surtout très avant-gardiste ! Moi, quand je serai grande, à vingt-huit ans, je serai une grande star du cinéma ou vétérinaire et j’aurai trois enfants.
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Mon père, ce héros
Lui — Quand j’étais petit, on me disait toujours que j’étais le plus sensible des deux. Tout ça parce que j’ai failli mourir à la maternité. J’étais allergique au lait. Faut le faire, non ? C’est parti du lait de ma mère et tous les laits qui...