La Maison de nos rêves

Un couple vient d’acheter la maison de ses rêves, à un prix étonnamment bas. Qu’a-t-il bien pu se passer dans cette maison pour qu’elle n’ait pas trouvé preneur avant ? Les précédents propriétaires y sont morts dans des circonstances aussi dramatiques que mystérieuses… Un conte à rebours philosophique sur le destin tragicomique de l’humanité en général, et du couple en particulier.

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ACTE 5

Elle et lui sont assis dans un jardin.

Lui – Cette maison est absolument parfaite.

Elle – Oui. C’est vraiment le paradis.

Lui – Et ce jardin...

Elle – C’est le jardin d’Eden.

Un temps.

Lui – Le jardin d’Eden, c’est le paradis ?

Elle – Comment ça ?

Lui – Le paradis, c’est quand on est mort, non ?

Elle – Le jardin d’Eden, c’est le paradis terrestre. Le paradis perdu. Juste avant qu’Adam bouffe toutes les pommes, qu’Ève abatte le pommier pour en faire du bois de chauffage, et que leur fils fracasse le crâne de son frère avec les rondins.

Il la regarde un peu étonné.

Lui – Il faudra que je relise la Bible, maintenant que j’ai un peu le temps.

Elle – En tout cas, c’est la maison de nos rêves.

Lui – Oui. Exactement ce que nous voulions.

Elle – Tous les commerces sont à côté.

Lui – Sans parler des écoles.

Elle – Dommage que nous n’ayons pas d’enfants.

Lui – Ça leur évitera de s’entretuer.

Elle – Enfin, si on la revend un jour... à un couple qui a des enfants...

Lui – Et puis la maison est tellement impeccable.

Elle – Tout a été refait de la cave au grenier.

Lui – Des enfants, ils saloperaient tout.

Elle – Elle est comme neuve.

Lui – Oui, entièrement rénovée. Et à ce prix-là, tu te rends compte...

Elle – C’est vrai qu’on ne l’a pas payée cher.

Lui – Pour une maison comme ça.

Elle – Aussi belle, et aussi bien placée.

Lui – Les peintures sont encore fraîches.

Elle – C’est tellement blanc... C’en est presque suspect.

Lui – Suspect ?

Elle – Comme si on avait voulu effacer toute trace de...

Lui – De quoi ?

Elle – Je ne sais pas.

Lui – Toute trace de vie ?

Elle – Toute trace de sang...?

Ils échangent un regard inquiet.

Lui (pour se rassurer) – J’aime beaucoup cette maison.

Elle – On s’y sent tellement bien.

Lui – J’ai toujours rêvé d’avoir une maison comme ça.

Elle – Et aujourd’hui, ce rêve est devenu une réalité.

Silence. Nouvelle inquiétude.

Lui – Tu n’as pas entendu quelque chose.

Elle – Si...

Lui – Qu’est-ce que c’est ?

Elle – Je ne sais pas.

Lui – Ou alors on a rêvé.

Elle – Je vais voir.

Elle se lève, et revient un instant après.

Lui – Qu’est-ce que c’était ?

Elle – La boîte aux lettres.

Lui – Un courrier ?

Elle – Un prospectus.

Lui – On se demande à quoi ça sert de mettre un « Stop pub » sur sa porte.

Elle – C’est pour la « Fête des voisins ».

Lui – Les voisins font une fête ?

Elle – La « Fête des voisins » ! C’est une fois par an, au printemps. On sort des tables dans la rue, chacun apporte à boire et à manger...

Lui – Ah oui... La fête des voisins... Donc, ils nous mettent un mot pour nous prévenir qu’ils vont faire un peu de bruit.

Elle – Ils nous mettent un mot pour nous inviter !

Lui – Nous inviter ? Nous ? Mais on ne les connaît pas, ces voisins-là !

Elle – Maintenant qu’on habite ici, c’est nos voisins. On est supposés faire connaissance.

Lui – Je vois... La fête des voisins... Tu crois qu’il faut y aller.

Elle – Ce n’est pas une obligation... mais ce serait peut-être mieux. Qu’est-ce que tu en penses ?

Lui – Je ne sais pas...

Elle – Si on veut commencer à s’intégrer un peu dans le quartier.

Lui – C’est vrai, on ne connaît personne.

Elle – Même les anciens propriétaires, on ne les a jamais rencontrés.

Lui – Il faut dire qu’on ne sort pas souvent.

Elle – Non... On devrait peut-être...

Silence.

Lui – À propos de voisins, tu sais quoi ?

Elle – Quoi ?

Lui – Je me demande si la voisine n’est pas morte.

Elle – Qu’est-ce qui te fait dire ça ?

Lui – Je ne sais pas... (Un temps) L’odeur, déjà...

Elle – L’odeur ?

Lui – Tu ne sens rien ?

Elle – Non.

Lui – Même sans avoir un sens de l’odorat très aiguisé... Il y a quelque chose de pourri dans le coin, je t’assure.

Elle – Ah bon ?

Lui – Et ça ne date pas d’hier. Ça sent de plus en plus fort...

Elle – Mais quand tu dis quelque chose de pourri... tu veux dire un cadavre ?

Lui – Je ne sais pas... je n’ai jamais eu l’occasion de renifler un cadavre. Et toi ?

Elle – Non. Enfin, si, mais... pas un cadavre qui sentait à ce point-là.

Lui – Comme une odeur de rat crevé, si tu préfères.

Elle – C’est peut-être un rat crevé.

Lui – Des rats ? Dans le quartier ? Ça m’étonnerait... C’est un quartier plutôt bourgeois.

Elle – Un sanglier, alors...? Ou une biche... J’ai mangé du gibier faisandé, un jour, dans un grand restaurant. Je pense qu’un cadavre, ça doit avoir un peu ce goût-là.

Lui – Une biche faisandée ?

Elle – Je ne sais pas... Le goût, peut-être... Mais alors l’odeur...

Lui – Ça a l’air de venir de la maison d’à côté. Ou du jardin.

Elle – Comment une biche aurait pu arriver dans le jardin de la voisine ?

Lui – Surtout une biche morte. On a beau habiter un quartier bourgeois, il n’y a plus trop de chasses à courre, dans le coin.

Elle – Et à part l’odeur, qu’est-ce qui te fait penser que la voisine pourrait bien être décédée.

Lui – On ne la voit jamais... Les volets sont fermés...

Elle – Elle est peut-être partie en vacances.

Lui – Depuis plus de trois mois ?

Elle – Pourquoi pas ?

Lui – À cet âge-là, on part en croisière pour une semaine. Dix jours tout au plus.

Elle – Comment tu sais quel âge a la voisine ? Puisqu’on ne l’a jamais vue. D’ailleurs, comment tu sais que c’est une femme ?

Lui – Je ne sais pas. J’imaginais une vieille dame. La maison n’est pas en très bon état. Et les femmes vivent souvent plus longtemps que leurs maris. Donc, j’en ai déduit que...

Elle – Je vois...

Lui – Observation, déduction...

Elle – Elle a dû partir pour un très long voyage. Ou alors, elle est chez ses enfants.

Lui – Pendant trois mois ? Qui supporterait...

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