UN coup de Barnum
Quand les ascenseurs ont des émotions, les humains perdent la raison !
Benoît est un ingénieur brillant et poétique, capable de donner une âme et des sentiments aux ascenseurs. Mais lorsqu’il doit s’envoler pour Dubaï afin de signer le contrat du siècle, accompagné d’Indira, une commerciale aussi redoutable que séduisante, la machine s’enraye.
Constance, sa fiancée et stricte directrice financière, voit rouge. Pour Fabrice et Claire, l’oncle et la tante à la tête de l’entreprise, c’est la panique : si le couple explose, la vente de la société tombe à l’eau ! Leur ultime recours ? Faire appel au Dr Hubert Camille-de-Belfort, un psychologue-sociologue aux méthodes fumeuses et aux théories absurdes (et grand maître de l’effet Barnum), censé savoir prédire et corriger l’adultère….
Ajoutez à ce cocktail explosif un menuisier angoissé par les moulures d’une salle de bain, une meilleure amie au franc-parler redoutable, et un chauffeur de taxi philosophe malgré lui… et l’appartement de Benoît se transforme vite en un véritable théâtre de l’absurde.
Une comédie de boulevard moderne et piquante qui parle de la Confiance (en soi, en la science, en Dieu…) mais égratigne aussi avec humour la jalousie, le jargon de l’entreprise et les charlatans de la psychologie !
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Un coup de Barnum !
ACTE I
Un appartement parisien moderne et élégant des années 2020. Un grand salon avec un canapé design. D'un côté, la porte d'entrée avec un interphone. De l'autre, une porte menant vers les chambres et vers la salle de bain.
SCÈNE 1
DAMIEN, LE MENUISIER
Au lever du rideau, on entend un bruit de marteau régulier et agaçant venant de la salle de bain. DAMIEN est assis sur le canapé, tentant désespérément de lire un journal économique. Il soupire, tourne une page, soupire à nouveau. Soudain, on entend le bruit de marteau qui tombe lourdement
LE MENUISIER,
Hors scène
Aïe !
DAMIEN,
relevant la tête,
Monsieur Le Gwen ? Tout va bien ?
LE MENUISIER,
entrant en scène, tenant son pouce gauche dans sa main droite, le visage crispé,
Excusez-moi monsieur Damien. J'étais en train de fixer le meuble de la salle de bain et bam ! Je me suis cogné le marteau sur le pouce.
DAMIEN,
Ouch ! Mon pauvre ami ! Vous trouverez de quoi vous soigner dans la salle de bain. Je crois me rappeler que Benoît range sa pharmacie dans le placard à droite de la vasque.
LE MENUISIER,
Merci bien. Vous pensez qu'il aura des gélules d'arnica ?
DAMIEN,
Des gélules d'arnica ? Ma foi, je n'en suis pas certain mais je vous laisse regarder.
LE MENUISIER,
En parlant de M. Benoît. Quand pensez-vous que votre frère rentrera ? J'ai une question de la plus haute importance à lui poser…
DAMIEN,
De la plus haute importance, dites-vous ! Mais qu'est-ce donc ?
LE MENUISIER,
C'est rapport aux moulures du meuble que je lui construis… Initialement, je lui avais proposé de mettre des doucines. Mais je commence à douter. Je crois qu'un cavet irait mieux. Plus simple, plus efficace.
DAMIEN,
Eh bien, faites donc ! Si vous pensez que c'est un meilleur choix, mettez donc un "cavet".
LE MENUISIER,
Ah non, M'sieur ! Je ne peux pas prendre cette décision ! C'est beaucoup trop de responsabilité ! Imaginez que cela ne plaise pas à M. Benoît, je m'en voudrais ; Imaginez que cela lui plaise, mais que cela ne plaise pas à Mlle Constance, je m'en voudrais beaucoup ; Imaginez qu'à cause de cette moulure M. Benoît et Mlle Constance soient en désaccord, je m'en voudrais terriblement ; Imaginez que je sois à l'origine d'une dispute, je m'en voudrais infiniment ; Imaginez que...
DAMIEN,
l'interrompant,
Oui, c'est bon j'ai compris... Alors ne vous inquiétez pas, Benoît devrait être là d'une minute à l'autre et il saura trancher vos questions existentielles.
LE MENUISIER,
Ah … j’aime mieux ça. Oui, il viendra, il verra et il décidera. C'est bien ça. Il saura quoi décider. M. Benoît saura ce qu'il faut prendre, c'est bien, ça !
Le menuisier repart en tenant son pouce. Damien soupire et se replonge dans son journal. Soudain, l'interphone retentit. Damien se lève et va répondre.
DAMIEN,
Oui… Constance ! Bonjour !... Tu as oublié tes clés...oui bien sûr que je t’ouvre !
SCÈNE 2
DAMIEN, CONSTANCE, LOUISE, puis LE MENUISIER
La porte s'ouvre. CONSTANCE entre d'un pas vif, suivie de LOUISE.
CONSTANCE,
Damien ! Quelle chance que tu sois là. Je suis une tête de linotte, j'ai laissé mon trousseau de clés au bureau, entre un dossier de fusion-acquisition et une révision budgétaire.
DAMIEN,
Bonjour Constance, comment vas-tu ?
CONSTANCE,
Super ! Damien, je te présente Louise, ma meilleure amie. Louise, voici Damien, le frère de Benoît.
LOUISE,
Enchantée, Damien.
DAMIEN,
Constance, Benoît n'est pas encore rentré mais il devrait arriver d'une minute à l'autre.
Un bruit de marteau retentit à nouveau de la salle de bain.
CONSTANCE,
C'est quoi ce raffut ?
DAMIEN,
C'est le menuisier ! Il a enfin attaqué le chantier de la salle de bain. Enfin, quand je dis "attaqué"...pour l'instant, il soigne son pouce et ses angoisses existentielles. Figure-toi, Constance, qu'il est incapable de choisir la forme de la corniche du meuble. Il attend Benoît comme le Saint Sauveur pour prendre la décision finale.
CONSTANCE,
Pour une corniche ? Eh bien, je ne vois pas ce qu'il y a de compliqué à choisir la forme d'une corniche !
LOUISE,
à part,
Demander à un cornichon de choisir une corniche peut vite le rendre aigre !
DAMIEN,
entendant Louise, surpris,
Ah ? Euh…eh bien…on l'aidera à choisir. Et vous quel bon vent vous amène ?
LOUISE,
Nous étions en session shopping dans le quartier.
DAMIEN,
Ah et comment s'est passé votre après-midi ?
CONSTANCE,
Robe.
LOUISE,
Rouge.
CONSTANCE,
Courte.
LOUISE,
Trop.
CONSTANCE,
Cintrée
LOUISE,
Serrée.
CONSTANCE,
Chère.
LOUISE,
Ruine.
CONSTANCE,
Achat.
LOUISE,
Autre.
CONSTANCE,
Bleue.
LOUISE,
Regret.
DAMIEN,
Euh... Je ne crois pas avoir tout saisi ?
CONSTANCE,
En résumé : Nous avons vu une robe rouge, un peu courte, magnifiquement cintrée et un peu onéreuse, Louise a tenté de me dissuader par pur conservatisme vestimentaire, j'ai décidé de l'acheter en un clin d'œil, suite à quoi, je n'ai pas voulu acheter une seconde robe bleue qui était également parfaite et maintenant je le regrette.
Le Menuisier revient de la salle de bain, un énorme pansement autour du pouce, il a l'air épuisé.
LE MENUISIER,
Ah, ça va mieux. L'homéopathie, c’est le miracle de la nature, révélé par la science et vendu par l'industrie. Monsieur Damien, je m’excuse de vous solliciter encore, mais je dois porter le plan de travail pour voir si ça passe avec la tuyauterie. C’est lourd comme un âne mort qui aurait mangé du plomb. Pourriez-vous me donner un petit coup de main ? Juste pour faire un effet de levier, vous savez, c’est une question de physique, pas de force.
DAMIEN,
Bien sûr, Monsieur Le Gwen ! Constance, Louise, veuillez m'excuser….
Damien et le Menuisier sortent vers la salle de bain.
SCÈNE 3
CONSTANCE, LOUISE, puis BENOÎT, puis LE MENUISIER,
Bruit de porte qui claque. BENOÎT entre, essoufflé, des dossiers sous le bras. Il a un grand sourire aux lèvres.
BENOÎT,
Ah quelle journée ! (Voyant Constance) Oh ma chérie, tu es déjà rentrée. (Voyant Louise) Bonjour Louise ! Quel bon vent t'amène ?
CONSTANCE,
Bonjour Benoît (elle l'embrasse sur le front, affectueusement). On passait faire un coucou rapide après notre expédition shopping.
LOUISE,
Expédition punitive pour ma carte bleue. Benoît, ta fiancée est un bulldozer en talons hauts.
BENOÎT,
C'est ce que j'aime chez elle !
CONSTANCE,
Je ne sais pas comment je dois le prendre !
BENOÎT,
Comme le plus beau compliment ma chérie ! Mais trêve de discussions, il faut que je me hâte, mon agenda est tout chamboulé…
CONSTANCE,
Comment ça ? Tu as un nouveau projet ?
BENOÎT,
Mieux que ça ! Je pars pour Dubaï dans quelques heures. L'inauguration de la Tour de l'Émir, notre plus gros client ! Il veut absolument que l'ingénieur qui a donné une âme à ses ascenseurs soit présent pour couper le ruban.
LOUISE,
Dubaï ? Trop bien ! Mais je ne vois pas en quoi un Émir peut s'extasier devant des ascenseurs ?
CONSTANCE,
C’est magnifique, Benoît ! C’est une consécration pour ton travail. Benoît, peux-tu expliquer à Louise pourquoi tes ascenseurs sont si exceptionnels ?
BENOÎT,
s’animant,
C'est très simple, Louise ! Jusqu'ici, l'ascenseur était un objet froid, une boîte métallique sans empathie qui vous transportait d'un point A à un point B dans un silence sépulcral. Moi, j'ai introduit l'humanité dans la cage ! Grâce à des capteurs de pointe, mes ascenseurs ressentent vos émotions. Ils mesurent votre pouls à travers le bouton, analysent votre fréquence respiratoire, détectent si vous êtes pressé ou mélancolique. Et ils s'adaptent ! Ils vous parlent avec le ton juste !
LOUISE,
Et ça donne quoi ? Si je suis de mauvaise humeur, il m'envoie promener au sous-sol ?
BENOÎT,
Non, on pourrait dire... Oh ! Dieu ! ... bien des choses en somme... En variant le ton, —par exemple, tiens : (Il prend une pose théâtrale, inspiré) :
Descriptif "Deuxième étage. Salles de réunion. Ici on analyse, ici on décide, Ici on est érudit »; Curieux "Qu'avez-vous prévu aujourd'hui, je vous sens une âme d'aventurier en ce vendredi", Gracieux "Second niveau, que votre journée soit délicate et d'une douceur infinie", Truculent "Alors jeune blanc bec, qu'attendez-vous pour changer votre destinée ; Je vous veux demander une augmentation d'ici ce soir !",...